MÉTEMPSYCOSE DU SOUVENIR
Elle m'a quitté sans un pleur,
Sans qu'un bégaiement de douleur
Étranglât le cri de sa chair.
Je vois, comme si c'était hier.
Dans ma mémoire pâlissante.
Le dernier geste qu'elle fit
Pour fermer le col de sa mante,
Et pour en arranger le pli.
Lorsque je la perdis de vue.
Prompte et mince au coin de la rue...
Ce fut tout. Pas de vain colloque,
De prolongement furieux.
Et pourtant, lorsque je m'évoque
Cet instant d'étemel adieu.
Peintre qui ne récapitule
Que le réel et que le vrai,
Quand elle me réapparaît,
Jamais (Dieu qu'un cœur est crédule !)
Mon souvenir ne la situe
Exactement dans cette rue,
Son mouvement et son vacarme.
Je la vois, le sein transpercé.
Criante, et comme Niobé
Toute lumineuse de larmes !