La querelle du Cid
Nous n'avons pas l'intention de refaire en entier l'histoire de la « Querelle du Cid ». On connaît suffisamment les grandes lignes, les péripéties principales et le dénouement de cette « guerre de plume », où, de la part surtout des ennemis de Corneille, le grotesque le disputa trop souvent à l'odieux.
Nous voulons seulement, à l'occasion de la réimpression aussi fidèle que possible des pamphlets parus pour et contre le Cid en 1637 (i), raconter certains épisodes de cette lutte mémorable, mal connus encore ou trop ignorés, et appeler l'attention des lettrés sur quelques écrivains du temps, qu'on croyait s'être tenus à l'écart du champ de bataille, et qui, plus ou moins habilement
(1) Un seul, l'Innocence et le vrai amour de Chymène, porte la date de i638. — Les Sentiments de l'Académie, etc., portent également la date de 1 638 ; mais le privilège est du 26 novembre i63y.
masqués, >>nt joue dans cette querelle » un rôle équh ir lequel nous ns, après d'autres
critiques, notamment .ipré> M. Henri Chardon, l'habile chercheur, le savant historien de Scarron et de Koirou, de projeter un peu plus de lumière.
Armand Ihmi.
LES PREMIÈRES ORIGINES DE LA « QUERELLE DU Cid ».
L'Excuse à Ariste , le Vray Cid espagnol; le Rondeau.
Un ami de Corneille, que le poète appelle Ariste, lui avait demandé, quelque temps, semble-t-il, avant le succès du Cid, une chanson à mettre en musique, ou plutôt, si je ne me trompe, à adapter sur un air de musique connu. « Son feu (le feu de ma Muse), nous dira le poète,
ne peut agir quand il faut qu'il s'applique
Sur les fantasques airs d'un resveur de musique. »
Quel était cet Ariste qui importunait ainsi Corneille? Un des pamphlets, publiés en pleine « querelle du Cid » la « Lettre de /, sous le nom d" Ariste » nous aidera à connaître le personnage : « Ce n'est donc pas assez, Ariste, que votre humeur remuante aye jadis troublé le repos de votre solitude et le silence de votre maison, en s'attaquant aux œuvres et à l'éloquence de M. de Balzac... Il faut encore qu'après dix ans de silence, au mépris de votre habit et au scandale de votre profession, vous importuniez votre ami de vous donner des chansons... »
Il est évident, comme Ta déjà fait remarquer M. Marty- Laveaux (i), que Fauteur du pamphlet « Lettre à *^
(i) Corneille, éd. des Gr. écr. fr., III, 29.
d '. ■ , faii allusion aux attaques contre
Balzac qui avaient paru en 1627, juste dix ans auparavant. Balzac, en effet, avait été accusé de nombreux dans un intitule : La conformité dû
de M. de \ celle des plus grands
du temps passé et du présent . L'auteur ,t opuscule était un jeune moine, originaire du Maine, du couvant des Feuillants de Saint-Mesmin,
nomme le P. André de Saint-Denis 1 .
I ! P. André ne pardonnait pas. sans doute, à Balzac,
d'avoir écrit dans une de ses lettres : a Que m quelques
moines qui sont dans les maisons religieuses
comme les rats et autres animaux imparfaits estoient dans
l'Arche, veulent déchirer ma réputation... » François
r, dit le prieur Ogicr, déjà connu par ses attaques
tre le Père Garasse, répondit vertement au P. André
dans une Apologie de Bal^OC, dont un exemplaire lut
envoyé au I*. Goulu, supérieur des Feuillants. Celui-ci,
turieux de voir tourner en ridicule son novice, répliqua
dans un long factum. en deux volumes, contre Balzac,
factum intituté « Lettres de l'hyllaïque 2 à Aristû. »
1 t. lin, Bibl. Jt . XIII,
I et suiv. — Le P. André devait se réconcilier ji
l'hvllarquc, c'cst-.i-dire /» pi a*.cz traruparent, le P. Goulu étant le supérieur lea Feuillants.
M. Marty-Laveaux a d'autant plus raison de croire que P Ariste qui avait inutilement demandé à Corneille une chanson, et qui, en revanche, avait réclamé et obtenu du poète des Excuses en vers, est bien TAristede Phyllarque-Goulu, c'est-cà-dire le P. André de Saint- Denis, que, dans un exemplaire rarissime de VExcitse à Ariste de la bibliothèque Sainte-Geneviève (i), on peut lire encore, d'une écriture du temps, dans les marges, bien que fortement atteintes par le couteau du relieur :
Corneille, dans son épitaphe latine du P. Goulu (1629), fait assez maladroitement, il faut bien le dire, allusion aux lettres de
Phyllarque a Ariste : « Mirum quantum adulteratam elo-
quentiae puritatem revocaverit, conservaverit, illustraverit. » On se demande comment Corneille, qui était l'ami de Balzac, a osé rappeler, dans cette épitaphe, ces lettres qui durent être fort désagréables au « prince de l'éloquence française. » Balzac, qui ne connaissait pas l'auteur de l'épitaphe du P. Goulu, riposta par des vers qui durent blesser Corneille. Celui-ci eut quelques velléités de répondre; mais Chapelain, nous dit l'abbé Goujet (Bibl.fr., XVII, iG3), lui conseilla « de ne pas se plaindre des vers de Balzac et de rompre avec lui une amitié dont l'un et l'autre se faisaient honneur. » (Voir Marty-Laveaux, Corneille, X, 3g3, 3g6).
(0 Y, 458, 4 Rés.) — C'est cet exemplaire qui a figuré, sous le nu 104, parmi les objets exposés à la Bibliothèque Nationale, dans la salle du Parnasse français, à l'occasion du deuxième centenaire de la mort de P. Corneille (oct. 1884). Voir la Notice de M. Léop. Delisle, Paris, Chamerot 1884.
A ri sic est l\c père] André feuil lant] ,. a le pre mier] rit contre B alzac
Mais revenons à Corneille et à son Excuse à Aristc. jsionnelle, mais cause première de la querelle du Cid.
Le poète commence par dire à son jeune ami. Arisie. qu'il n'a aucune aptitude pour la chanson.
«... Ccstc prison iJit-il). desplaist à son génie (au génie de m.i Il ne se leurre p..int d'animer de beaux chints, [Muse», |
Kt veut pour se produire avoir la ciel des champs « (2).
' I, oute-l-il, en termes assez fiers, qui
devaient déplaire à ses rivaux et les irriter contre lui,
tte communication a l'obligeance de M. Eûg. Chatel,
archiviste honoraire du Catrad
Ile écrivant e
tiques latins à l'archevêque de Rouen, Français de llarlay, qui
lui avait demandé des vers en l'honneur de Louis XIII et de
:. tient venus. à la lin du mois de juin, aux eaux
dis-je, que Corneille donna a l'atvhe-
a, les mêmes e.w
' lise parvient a se taire eut elle bégaye et ne se : 1 propre boucl
me cherche/, pas en dehors : le théâtre fi il ne tau» plus attendre de vers de moi, et je n'oserai I
« C'est lors qu'il court d'haleine, et qu'eu plaine carrière Quittant souvent la terre, en quittant la barrière, Puis d'un vol eslevé se cachant dans les cieux 11 rit du desespoir de tous ses envieux. »
Corneille, ici, s'aperçoit qu'il a été trop loin peutêtre :
« Ce trait est un peu vain, Ariste, je l'avoue, »
mais qui donc s'étonnera de voir un poète se décerner des louanges? Les poètes se sont loués de tous temps, et aujourd'hui plus que jamais, car
« La fausse humilité ne met plus en crédit. »
Donc, Corneille, faisant comme tout le monde, puisque « la mode en est, » et que « la cour Pauthorise, » ne se gêne pas pour dire de lui-même tout le bien qu'il pense :
profaner tes triomphes, ni déshonorer Richelieu en le célébrant sur mon humble lyre.
« Vix sonat a magno divulsa camoena theatro, Blaesaque nil proprio sustinet ore loqui.
Hi mihi sunt fines, nec me quaesiveris extra; Carminibus ponent clausa theatra modum ;
Nec, Lodoïce, tuos ausim temerare triumphos, Richeliumve humili dedecorare lyra. »
{Corneille, Ed. Marty-Laveaux, X, 68, 6q).
I |ue je vaux, et <»n m'en dit :
[ait I mot de lig
ta brigue, •lire plus vie bruit -ter «.le reluit en réduit, . travail (\ i MOI appuy monte sur le théâtre ICUn en liberté l'y blasme ou l'idolâtre,
| ie mes amis presJient leurs sentiments (Uelquefois trop d'applaudissements, le le mérite donne l'ar d'illustres advis je n'éblouis personne : Je satisfaits ensemble et peuple et C
:i tous lieux sont mes seuls partisan Par leur seule beauté ma plume est estimée, seul toute ma renommée, • ute fois n'avuir point de rival A qi. '■ ri en le traitant d\.
En marge de l'exemplaire de la liihl. Sainte-» jcnc-viè-. peut lire er.
[ | de Mondory
| 1 troupe.
leur semble penser exactement comme Muret d.ms son Il Fallait mettre aussi dans votre édition du i moins en taille douce, les . mine et ! le ceux et Celles qui "nt -
. — Voir aussi Scudéry : l.tthr ..
ruiui . . 5.
ille se montr.iit plus modeste dai / CCU .Mm .1
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Corneille ne fait ici que répéter, ou traduire, ce qu'il avait déjà dit à Fr. de Harlay, archevêque de Rouen, en
« Là (au théâtre) triomphe, sans craindre la défaite, le laurier qui ceint mon front; là peu d'hommes m'ont atteint, nul ne m'a dépassé, et me suivre de près n'a point semblé une gloire à mépriser. »
,, Hic nescia vinci
Nostra coronato- vertice laurus ovat :
Mepauci hicfecere parem, nullusque secundum ,