‹ La quadrature de l'amourChapitre 23 sur 178 · UNIVERSALITÉ · texte numérisé non relu

UNIVERSALITÉ

Heureux l'homme qui cède au seul plaisir de vivre !

Hélas ! je ne suis pas de ces gens et j'ignore

Le bonheur de la force en feu, la joie d'être ivre,

Hilare de crier : Toujours ! Toujours ! Encore ! »

Et même dans le rut mon désir va plus loin

Que l'apparence ou que la volupté précise.

Les sens, il faut toujours que je les divmise...

Dans l'amour j'ai goûté sans cesse, plus ou moins,

Une certaine force épouvantée et sombre,

Une atmosphère d'infini un peu hagarde,

Et, même bouche à bouche, unis, couplés dans l'ombre,

Je sens l'abîme : je m'y coule, m'y hasarde

En tâtonnant, esclave obscur des destinées.

C'est chez moi une soif irrésistible, innée :

Je ne puis posséder la femme sans avoir

Autour de moi, flottant le mystère des choses,

Et je me sens toujours un peu en son pouvoir.

Pour moi, la femme, esprit de grâce, signe rose.

N'est. qu'une allusion au grand monde invisible.

Elle en est le chemin, le lien, le contact.

Et j'ai pour plaisir vrai, non pas celui de l'acte,

(Ce serait peu !) mais un plaisir bien plus terrible :

M'évader, dépasser le frisson des vertèbres.

Les formes de la vie, de l'énigme, des lois.

Savourer ma dispersion dans les ténèbres,

Et tenir l'infini que je possède en toi.

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