LA FUITE SOUS LES SAULES
Tous les jeux du désir sont restés primitifs,
Comme au temps où l'antique Aïeule a vu le jour.
Des nuances depuis ont embelli l'amour.
Des roses ont grimpé à la cime de l'if,
Mais le libre désir est fils des premiers âges...
A travers son décor, ses nouveaux paysages.
Semblable au maraudeur d'amour du sol païen.
Dans les bois suburbains où la nymphe s enfonce.
L'homme poursuit toujours le sang rose d un sein
Qui s'efïare parmi les halliers et les ronces...
La course bondissante et fauve continue
Comme au temps de la nymphe accoudée, toute nue.
Dans les thyms, les lis d'eau, les coucous, les colchiques...
Ainsi, par les ravins, les collines, les villes.
L'homme poursuit encor la syrinx arcadique.
Mais tout est solitude asséchée et stérile.
Depuis quatre mille ans passés et davantage.
Un dieu danse sans cesse, en vain, sur les rivages.
Une flûte égarée trille au loin et se perd.
Nous bondissons vers les appels, vers les ailleurs,
Et, quels que soient les bras tendus et nos clameurs,
Le désir fuit toujours sous les saules amers.