‹ La quadrature de l'amourChapitre 67 sur 178 · AVEC CETTE PIERRE TU BATIRAS MON ÉGLISE · texte numérisé non relu

AVEC CETTE PIERRE TU BATIRAS MON ÉGLISE

Je n'ai pas su que ton coeur était bon.

C'était cela m'aimer, et je ne l'ai pas su ! Maintenant par comparaison, Triste, meurtri, blessé, déçu, Après d'innombrables déboires, Je vois monter dans ma mémoire Ton souvenir resplendissant.

C'est le soleil des morts qui se lève en chantant

Et qui féconde tout de ses rayons nouveaux.

C'est lorsque rien n'est plus que l'autel s'illumine.

Meurs d'abord ! après quoi, je te ferai divine. Tous les temples sont des tombeaux.

LE TRANSMUTATEUR

Pour que la jouissance soit complète.

Il faut que le souvenir intervienne.

La vie est un grand tas de scories que crochette La Mémoire, noir chiffonnier, vieux Diogène Tenant à son poing gauche un crachat de soleil. Elle seule, parmi les tessons, les ordures, Fouaille et finit bien par heurter, d'aventure,

L'anneau pur, le moment vermeil, L instant délicieux, la chose essentielle

Par quoi tout s'éclaire et renaît.

Et pourtant cet instant vermeil fut-il jamais? Souvenir, n'est-ce pas toi qui nous le révèles? Sois bénie toutefois, vieille main acharnée Qui même du néant fais jaillir la splendeur ! Tant pis, si c'est la mémoire qui crée L'illusion du bonheur !

LA VlE ANTÉRIEURE

« Du temps que j'étais chien Ou roi, ou satrape, ou pirate... »

Ecrivait cet historien De sa vie, pour marquer la plus lointaine clate.

Moi, je n'ai pas besoin

De remonter si loin,

0 ma vieille en allée !

Et je n'ai simplement qu'à écrire : « Autrefois, C'est-à-dire voici des années, des années.

Du temps que j'étais toi... »

Page 1