NUBILITÉ
Dans la fraîche insomnie de son premier baiser L'enfant laisse parler une voix familière : « J'ai rompu le secret de la chair, j'ai brisé « Le sceau virginal. Je me sens seul sur la terre. « J'ai perdu l'orgueil doux, naturel et profond, « L'orgueil chaste de soi par qui tout est lumière, « Seigneur ! mon être entier a le goût du poison « Et je voudrais pleurer dans les bras de ma mère. « J'ai perdu l'orgueil doux, naturel et profond. »
Tout est fini. Le grand désir est consommé. Il a signé le pacte effroyable d'aimer. Il n'est plus qu'un soldat de la foule charnelle, Et, souffrant d'être nu tout à coup devant elle. Son pauvre corps d'enfant lui semble abandonné.
Mais la chaleur du sang fait son cœur plus sonore. Une âpre joie se mêle à ce chant de tristesse. Aux rayons du baiser les langueurs s'évaporent. Il attend que le jour adorable renaisse Et, les yeux demi -clos, parmi Le parfum du col, la chaleur du sein, La main qui l'endort, le bras qui l'étreint. Dans le bercement des vieilles berceuses, Il regarde, au delà des murs noirs, resplendir. Farouches soleils du désir.
Vos nativités glorieuses !