‹ La quadrature de l'amourChapitre 66 sur 178 · MÉTEMPSYCOSE DU SOUVENIR · texte numérisé non relu

MÉTEMPSYCOSE DU SOUVENIR

Elle m'a quitté sans un pleur,

Sans qu'un bégaiement de douleur

Étranglât le cri de sa chair.

Je vois, comme si c'était hier.

Dans ma mémoire pâlissante.

Le dernier geste qu'elle fit

Pour fermer le col de sa mante,

Et pour en arranger le pli.

Lorsque je la perdis de vue.

Prompte et mince au coin de la rue...

Ce fut tout. Pas de vain colloque,

De prolongement furieux.

Et pourtant, lorsque je m'évoque

Cet instant d'étemel adieu.

Peintre qui ne récapitule

Que le réel et que le vrai,

Quand elle me réapparaît,

Jamais (Dieu qu'un cœur est crédule !)

Mon souvenir ne la situe

Exactement dans cette rue,

Son mouvement et son vacarme.

Je la vois, le sein transpercé.

Criante, et comme Niobé

Toute lumineuse de larmes !

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