V. — LA DEFFENSE DU GID
SES jours passez voyant paroistre un livret contre ? >?«S le sentiment commun, et contre l'approbation ?S^fe!22 générale que tous les bons Esprits avoient donnée à la Tragicomedie DU GID, et remarquant que ce livret poussoit une si foible voix qu'on empruntoit tous les Echos de la Gazette pour la faire mieux retentir, et que d'ailleurs il se presentoit hors de saison après avoir souffert sans résistance que son ennemy fîst la conqueste et triompha si de la créance de tout le monde : je jugeay que son effet seroit pareil à coluy d'une troupe de piçoreurs qui n'osant affronter un régiment le laissent librement passer pour venir fondre après sur la queue et se ruer sur du bagage. Et me sentant pressé par la clameur importune de ces Gazettons du Pont-neuf pendant une semaine ne voyant point de jour à me mettre en colère contre eux mon despit s'avança jusqu'au livre que j'achetay tout indigné de ce qu'il troubloit le plaisir que j'avois eu à lire quelques Scènes DU GID à l'ouverture dii premier feuillet ma veûe
tomba sur ces mots AUX DESPENS DE L'AUTHEUR :
certes pensay-je en moy, cet esprit prognostique, comme
un fidèle Almanach, l'événement de son livre qui aura
cours aux despons de sa réputation. Et me mettant à lire
pour entrevoir le dessein de l'Authour dedans le cours de
(i) ParParet (?).
Éd. princ. A Paris, M. DC. XkXVU. In-40 de 28 pp., y compris le titre (Bibl. SM3enevieve Y. 458 [(1) Rô3.). — Publié, en fac-similé , par M, Lormler, pour la Société des Bibliophiles Normands, 1879,
ses paroles. Je fis jugement que cette œuvre esloit la descharge de sa mélancolie, me persuadant par la suite de son discours que le grand esclat de l'ouvrage fait pour LE CID, avoit produit sur l'ame de ce personnage ce que le soleil fait quand il est joint à la canicule à l'endroit de nos corps qu'il desseiche et recuit, et faisant bouillir au dedans la mélancolie, rend la ratte où elle se retire fort dure et importune. Je le leuz donc en paix, et permis le libre cours à cet esprit qui se purgeoit, dont jo ne m'offensois non plus que des plaintes d'un malade de qui le mal cautionne et excuse l'impatience, me promettant que cet homme seroit désormais bien gay après avoir mis hors tant de mauvaises humeurs, ce qui me fait croire que je pourrois par une Responce l'aborder seurement sans craindre son indignation, pensant bien qu'il ny en pourrait plus avoir, ayant jette tant de bile noire : En tous cas je me suis persuadé qu'il ne sera pas plus mauvais à la recharge qu'à l'attaque, où son plus grand feu est employé. Et comme le grand zèle qui l'anime à l'honneur des Poètes luy a fait prendre la plume, le désir de mettre paix entre deux combatans, me porte à en arrester le cours en luy monstrant tout doucement que sa veûe est préoccupée, et son organe vicie comme d'un fiévreux à qui le vin semble amer à cause du fiel qui s'amasse sur sa langue et sur son palais. Des esprits plus avantageux que le mien eussent renvoyé son livre à la jalousie concerte à rencontre DU Cil), comme un effet naturel à sa cause propre, mais je me suis voulu efforcer d'avoir de luy de plus hauts sentiments, et croire quoy qu'à peine qu'une grande amo comme la sienne ne se laisse pas toucher, ny mesme abborder par l'envie qui est la plus basse de toutes les passions de l'homme, et le plus fort argument qu'il est eloisgné do la vertu, puisque par elle le bien luy dosplaist incarne on autruy, où il no peut
contraindre à aucune subjection, mais en voulant le réfuter, j'ay bien rencontré de l'obstacle, trouvant son œuvre si confus qu'il offusque son dessein. Sa pensée est de frapper sur celuy qui nous a fait parler François, cette belle Tragicomedie, mais n'y trouvant que peu ou point de prise il s'est fait de l'Autheur et du Traducteur un seul objet de son mespris, les mesîant confusément tous deux comme un sujet unique de la Satire qu'il en fait, mais parce que Tordre me plait, je traitteray à part ce qu'il dit contre l'Autheur et séparément, aussi les deffauts qu'il allègue contre son Traducteur faisant ainsi de ce discours deux parties sans obmetlre pourtant la suite des cinq poincts où se réduit sa censure lesquels je cite mot à mot.