‹ La quadrature de l'amourChapitre 13 sur 178 · MADAME DE WARENS · texte numérisé non relu

MADAME DE WARENS

Oh ! les pauvres petits, oh ! les pauvres enfants, Qu'on laisse ravagés, douloureux, frémissants, S'en aller, seuls, buter dans la première ivresse ! Attendant que soudain la chair nue apparaisse. Ils ont guetté, les nerfs à vif, les yeux goulus. Le cœur à chaque pas battant de plus en plus. Vaguement criminels et vaguement maudits... Nul ne leur a crié : « Voilà le Paradis, Voilà le grand plaisir hautam, voilà la joie Savoureuse. Ton cœur spacieux va s'ouvrir A la suavité profonde du désir.

O mon enfant, sois tout fervent, sois presque chaste. Pour ce moment si pur et cette heure si vaste ! » Non. L'œil roué, sournois, et les sens solitaires. Ils vont interroger bassement le mystère Et se faire marquer les âmes au fer rouge, Gardant la honte en eux d'avoir, un soir, jeté L'or misérable et vil sur la table d'un bouge... C'est un crime par eux longtemps prémédité. Au contraire il faudrait que cela fût soudain ! Aucun tâtonnement, aucune approche, rien ! La chair neuve, pas même avertie. De l'eau pure Et qui va tout à coup refléter tout un ciel. En bondissant du sol ou de la source obscure. Il faudrait qu'une voix marquât l'instant charnel.

« Viens, cesse de jouer, crierait-elle. C'est l'heure. Une horloge a sonné au fond de la demeure. Viens gravement, viens sans savoir, presque étonné. Craintif un peu, suivant le pas qui te convie A pousser cette porte. Enfant, l'heure a sonné. Laisse entrer le baiser dans ta chair éblouie ! »

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