CRAINS L'ALLÉGRESSE DE L'AMOUR
Ceux-là qui ont aimé vraiment l'ont fait toujours
Avec un cœur triste.
Ce n'est point qu'ici-bas la douleur seule existe. Mais il faut craindre l'allégresse de l'amour. C'est le cheval lancé qui dépasse la troupe Et disparaît joyeux, ivre, vers les combats, La vie, l'espace, la lumière, et ne sait pas Le maître qu'il porte en croupe.
sous LE CIEL DE TRISTAN
Frde la gaillardise ignoble de nos pères!
La servante troussée et la bonne luronne !
Dieu ! qu'ils avaient la joie et le rire ordinaires !...
Même ces récits que Boccace affectionne
Où Ton voit copuler le moine et la bougresse '
Sont pour moi d'une grande et navrante tristesse.
Le bain galant me met toujours les nerfs à vif.
Le rire dans l'amour est obscène et profane.
Il insulte au divin comme au méditatif.
L'amant le fuit et le poète le condamne.
Jouir est bas. Aimer est noble. « Arder » est mieux ;
Car, pour nous, plus chrétiens en cela que nos pères.
Il n'y a d'autre ciel que le ciel douloureux.
Nous renions comme des sommets secondaires
Les Paradis qui n'auraient pas de Golgothas,
L'expansion sordide, et tout ce qui n'est pas
Le chant triste des sens sous un plafond d'étoiles...
Nous voulons les flambeaux éteints ou renversés.
Dans la dévotion des chambres nuptiales;
Nous nous sentons toujours les vastes fiancés
De l'ombre, ce dieu noir qu'on adore à genoux
Dont l'impassible amour exige des esclaves.
Et nous accueillons, seuls, comme digne de nous.
Le grand plaisir pensif et la volupté grave.