‹ La quarantaine, comédie-vaudeville en un acteChapitre 3 sur 20 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

JONATHAS , LAVENETTE , GABRIEL.

JOINATHAS.

C'est M. Laveneiie... J'ai à lui parler.

GABRIEL

Ne te gêne pas , fais tes affaires.

JONATHAS

Ce cher docteur! pour la première foisde sa vie., il est en retard.

LAVENETTE.

Que voulez-vous ?... La ville du Havre ne peut se passer de moi... quand on est à la fois employé à la mairie et médecin.

Air : Du jaloux malade.

Des enfans j'inscris la naissance :

C'est le plus beau droit des adjoints ; De plus je suis la providence Du malade implorant mes soins.

Ainsi, qu'on meure ou que l'on vive, A leur sort prenant toujours part, Moi, je suis là quand on arrive, Et j'y suis encor quand on part.

JONATHAS

C'est juste.... sans vous, il n'y a pas moyen de vivre... ni de mourir... Ah ! ah !... c'est une plaisanterie, il ne faut pas que cela vous fâche.

LAVÉNETTE.

Me fâcher!... ah! Lien, oui.... À propos de ça, ma femme vient d'arriver par la diligence de Paris... Pauvre petite femme! elle a passé la nuit en route... et voilà qu'elle s'habille pour la noce.... Elle veut assister au bal , parce que j'y serai... elle m'aime tant !.. Ah ! ça, avez-vous été sur le port?... savez-vous les nouvelles?

JONATHAS

Qu'y a-t-iï donc?

LAVENETTE.

ïl y a en rade, un navire grec, le Philopœmen un

vaisseau qui arrive de Smyrne, avec un chargement de cotons.

JOWATKAS.

Ah! il vient de Smyrne... Mais, ne dit-on pas que der nièrement quelques symptômes y ont éclaté?

LAVEWETÏE.

Aussi, comme membre du conseil sanitaire, nous avons pris nos précautions; le vaisseau va subir une quarantaine rigoureuse.... et personne ne pourra venir à bord, sous les peines les plus sévères.

JONATHAS

Diable! vous avez raison.... ne badinons pas! prenons bien garde a la santé de la ville du Havre.

LAVENETTE.

Quel est ce monsieur?. . un commerçant?...

JONATH4S.

Non,... c'est un officier de marine.... un camarade de collège, a qui je ne suis pas fâché de montrer quelle figure je fais ici.

lAvenetté.

Je comprends.... {S 'avançant vers Gabriel.) Mon-

sieur, les amis de nos amis.... sont nos amis.... Monsieur se fixe au Havre?

GABRIEL

Je ne sais pas encore.

LAVENETTE.

Il le faut... cela me fera une maison de plus... mie ville charmante.... une société délicieuse.... j'en puis mieux juger que personne; car., par état., je dîne chez l'un je

dîne cîiez l'autre... ça dépend de l'heure de mes visites.

JOIVATHAS.

Oui.... vous me faites toujours la vôtre a cinq heures.

LAVEKETTE, à Jonciilias lui tâtaut le pouls. Comment allons-nous ce matin?...

JOJVATHAS.

Dam! je n'en sais trop rien.... je m'en rapporte à vous.

GABRIEL

Est-ce que tu es malade?

JOIVATHAS.

Non ; mais , par précaution,, je me suis abonné... Tous les jours, le docteur vient me dire comment je me perte.

C'est charmant.

JOKATHAS.

Que veux-tu, mon ami? la santé avant tout. Quand on est riche , il est si utile d'être heureux et de bien se porter ; on n'a que cela à faire.

LAVEMETTE.

Ah ca! nous mettons nous à Labîe?la future est-elle là? tout le monde est-il arrivé?

JON'ATHAS.

Cr.i, sans doute; on n'attendait que vous pour signer le contrat. {à Gabriel) Viens, mon ami: je vais te présenter à ces dames... car ce matin , ayant la cérémonie, je donne, à déjeuner chez moi à ma pi étendue.

GABRIEL

Un instant... j'ai aussi des prétentions, et je suis la en costume de voyageur.

jonatfiAs.

Oh. mon dieu! tous mes fques sont occupés; et

pourtant j'en ai septj ce is ie petit commis... mais tiens, voici Giroflée le jardinier, qui va te montrer ton appartement, et qui de plus sera a tes ordres.

Air : Triste spectacle , hélas! aux jeux du sage. (da Bureau de Loterie.)

Adieu, mon cher, sans façon je te laisse; Tu peux, chez moi, commander, ordonner.

A t'obéir je veux que l'on s'empresse ; Et nous, docteur, courons au déjeuner.

LAVtNETTE.

Oui, je me sens un appétit féroce ; Un jour d'hymen, si parfois les amours , Quoiqu'invités, ne sont pas de la noce, déjeuners du moins en sont toujours.

JONATHAS

Adieu, mon cher, etc. etc.

LÀVENETTE.

ENSEMBLE. ^ Allons, monsieur, sans façon je vous laisse; Mais, vous pouvez commander, ordonner.

A le servir ici que l'on s'empresse, Et nous, ami, courons au déjeuner.

{Jonathas et LaveneUe entrent dans la chambre à droite. )

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