VERS LA SOURCE
Sapho, vieillie, s'est lamentée : « Virginité,
Virginité, je ne reviendrai plus vers toi ! »
Ne plus être jamais ce que l'on a été.
Ne plus pouvoir monter à la source de soi.
C'est l'étemel remords de l'homme et de la femm.e.
Écarter les roseaux de la première rive,
Comme Narcisse, avec sa pâleur maladive.
Tend ses bras amoureux à quelque source en larmes.
C'est l'impossible appel vers l'impossible amour !
Mais ce cri qui sortit tout saignant de tes stances.
Qui lança l'anathème au plus vain des retours,
Pleure-t-il ta jeunesse ou bien ton innocence?
Je doute de ton cri, ô prêtresse hypocrite !
Je n'y lis pas l'orgueil des pudeurs souveraines.
Ce que dans le passé ce cri-là ressuscite.
Ce n'est pas la candeur suprême : c'est la tienne;
Une virginité dont le désir sournois
Rêverait à nouveau d'inaugurer la vie.
Mais pour se redonner une seconde fois !...
Moi, je voue au passé un regret moins impie.
Lorsque mon souvenir, chasseur qui flaire et rôde.
Ou chien quêteur parmi les bruyères fanées.
Remonte au prime émoi des anciennes années.
Ce que j'y cherche, c'est la place toute chaude
D'où s'est levé jadis notre premier désir !
Place sacrée que l'âme au loin sent tressaillir !
Place indistincte, unique, émouvante, un peu tnste,
Où cela commença, — cela, le vieux parfum, ,
La chose inexprimable et sacrée pour chacun.
Place à jamais déserte où plus rien ne subsiste
Qu'un vague arôme qui se refuse à mourir
Et s'éparpille encor dans l'air du souvenir.
Mais d'où, — vers quel destin? — s'est élancée, un jour.
Bras tendus, la chair jeune et fraîche de l'Amour !
Et tout ce que je pleure à jamais, c'est ceci :
De ne pouvoir plus être, une heure, un tout petit.
Au désir neuf, qui veut se trouver et qui n'ose
Ni le risque du mot ni celui de la chose.
Ce petit qui demeure, œil flambant, joue en fièvre,
Savourant ce mélange inventif que procure
La véhémence en soi de la tendresse obscure
Et la timidité douloureuse des lèvres.
ÊPITAPHE A L'ENFANCE