‹ La pupille roman anglaisChapitre 47 sur 48 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

En arrivant chez les Brandenberry, miss Martin Thorpe souleva avec peine le lourd marteau de fer qui répondait à la cuisine ; car à cette heure avancée la porte de la cour était fermée. En entendant ce bruit violent et inattendu, les deux serviteurs qui étaient près du feu de la cuisine s’écrièrent avec effroi :

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LA FOPILLE.

« Grand Dieu! qu’esl-ce que cela? Que le ciel nous protège !

— Mais allez donc ouvrir, John, dit la femme en se remettant un peu de sa frayeur; ne croyez-vous pas que c’est le diable? imbécile ! «

Mais la visiteuse serait toujours restée k la porte, si, k un second coup de marteau, plus bruyant encore que le premier, M. Brandenberry ne s’était décidé k aller ouirir lui-méme, tout en maugréant contre ces brutes de iomestiques qu’il croyait endormis.

La vue de Sophie lui causa un étonnement bien naturel, surtout en la voyant seule k cette heure au milieu des bois ; mais il sut bientôt changer son étonnement en émotion, et murmura en pressant le bras de Sophie sous le sien, tout en la conduisant au salon :

« Très-chère miss Martin Thorpe ! trop aimable et adorée Sophie! vous paraissez émue, agitée, ravissante amie. Qu’est-il arrivé? très-douce miss Martin Thorpe, etc., etc., etc. »

En entrant au salon , Sophie dut supporter les mêmes questions et les mêmes tendresses de la part de Marguerite et de sa vieille mère , qui répétait tout ce que disait sa fille, laquelle n’était elle-même que l’écho de son frère Richard. Quand les trois Brandenberry furent las de questionner, ils se décidèrent k laisser répondre Sophie, qui débita ainsi le conte qu’elle avait préparé k leur intention :

« Hélas ! mes chers et bons amis , dit-elle, j’espère que vous savez avec quelle patience j’ai supporté mes souffrances jusqu’ici; mais maintenant, pauvre malheureuse que je suis, c’est au-dessus de mes forces.

— Parlez! parlez! dites-moi tout, adorable amie,

s’écria M. Brandenberry vaincu par l’émotion, et en baisant les mains de celle qu’il nommait toujours l'héritière de Thorpe-Combe. .

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LA PUmXB.

— Calmez-Tou8 , cher monsieur Brandenberry, car j’ai bien besoin de vos conseils, et, si vous ne m’écoutez pas, vous ne pourrez pas me donner un avis , reprit Sophie, qui continua ainsi en variant adroitement ses différentes émotions et en changeant le son de sa voix suivant les péripéties de son récit. Vous vous rappelez la résolution que j’avais prise pour me débarrasser de ces infâmes Heathcote ; vous savez que j’ai écrit à air Charles Temple en le priant de me soustraire h leur tyrannie. Eh bien, loin de me défendre contre mou autre tuteur, je vais être par sir Charles lui-même rendue la victime d’un affreux complot. Pendant les premiers jours qui ont suivi son retour, tout allait beaucoup mieux , et j’avais pris la résolution de supporter la vue des Heathcote jusqu’à ma majorité plutôt que de rompre par un éclat avec mes tuteurs et ma famille. Mais maintenant mon supplice est augmenté par des persécutions continuelles, et certes, je préfère la mendicité à des propositions que mon coeur ne peut entendre et que je déteste : sir Charles veut me forcer à l’épouser immédiatement, et mon autre tuteur est d’accord pour cela. Enfin, en me découvrant ces projets, le major Heathcote m’a juré que, si je n’épousais pas le mari qu’il me proposait, il saurait bien m’empêcher de recevoir des jeunes gens auxquels je donne la clef de mon parc et qui me font refuser de lui obéir. Vous comprenez, chère miss Brandenberry, que je ne pouvais plus supporter cette tyrannie : c’est pourquoi j’ai pris mes diamants avec moi et je suis accourue vous demander conseil. »

Quand elle eut terminé sa tirade , non sans rougir beaucoup en prononçant les mots jeunes gens, Sophie se cacha le visage dans les bras de son amie ; Richard profita de cet instant pour se précipiter à ses genoux , lui renouveler la déclaration de son amour et lui con-

LA POPaLE.

seiller de nouveau de s’unir à celui qui ferait le bonheur de toute sa vie.

« Marguerite, que lui répondre? murmura Sophie d’une voix brisée. Je ne voulais pas me marier, je préférais vivre seule. Mais, hélas! maintenant, oh! monsieur Brandenberry, vous n’ave* donc pas lu dans mon cœur? N’avez-vous pas deviné que votre dévouement passionné me charme autant que m’irritent et me blessent les projeta meurcenaires et vils de cet infâme sir Charles Temple?

— Soyez â moi pour toujours I s’écria M. Brandenberry avec véhémence ; laissez-moi vous soustraire au^ misérables qui sacrifieraient sans honte votre angélique pureté â leur infernale avarice. Oui, Sophie adorée ! je vois que vous avez su distinguer mes propositions de celles de l’orgueilleux qui a osé courtiser sous vos yeux votre indigne cousine Florence Heathcote. Montrez alors, trop charmante et trop adorable créature! rpontrez-leur que votre noble caractère ne peut pas supporter d’aussi basses tyrannies ; soyez h moi ! soyez mon épouse adorée, chérie !

— Hélas! que me demandez-vous? reprit Sophie plaintivement en abandonnant sa main â son adorateur passionné. Ils vont me poursuivre, me prendre et ma ramener avec eux. Us connaissent leur pouvoir et leurs droits sur moi! Je suis certaine qu’avant midi demain je serai réintégrée de force dans mon château, qui s’est changé pour moi en une affreuse prison. »

En finissant cette adroite tirade, la jeune fille se couvrit les yeux de son mouchoir et ne put retenir des cris et des sanglots déchirants,

« Savent-ils où vous vous êtes réfugiée? demanda M. Brandenberry.

— Oh! non, pas en ce moment, et j’espère même qn’ils remettront leurs recherches ù demain.

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' LA PtTPILLB.

— Alors , la nuit est & nous , et il faut en profiter, mon adorée, reprit vivement Richard; vous le savez, Sophie, pour une mineure il n’y a pas d’autre moyen d’échapper à la tyrannie de ses tuteurs que de fuir loin d’eux.

— Hélas! je le crains, répondit Sophie en cachant son visage sur le sein de Marguerite.

— Touchante pudeur! s’écria M. Brandenberry en entourant Sophie de ses bras; je souffre en vous donnant ce conseil , charmante amie , mais nous n’avons pas le choix des moyens. Appartenez-moi sans plus tarder, ou nous sommes séparés à jamais.

— Si je fais mal en vous cédant, que le crime retombe sur ceux qui me jettent dans vos bras, et non pas sur moi , murmura la victime.

— Il faut nous réfugier vers le pays ami de Gretna- Green, Sophie; hâtons -nous de nous procurer une chaise de poste. Mais, 6 grand Dieu ! reprit le jeune homme en se frappant le front avec désespoir, je n’ai pas assez d’argent pour entreprendre ce voyage, car je n’ai pas été toucher mes rentes chez mon banquier. Comment faire ? Vous ne devez pas avoir d’argent sur vous, céleste amie ? en tous cas vous n’en avez pas suffisamment.

— Je ne sais, répondit Sophie avec innocence ; mais, si nous pouvions arriver à Hereford avant la fermeture do la banque, je réclamerais les cinq cents livres sterling qui me reviennent pour ce trimestre-ci ; cela nous suffirait, je pense, pour aller oii vous dites.

— Mais nous n’avons pas de temps k perdre, charmante créature, reprit Richard, ravi de pouvoir toucher immédiatement une somme qui formait à peu près deux ou trois fois la valeur des revenus de sa famille. Charmante créature ! quelle présence d’esprit vous gardez dans le danger! Vous êtes un ange.

mais un ange adoré ! Je vais donc vous mettre hors de leurs maudites atteintes en vous enlevant cette nuit même. Vous allez partager notre frugal repas, après quoi je courrai chercher une chaise de poste à Hereford pour que nous puissions partir demain et arriver à la banque vers dix heures ; de cette façon vos tyrans ne pourront pas vous rejoindre ni s’opposer à notre exp^ition. S’il me fallait y renoncer ou seulement retarder le bonheur de vous posséder, je mourrais de désespoir. »

Sophie tranquillisa son adorateur en lui répétant que son projet lui semblait très-bien combiné, et en le pressant de le mettre à exécution, afin de déjouer les projets de ses tuteurs et de se soustraire à leurs recherches. Quand on servit le frugal repas, Sophie ne put s’empêcher, malgré ses graves préoccupations, de le trouver détestable en tous points ; mais elle pensa aussitôt que Richard et sa sœur n’ayant pas connaissance de son magnifique collier de perles ni de tous ses bijoux qu’elle avait pris avec elle , il lui serait facile, quand elle les aurait convertis en argent, d’en dépenser la valeur pour sa nourriture et son bien-être particulier. Cette douce réflexion l’aida à supporter un peu plus patiemment la simplicité rustique du souper de ses fidèles amis et protecteurs.

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CHAPITBE XXXV.

Maintenant que nous connaissons le sort de notre héroïne, nous pouvons retourner à Thorpe-Combe et raconter ce qui se passa au salon après le départ de Sophie Martin.

« Pauvre créature! murmura mistress Heathcote; pauvre créature ! je ne puis m’empêcher de souffrir pour elle, quoi qu’elle fit bien peu d’honneur à la fortune et à la position que vous venez lui réclamer.

— Ma bonne mistress Heathcote, reprit M. Thorpe en restant debout au milieu du cercle attentif, cette scène qui vous émeut si sincèrement n’aurait jamais eu lieu si Sophie Martin avait su se conduire généreusement, ou même convenablement. La fortune considérable que je me suis faite en Orient m’aurait permis de laisser subsister la dernière volonté de mon père, si celle qu’il avait choisie pour son héritière à sa dernière heure m’avait paru digne de ce qu’il avait fait pour elle. Milord Broughton peut certifier que je n’étais venu à Hereford que pour me lier avec ma famille et non pour la dépouiller des biens que mon pauvre père lui avait légués. Il était même convenu que lord Thelewell, si la jeune fille lui plaisait, solliciterait l’honneur de 'épouser. Malheureusement, avant la fin du bal où je vous vis pour la première fois, j’appris de mon jeune ami que cette alliance n’aurait jamais lieu. Quoique un peu désappointé de cet échec, je n’en persistai pas moins dans l’intention de m’introduire ches l’héritière

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de mbn père pour l’étudier, la connaître, et confirmer, s’il y avait lieu , les volontés du cher défunt.

« Il est inutile d’énumérer ici toutes les raisons qui m’ont déterminé à réclamer mon bien pour en disposer ilififéremment. Quelques-uns de ceux qui m’écoutent ont peut-être déjà deviné quels sont mes projets définitifs; du reste, je le répète, je remplis fidèlement mon devoir, qui est de tout organiser ici comme aurait pu le faire mon pauvre père, s’il avait connu sa famille aussi bien que je la connais moi-même. Comme je suif convaincue que, s'il avait été k même d’étudier le caractère de Sophie Martin, cette fille sans cœur eût été la dernière de ses nièces k laquelle il se fût attaché, j’agis sans scrupule, et convaincu que je suis la route du bien et de l’honneur. Si je n’avais pas mille raisons de juger défavorablement Sophie Martin, le moyen qu’elle a employé pour se faire bien venir de mon père est tellement indigne, que cela seul suffirait pour me la faire haïr, continua M. Thorpe en montrant le portrait, qui était toujours k la même place. Pauvre et cher père, ton fils repentant ne laissera pas porter ton nom par cette créature indigne de tes bienfaits, et la maison de ma mère ne sera pas plus longtemps la propriété d’une aussi méchante fille. J’abandonnerais le pays auquel je me suis attaché pour reprendre ton noble nom et faire aimer et honorer ta chère mémoire, si je n’avais pas ici quelqu’un, qui cette fois remplira dignement sa mission et saura se faire bénir et estimer comme tu l’étais toimême.

— Parfaitement juste, dit l’aînée des miss Wilkins.

— Je ne suis nullement surprise, et cette aventure me ravit, reprit la seconde.

— Cette petite pécore méritait bien cela , » murmura la troisième.

Toutes ces émotions avaient beaucoup fatigué

M. Tborpe, qui se prépara à rentrer chez lui, tout en priant mistress Heathcote de se considérer comme chez elle tant qu’elle voudrait rester à Thorpe-Gombe , et de vouloir bien faire les honneurs du château aux hôtes |u’il y avait réunis.

Puis il se relira dans son appartement pour fumer et boire tranquillement son café, laissant ainsi la société discuter sur les événements de la soirée.

Les Heathcote et sir Charles , quoique très-désireux de se communiquer leurs observations, se contentèrent de faire quelques remarques insignifiantes, car ils n’avaient jamais sympathisé avec les Wilkins, qui de leur côté ne les aimaient guère, et attendaient impatiemment l’heure où ils se séparaient d’ordinaire, pour causer tout à leur aise.

Cependant à neuf heures les miss Wilkins ne se sentirent plus le courage de se contenir; aussi, prenant un air langoureux, miss Elfreda murmura :

c Tespère que vous m’excuserez si je me retire, mais j’ai un mal de tête qui me fait trop souffrir, pour ne pas m’empêcher de parler.

— Je ne me sens pas bien non plus, reprit Elfreda, en passant sa main sur sa poitrine et en soupirant douloureusement.

— Mais il me semble qu’il est temps de nous aller tous coucher, > insinua la jolie miss Winifred , d’une voix affaiblie.

Les Heathcote ne mirent aucun obstacle à leur départ, et, quand ils se retrouvèrent seuls avec sir Charles, ils commencèrent à s’entretenir des événements extraordinaires de la journée.

« Ne pensez-vous pas, maman, que je devrais aller voir ma cousine Sophie t Elle doit être si malheureuse! murmura tout à coup Florence.

— Vous avez raison , ma fille chérie ; j’irais bien

arec tous , mais je connais le caractère ombrageux da la pauvre Sophie, et je pense qu’elle préférera vous voir seule d’abord. Quoique nous ne devions pas lui donner un espoir qui pourrait être déçu par la suite, je suis très-convaincue que M. Tborpe ne la laissera pas partir d’ici sans lui assurer une position digne de lui.

— Je suis tout à fait de votre avis, mistress Heathcote, répondit sir Charles, et, si notre Florence trouve sa cousine trop affectée de la position dans laquelle elle est retombée, je ne vois aucun danger à lui dire, pour la consoler un peu, notre conviction k tous deux.

— Tu entends, Florence ; dis-lui aussi que ma maison lui est toujours ouverte, et que nous désirons tous, depuis le major jusqu’au petit Frédéric , chercher à lui faire oublier ses chagrins par nos soins affectueux.

— Vous avez deviné très-juste, répondit Algemon, car en quittant le salon, M. Thorpe m’a dit que, si l’un de nous voyait Sophie ce soir, il l’autorisait à annoncer k la jeune fille, qu’il comptait lui assurer une petite fortune pour la mettre k l’abri du besoin. •

En arrivant au boudoirde sa cousine, Florence frappa trois fois k la porte sans recevoir de réponse; elle se décida alors k entrer dans la chambre, et le désordre qui frappa ses yeux lui apprit la fuite de Sophie. Elle aperçut k terre les effets ordinaires de l’ex-héritière, vit toutes les portes et les tiroirs ouverts, et ne put plus douter de l’événement qui était arrivé.

Elle accourut au salon annoncer sa découverte à sa famille; on appela mistress Bames et miss Roberts, qui firent une fouille générale dans toute la maison.

« Où peut-elle être, s’écria mistress Heathcote sine rement agitée ; il faut la faire chercher, mistress Bames

— Mais avez-vous connaissance des motifs qui I’ol poussée k sortir k cette heure ? reprit mistress Bames.

Li runtLs. 18

LA FUPILLB.

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Y avait-il des raisons suffisantes pour la déterminer à fuir de la sorte ? »

La vieille femme de charge aurait évidemment appris en ce moment ce qui était encore un secret pour les domestiques, sans la présence de miss Roberts, devant laquelle sir Charles ne voulut rien laisser dire; mistress Bames reçut donc une réponse évasive, qui ne put rien lui laisser deviner, ni la mettre en aucune façon sur la voie.

Quant à miss Roberts, après avoir constaté que Sophie avait échangé ses souliers de satin contre de grosses bottines, elle se résuma ainsi ;

« Puisque miss Martin Thorpe est sortie, c’est pour aller chez ses amis intimes, les Brandenberry, àBroad- Grange.

— Alors rassurons-nous, elle ne court aucun danger, répondit sir Charles.

— Dois-je aller rejoindre ma maîtresse? demanda miss Roberts.

— Il vaut mieux attendre ses ordres, » répondit le major en congédiant les deux servantes qui rentrèrent dans la salle où étaient les autres domestiques, et où bientôt chacun analysa l’étrange disparition de l’héritière.

Au plus fort de la conversation, le domestique de M. Jenkins entra dans la salle et remit à mistress Barnes un papier sur lequel était tracé d’une main habilement déguisée :

« Je prie mistress Bames de venir me joindre

l’instant.

■ Timothée Jenkins. *

« Par exemple, s’il n’est pas malade, que peut-il me vouloir? s’écria mistress Barnes ; enfin ce sera une oc-

LA PITPILLB.

casion de le voir, car je n’ai jamais p« l’apercevoir depuis qu’il vient ici. >

En entrant dans l’appartement de l’étranger, lafemme de charge le vit assis dans le fond de la chambre, fumant sa pipe et la tête couverte de son bonnet rouge, brodé d’or. La chambre était seulement éclairée par une bougie qui ne jetait aucune lueur, et la vieille serrante de M. Tborpe distinguait à peine M. Jenkins.

Après un assez long silence des deux parts, car mistressBames n’osait point parler la première à l’étranger, M. Jenkins se tourna vers elle, et lui dit d’une voix douce et gracieuse.

« Fermez la porte, mistressBarnes,et approchez-vous de moi. >

En entendant ces mots, la vieille gouvernante resta un moment atterrée; puis, prenant brusquement la bougie, elle se précipita vers celui qui venait de lui parler. M. Thorpe se détourna d’elle un moment, puis, changeant tout à coup d’idée, il se leva, ôta son bonnet, et se plaçant en face de sa vieille amie, la regarda affectueusement.

« Que le ciel me prenne en sa sainte garde ! s’écria mistress Bames; est-ce un esprit? ou est-ce que je deviens folle?

— Je vois que vous ne m’avez pas tout à fait oublié, Bames, répondit M. Thorpe, et cependant vous avez Tair plus effrayée qu’heureuse en me voyant.

— Effrayée de me tromper, monsieur, reprit la bonne femme. Âhl si vous êtes bien monsieur Cornélius , dites-le moi pour l’amour de Dieu!

— Et si je suis Cornélius Thorpe, que direz-vous?

— Que je bénis le seigneur qui vous a ramené parmi nous pour chasser le diable en personne de la maison de votre père , et pour reprendre ce qui vous appartient. >

Elle lui demanda alors pourquoi il avait retardé son

Ul PUPILLE.

retour jusqu’à ce jour , lui raconta les regrets amers et la mort du malheureux vieillard qui lui avait pardonné à sa dernière heure , et n’oublia pas dans son récit les soins et le dévouement dont sir Charles avait toujours entouré M. Thorpe.

Une conversation amicale s'établit alors entre M. Thorpe et mistress Barnes, et, si le voyageur n’avait pas eu déjà une profonde affection pour les Heathcote, les éloges sincères que la femme de charge lui en fit pendant les deux heures qu’il daigna causer avec elle eussent suffi pour les lui faire estimer et aimer comme iis le méritaient.

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