‹ La quadrature de l'amourChapitre 132 sur 178 · DERNIÈRE LETTRE · texte numérisé non relu

DERNIÈRE LETTRE

Je veux t'avoir écrit une lettre de trop.

(Oh ! les adieux, oh ! tout l'adieu ! quel affreux mot !)

Hier, nous avons, vois-tu, mal fini le poème,

Sur du définitif, sur des choses suprêmes...

Vouloir conclure, puis partir droit devant soi,

Quelle folie ! Ayons l'adieu plus maladroit.

Plus ressemblant à nous, plus gauche, moins final.

Ressens donc sur ta bouche, et qu'il lui fasse mal.

Ce long baiser perdu, triste retardataire !

Après la pluie, une dernière goutte encor

Tombe, et nous fait lever le front vers la lumière !...

Que notre amour défunt soit semblable à ces morts.

Ces morts récents, dont nous ne portons pas le deuil.

Ces chers morts qui, devant qu'on les cloue au cercueil.

Pauvres errants, encor prêts à changer d'asile.

Reçoivent des baisers tristement inutiles !

CHANSON TRISTE (vieux style)

L'île du passé Flotte sur le grand lac sombre.

Trois cyprès noirs, trois longs doigts d'ombre Y sont dressés !

Mon enfant, prends la barque ronde.

Nous allons voguer sur l'onde profonde.

Nous aborderons dans l'île fatidique Au son d'une triste et vague musique... Unis comme Andromède et Persée Dans leur beau rêve et leur baiser.

Viens-t'en faire la traversée !

Sur les sombres bords je veux te déposer Près de la dernière asphodèle.

Comme un ramier tête sous l'aile...

Là, je t'abandonnerai, dormant jusqu'au jour... Après quoi, le cœur rassuré, Je baiserai ton front, ô mon cher amour. Et je partirai !

DANS L'ART

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