‹ La quadrature de l'amourChapitre 167 sur 178 · BEAUTÉ DU COUPLE · texte numérisé non relu

BEAUTÉ DU COUPLE

C'est là tout le secret. La tendresse. Rien qu'elle !

Le caprice a ses jours : la chair ne paye pas.

Une rancœur insane et stupide se mêle

Au mensonge fuyant que l'on tient dans ses bras.

Mais le vieux rêve humain, ce rêve rabâché

D'être deux très longtemps, intensément, sans cesse.

Sans rien savoir de plus, sans jamais rien chercher

Qu'une main pour le soir, qu'un cœur pour la tendresse.

C'est encor ce qu'on a découvert de meilleur !

Le couple est noble et grand. J'y crois. Je le vénère.

Rien ne vaut cette chance et ce simple bonheur :

S'être connu très tôt, — cela c'est nécessaire —

A vingt ans, avoir mis en commun toute chose.

Avoir vu tout grandir, tout faner, — mais ensemble.

Mais sans s'être quitté des yeux, comme deux roses

Pelotonnées au bout de la branche qui tremble.

Ayant dans ces bonheurs exigus enfermé

Ce que l'on peut voler au ciel d'éternité...

Cher rêve de s'avoir chacun pour idéal !

Quand on souffre, oh ! la joie de pouvoir se le dire

Et de considérer, à côté de son mal,

La grâce réticente et pâle d'un sourire !...

Il n'est pas de bonheur ni d'accomplissement

Comparable à ce pur, à ce vaste partage

Du silence et du bruit, de l'heure et du moment,

A ce destin d'entrer, quelque jour, deux à deux,

Dans le déclin et dans la noblesse de l'âge

Sans savoir seulement qu'on est devenu vieux,

De marcher côte à côte, au bruit doux de sa jupe,

D'avoir son vieil amour près de soi qui s'occupe

A dégager la cendre où la flamme est finie,

De l'approcher du cœur avec idolâtrie,

De bien le sentir vivre à l'heure où tout s'éteint.

Et de mourir un soir en lui tenant la main.

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