ORDRE DE REJOINDRE
Une lettre trouvée. — Il suffit, — Trahison ! Je suis comme un soldat qui vient de recevoir Sa feuille de départ. Il murmure : « C'est bon. On y va !» mais l'azur tout à coup se fait noir, Sa main tremble. Je ne serai plus là, ce soir ! Le destin me convoque ailleurs, où l'on se bat. Cette lettre, ce qu'elle ordonne, c'est cela : Partir ! Je viens d'entendre un tocsin sur ma tête... J'étais heureux pourtant, mais l'âme est toujours prête, Et je suis prêt; c'est bien. J'ai l'ordre dans la main. Je rejoindrai. Pourquoi tarder jusqu'à demain? J'essuie mes yeux. Et toi, je t'attends de pied ferme ! « Veillez, vous ne savez ni l'heure ni le terme », A dit le maître. Elh bien ! c'est notre heure qui sonne... Oh ! oui, tu vas crier, tu supplieras : « Pardonne ! » Tu diras : « Ta maîtresse est folle... aie pitié d'elle... Ne t'en va pas. Déchire, oublie ! Qui donc t'appelle Là-bas ? Ton geste est trop brusque, ta voix trop rude. Qui t'enjoint de partir sur la route incertaine? » Et je répondrai : « Mes deux capitaines ; Mon orgueil et ma solitude. »