‹ La quadrature de l'amourChapitre 89 sur 178 · LE MENSONGE ET L'AVEU · texte numérisé non relu

LE MENSONGE ET L'AVEU

Le secret d'une robe est souvent plus tragique Que le secret d'une âme. On cherche la raison Parfois d'une vertu sans fin. Religion?

Froideur? Non. Le secret de la robe l'explique... Elle n'embrasse pas le crucifix d'argent, Cette femm.e rigide et glacée ! Simplement, Quand tout s'est assoupi, le soir, dans sa demeure. Le front contre le bois d'une chaise, elle pleure. Elle pleure à jamais la beauté de son corps Où la maternité laboura ses stigmiates.

Faisant de cette chair jeune, brûlante encor. Une statue qui croule et dont le miarbre éclate De toutes parts. Ce ventre mâchuré, ces flancs Qu'ont fouillé des .désirs mâles et stim^ulants. Lui font monter au cœur l'océan des tristesses ! Il l'aime, la désire, il l'implore, il la veut. La pauvre n'ose pas être le corps qu'on presse. Longuement, sur son corps dévêtu, près du feu, Et, prise de la peur terrible d'être nue, Elle fait de sa religion une ruse.

Afin de conserver le prestige ingénu D'être au moins celle qui dédaigne et se refuse. En criant, l'œil baissé : '^ Je ne vous aime pas ! '^ A l'homme qu'elle est prête à serrer dans ses bras. Le jour, drapée dans ses dignités, elle passe, Prodiguant l'anathème à la femme adultère. Indifférente aux mots d'amour, et sur sa face S'inscrivent le dégoût et le dédain de plaire.

Mais la nuit, soulevant le cilice des heures,

Elle s'effondre, épave affreuse, et pleure. En maudissant la vie, de ne jamais pouvoir, L ame lourde d'amour, se dévêtir un soir Et s'offrir doucement en disant : « Prends-moi toute », A celui dont le songe est par elle obsédé... Ah ! tout ce que lui dit d'horreur, la nuit d'été ! Ah ! tout ce qu'elle dit, quand personne n'écoute. Et tout ce qu'elle crie de reproches, au ciel !...

Et ce drame si simple, au fond, mais si réel.

Ne dépasse-t-il pas de plus de cent coudées

Tous nos débats poussifs, tous nos drames d'idées.

Tout ce rapetassage insipide et douceâtre,

Le romanesque, la psychose, et tous leurs stocks.

Dont nous jetons, superbement, les cent défroques

Au mensonge impudent et pei"vers du Théâtre?

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