LE FARDEAU DE L'ESPÈCE
L'amour n'est pas aveugle. Il a mauvaise vue. Il se laisse conduire au fond par le Hasard. Telle femme passait de vous inaperçue.
Vous l'adorez dix ans plus tard !
Je ne crois pas beaucoup aux atomes crochus, Aux destinations précises de nos actes.
L'amour sera toujours la science inexacte Par excellence, un vaste encombrement confus Que nul génie n'a concerté, même l'espèce. La circonstance crée le désir, voilà tout ! Deux êtres que la vie rapproche chaque jour. N'ayant rien de commun, ni langage ni goûts.
Neuf fois sur dix finissent par l'amour ! D'ailleurs la base vraie de la race et du monde. Ce n'est pas Ariel. Non. C'est l'être de peine. C'est la brute, c'est Caliban, passif, qui fonde La perpétuité de la famille humaine.
Les voilà, les soldats de l'espèce ! Et ceux-là. Soumis au sort stupide et lourd qui les créa, J'afïirme qu'aucun maître occulte ne les mène !... Ils vont obéissant au hasard, aux réflexes... Quant à nous qui pouvons discerner et choisir. Nous comptons pour si peu, perdus dans le désir Universel et dans la bataille des sexes !... Non, c'est la loi stupide. 11 suffit d'être deux. Rien n'a prédestiné jamais Laure à Pétrarque, Et, si nous subissons un joug impérieux. C'est le tien, le tien seul, nautonier de la barque, Hasard, toi, le premier et le dernier des dieux !