A L'EXEMPLE DE SON ALTESSE CHAT
Méticuleusement, il inspecte, examine
Et flaire le morceau qu'on met sous sa narine.
Il a l'air de penser : « Faut-il? ne faut-il pas?
C'est chiche, affreusement vulgaire ! Un tel repas
Est-il digne de moi, de moi l'aristocrate?
Bah ! La chair !... Après tout si nous tâtions? Je tâte.
Mais comme mon vieux rêve était supérieur !
Oh ! ce premier dégoût ! Oh ! la première odeur !
Décidément, messieurs, je mangerai demain.
Je me l'étais bien dit que je n'avais pas faim ! »
Et, tout à coup, sans qu'on sache pourquoi, farouche,
Il s'élance, saisit la proie à pleine bouche.
Il a l'air d'assouvir sur la chair mise à nu
Un désir monstrueux et longtemps contenu.
C'est ainsi que je comprends qu on aime. Le grand dédain royal de la réflexion.
Puis, brusquement, à vif, à pleine bouche, à même. Le coup de dent du lion !