‹ La quadrature de l'amourChapitre 148 sur 178 · LA PLASTIQUE · texte numérisé non relu

LA PLASTIQUE

Un sentiment brûlant et'fervent de la vie.

Voilà l'ambition, en art, de tout génie.

Aussi, grâce à ce rut païen, dans quel tableau

Un peintre a-t-il jamais peint une femme pure?...

Je n'en ai rencontré que chez Angelico.

La chasteté ne s'exprime pas en peinture.

C'est possible. Pourtant le regard virginal

Et la chair sans frisson et les yeux sans désir.

Serait-ce une nuance impossible à saisir?

Mais le peintre est commis à d'autres idéals !

Les femmes de Rembrandt ont des sens de matrones

Et boivent au pichet sans gêne et sans vergogne.

Elles sentent le lit bassiné et la couette...

Les miss aux belles mains loneues d'adolescent

Qu'a ceu"essées Botticelli sont scélérate*^;

Leur pâleur fatiguée et la tache de sang

Des pommettes, sous des yeux que l'azur dilate.

Soulignent des remords, qu'on prend pour des promesses.

Qui? Les mentales de Vinci, ces chanoinesses

D'une ombre trop mystique et trop lourde d'encens,

Dont la peau macérée, les souris agaçants,

Baignent dans une fausse et froide morbidesse.

Les brutes de Rubens, occupées d'émeraudes.

De perles, de brocarts et d'exhibitions.

Si grasses qu'on voudrait leur claquer les chairs chaudes.

Les laitières de Raphaël aux beaux seins ronds.

Ou les garces du Titien, luxurieuses,

Les folles de Frago, les niaises de Greiue ;

Toutes m'inspireraient des désirs non cachés.

En même temps qu'une méfiance efîroyable.

Et je les aimerais surtout pour leurs péchés,

Fût-ce à deux doigts du Christ ou de la sainte table !

Seules, immaculées, ces porteuses de lis

Ou d'amphores, les grandes vierges de Puvis

Passent en effleurant des chemins d'asphodèles.

Ayant vraiment un peu d'azur au bout des ailes.

Peut-être aussi — qui sait? — (horreur ! Vade retrol)

Les roses pubertés de monsieur Bouguereau...

Mais c'est toujours de la confiture mystique.

Une décoction des mille fleurs du mal !,..

La vierge simplement, le candide animal.

Pur comme la jeunesse et comme elle pudique.

N'a jamais eu son peintre et n€ l'aura jamais !

On n'a fait qu'approcher vaguement de ses traits.

Ce qui veut dire que l'artiste a pour modèle

Absolu, pour canon de la forme immortelle.

Un type familier qu'il brusque et qu'il tutoie.

La plastique ne veut décrire que la joie,

Rien que la femme heureuse et consentante à vivre.

Celle qu'on ne voit pas décrite dans les livres.

(Car la tristesse, hélas, est la part des poètes !)

La femme naturelle, organique, complète,

L'Eve païenne aux seins dressés, aux yeux rieurs.

Debout, droite, appuyée à 1 homme, son égale,

Parmi les lances d'or des branches estivales

Et la robuste odeur des châtaigniers en fleurs.

Page 1