LE MAL SUPRÊME
Un amour qui s'en va, c'est une idée qui meurt.
Chaque fois !... Et c'est bien cela, la vraie douleur !
Cherchez quelle est la foi, la pensée, la croyance,
Que toute femme emporte ou décime en vous-même.
Et vous vous écrierez : « La blessure suprême
Je l'ai reçue au front. Le mal le plus intense
C'est là qu'on me l'a fait, il me manque à présent
Un lambeau d'idéal que je croyais moins grand ! »
Alors vous sentirez à travers tous vos maux,
A travers tous les cris de l'âme convulsée.
Que vous venez de mettre un crêpe à la pensée.
Les idées, cela meurt ainsi que les oiseaux,
Pudiquement et chastement, dans les coins sombres.
Elles tombent, sans fin, tellement à l'écart
Que pour les découvrir il faut presque un hasard.
En fauchant l'herbe aux pieds de ces grands palais d'ombre.
Si serrés qu'on a peur que des spectres n'en sortent.
Tout à coup un menu cadavre est mis à jour...
Hélas ! sous les jonchées balayées de l'amour
Si tu savais combien j'ai trouvé d'idées mortes !
lA SUPERSTITION DE LA NÉCESSITÉ, AMOUREUSE
Que de gens qui se croient obligés de conclure,
Et d'étendre leurs deux sympathies dans un lit !
Habitude, éducation, littérature.
La chose exécutée et le rite accompli.
Ils semblent délivrés d'un poids, et plus heureux.
Aucune allusion jamais n'est faite entre eux.
Par la suite, quand les deux délinquants se croisent.
S'arrêtent, se saluent, causent, prennent congé,
A ces amours furtifs dont ils ont échangé
La médiocrité inutile et courtoise.