CI-GIT
Les passions de notre enfance :
Je suis leur veuf inconsolé, le veuf immense Qui se complaît dans leur esprit.
En elles je salue le désir sans mélange, L'instinct pur qui s'élève au soleil et qui met La gaîté du démon dans l'œil teinté de l'ange. Mes défuntes ne m.'ont laissé que des regrets.
Dans la paix des cieux qu'elles dorment!
Rien ne les contristait jadis, rien, que l'obstacle, A cet âge où l'enfant ne fait qu'un tout informe Du baiser qu'on ébauche et du devoir qu'on bâcle.
En belles robes de vacances,
Mêlant leurs jeux, m.êlant leurs danses.
Elles portaient joyeusem.ent
Leur naïve impudicité.
Elles ont disparu sans qu'on ait su comm.ent ! Ave, pauvres sœurs, Ave !
Elles participaient de ces grandes candeurs
Qui, jour à jour, dans chaque enfant.
S'envolent un peu plus du colombier du cœur.
(Ces passions plus tard hantent le souvenir D'un grand retour désespéré).
Oremus \ tout est passé.
0 vous que je n'ai pas vu mounr !
» Votre trépas prématuré
Ne m'a rien enlevé de vos grâces amies. Je vis en vous, vous qui dormez !
Depuis, vers tant de buts, nous nous sommes hâtés, Nous avons tant froissé de couronnes péries Que nous ne trouvons pas injuste qu'on sourie
De ces robustes Antigones, Filles du clair été ou du sensible automne. Mais nous les chérissons en pensée. Oremus ! C'étaient de braves camarades disparus... Et le cœur, le vieux cœur, les recense et s'étonne Quand, tout à coup, il s'aperçoit qu'il n'en a plus !
Je suis leur envieux, je suis le veuf immense Qui grave au mausolée superbe de l'esprit, Les sept petits mots tristes et tout noirs : CI-GIT LES PASSIONS DE MON ENFANCE.