‹ La quadrature de l'amourChapitre 163 sur 178 · APOLOGUE OU LA PRÉCAUTION ORATOIRE INUTILE · texte numérisé non relu

APOLOGUE OU LA PRÉCAUTION ORATOIRE INUTILE

L^ vérité, elle est étemelle, messieurs ! Je vais vous la montrer. C'est une femme nue,

Au visage délicieux.

Vous serez ébloui lorsque vous l'aurez vue. Qu'on écarte ceux qui ont peur d'être éblouis ! Eternelle! Je vais vous en donner la preuve... Et maintenant, vérité belle, svelte et neuve.

Sors de ton puits ! »

Tout le monde attendait la vivante merveille. Mais, lorsqu'elle sortit la tête jusqu'au cou, Je m'aperçus, en poussant un cri, tout à coup. Qu'elle était devenue vieille, vieille, mais vieille ! Ce fut bien pis quand, se hissant jusqu'au mollet. Elle nous découvrit son horreur tout à fait; Flasque, peau grise, décrépite, même chauve... Et la garce sortait, comme sort de l'alcôve

Une reine qui sourirait !

Alors pris de honte mortelle

Je m'écriai : « Ce n'est pas elle !

Ce n'est pas elle ! Non ! Celle que vous voyez.

C'est la mère des vérités !...

Que c'est laid, une vérité devenue vieille. Mais que c'est beau, messieurs, dans sa nouveauté fraîche, Quand la gorge est dressée, que la bouche est vermeille ! Nous vous l'aurions montrée ; ce qui nous en empêche, C'est que la mère est bien demeurée dans le puits.

Mais que la fille a décampé !

Elle vient de partir, croit-on, de ce côté... Hé ! mon dieu, elle était jeune et nue. Elle a fui. Les vérités aux joues charnues, aux beaux contours. Ne vivent pas dans l'ombre et dans la solitude, Elles ont, comme nous, un grand besoin d'amour.

De lumière et d'inquiétude.

Elle est partie de ce côté, je ne sais où...

Toi, la vieille, hop ! rentre en ton trou ! »

Mais lorsque j'eus fini le boniment.

Je m'aperçus que nul ne semblait en colère. Pas de déception apparente. Au contraire. Et même j'entendis un affreux garnement Qui disait : « Je me contenterai de la mère ! »

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