LE SPECTACLE EXTÉRIEUR
Nous ne percevons dans la nature, ici-bas.
Que les relations de nous-mêmes aux choses.
Le cerveau laisse fuir ce qui ne l'émeut pas.
Un œil retient le bleu, l'autre retient le rose.
Tel bruit se perd pour l'un que l'autre a recueilli.
L'esprit n'est qu'un réseau d'obscures résonances.
Un crible, mais un crible infiniment petit
Où quelques résidus de la nature immense
Subsistent seuls. En quoi nous sommes très pareils
Au chien que fait vibrer le moindre vent bougeur.
Mais qui n'a même pas remarqué le soleil !
Il ne voit rien du grand spectacle extérieur
Que ce qui participe à sa petite vie.
Le reste passe sur la trame où tout s'oublie...
C'est pourquoi nous disons quelquefois du prochain :
« Si diffuse que soit la beauté, si fugace,
Pourquoi vers sa splendeur ne tend-il pas la main?
On doit sentir toujours quand c'est le beau qui passe ! »
Son rêve était ailleurs. Il n'a pas vu, c'est vrai.
C'est qu'à d'autres rayons son regard répondait.
Qui sait, peut-être un jour, demain, pas aujourd'hui,
Eût -il été sensible à ce rayon qui fuit !...
Nous regardons la vie tellement à la hâte !
Et comme, d'autre part, la mémoire est ingrate,
Il semble qu'on végète entre deux ignorances :
Celle de nos regards, celle du souvenir !
Deux néants entre quoi l'humanité s'avance;
C'est tout. Pour l'exprimer, deux mots devraient suffire,
Ceux qu'emploient, en baissant la tête, récolier.
Deux pauvres mots honteux, pour désigner Ce double mouvement de flux et de reflux Que font en nous les choses d'ici-bas : Je ne sais pas !
Je ne sais plus !