VERS L'ESPOIR
Vous souffrirez bien moins que nous, siècles futurs !
Dénouement merveilleux et dont nous sommes sûrs.
Voilà la prophétie apaisante et sereine.
Vous disciplinerez l'amour après la haine.
Pour nous, ce sont encor de superbes sauvages.
Calmez-les, calmez-les, flattez-leur l'encolure !
Peignez le poil hirsute encor; que le pansage.
L'écurie, le padock tranquille, la pâture.
Brisent en eux les derniers bonds d'un sang fougueux !
Puissiez-vous, même, un jour, les atteler à deux !
Nous fûmes impuissants au problème... L Amour
Apprivoisé, mais tout aussi altier, la Haine
Piaffant dans les brancards, voilà le phénomène
Que les maîtres du sort futur verront un jour !
Nous n'en sommes pas là, nous qui souffrons d'amour,
(Souffrir d'amour, quel mot abominable !) nous.
Les primaires, les convulsifs, les pauvres fous,
Habitués à suivre, à travers tous chemins,
La passion, cette aventurière splendide
Qui va, le revolver ou le fer à la main.
Hésitant entre l'homicide et le suicide,
Toujours échevelée, toujours l'écume aux dents !...
Dieu de l'amour, Dieu maléfique, Dieu ardent.
Ah ! tu finiras bien par n'être tout à fait
Qu'un cœur, qu'un vaste cœur paisible et satisfait...
Reste ce dieu vivant, pétri de chair et d'os.
Qui fut nôtre, mais fort, mais sans sueur au front.
Et qu'il vienne ce temps où nos enfants verront
Le crépuscule enfin de la douleur d'Eros !