‹ La quadrature de l'amourChapitre 7 sur 178 · INITIATION · texte numérisé non relu

INITIATION

Je me souviens . Je mis mon front dans l'ombre rose

Des oreillers, et las, je me pris à rêver,

A rêver !,.. J'étendais mon corps désénervé

Sur l'herbe. Il en passa des choses et des choses,

Devant mes yeux fermés, comme il passe des barques,

Le soir, toutes chargées de paille et de foin vert !...

Je me souviens. J'étais dans un immense parc.

Le parfum du troëne en fleurs agaçait l'air.

Je marchai. La chaleur framboisée des forêts

M'emporta. Je sentis que je disparaissais

Dans des rhododendrons et des routes tournantes.. .

Un beau fleuve bouclé décrivait ses volutes...

Sous ces longs bois de pins que sa gloire ensanglante

Le soleil descendait de mmute en minute.

Un souffle de résine et de genêt d'Espagne

Semblait baigner mes bras meurtris, mon corps ardent.

J'allais loin, j'allais loin..., ailleurs... Et cependant

C'était chez nous, c'était ma maison de campagne.

J'entendais très distinctement, dans le verger,

Ma mère parler haut et mes sœurs m 'appeler...

Ainsi les yeux mi-clos, je feignais le sommeil.

Hostile, indifférent à tout, fermant l'oreille

A cette voix nouvelle et jamais entendue

Qui près de moi, comme un frôlement s insinue.

Répétait, rauque un peu, mais troublante quand même

Parce qu'interminable et d'un timbre aussi bas

Qu'un murmure de guêpe au milieu des muscats :

« Je t'aime. Que je t'aime ! Oh ! je t'aime, je t'aime... »

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