‹ La querelle du CidChapitre 39 sur 87 · LETTRE DE MONSIEUR MAIRET, A M. D. S · texte numérisé non relu

LETTRE DE MONSIEUR MAIRET, A M. D. S

^V^WONSIEUR,* — Il ne faut pas se connestre si bien ÔÂ6 en peinture que Monsieur de Lyancourt, poiir descouvrir que ce joly tableau de mes perfections, que vous m'avait faict la faveur de m'envoyer un peu tard, est purement de la manière du Sieur Corneille; A vous dire la vérité, connoissant le naturel du galant homme comme je le connois, je n'en esperois pas autrement un panegirique, majs il faut que je vous avoue que je n'en atttendois pas une satyre, si insolente, et si (grossière qu'il est du tout hors d'apparence que les harangeres de Rouen ses dignes compatriotes n'ayent abandonné leurs estaux pour y travailler commerialement avec luy, celles des halles de Paris, estant certainement trop honnestes femmes pour se dispenser à des injures de si mauvaise grâce. C'est une chose prodigieuse, que de la peine qu^ prend ce pauvre esprit à se rendre de jour en jour plus ridicule et de l'indiscrétion avec laquelle, il s'exposo au hazard d'estre mal traité de tant de gens qu'il offence mal à propos dans ses pitoyables escrits; Ce n'est pas de moy que je parle vous asseurant que dans l'affliction domestique, ou vous sçavez que je dois estre, ses colères, et ses outrages n'ont pas laissé de me faire rire; C'est la quietitude(stc,), et la modération d'esprit ou je me treuve présentement pour ce sujet : Mais comme la puissance est esmeûe par l'objet, je ne sçay pas si je seray tousjours de si belle humeur à sa rencontre, de mon costé j'en eviteray les occasions autant qu'il me sera possible, et pour luy, s'il n'a résolu de tenter Dieu, et les hommes, il n'en fera pas moins du sien; Au reste il luy devoit suffire ce me semble de continuer à faire la guerre a

mes ouvrages comme il avoit des ja commencé par ce premier libelle qui me donna sujet de luy adresser mon epistre familière, sans s'emporter à mesdire publiquement, de ma personne, et de ma naissance puis que ce sont des matières sur lesquelles je ne l'ay jamais attaqué quoy qu'il me fust aysé de vérifier d'estranges choses de Tune,,. et de l'autre ; Je ne me repens pas encore de mon silence, possible a til des parents qui sont honnestes gens et qui n'estant point complices de ses impertinences ne doivent point aussi participer à la confusion dont il faudroit nécessairement que je les couvrisse avec luy : Je me contenteray donc pour maintenant de faire voir à quelques-uns de nos amis, et des siens, que je suis le moindre et le plus obscur de tous mes parents, de qui la condition n'est pas si desplorable (comme, vous allez voir), que je ne doive aprehender de leur estre injurieux, jdans la nécessité présente qui m'oblige à déclarer que j*a^ la gloire de leur apartenir. L'insolence d'un ennemy qui m'outrage publiquement, parce qu'il est lasche, et qu'il me croit plus ostrangor, que je ne suis me doit tenir lieu d'excuse en leur endroit : aussi n'imputeront ils pas ma procédure à vanité, s'ils considèrent que depuis dix ans que je suis en quelque sorte d'estime parmy les gens.d'honneur et de qualité, j ay tousjours eu la discrétion de me cacher a la pluspart des plus aparents d'entre eux qui ne doivent pa3 faire difficulté de m'avoiïer, s'ils sont honneste3 gens, comme je le croy, que s'ils, ne le font pas, je mè reserve la liberté de les traiter de la mesme sorte après aifoir faict connoistre a tout le monde par des tiltres bien authentiques, que je ne suisi point imposteur : Voicy donc un petit mémoire genealo-j gique de nostre maison tel que mon souvenir me le peut fournir, en un temps ou je ne prevoyois pas que j'en d'eusse avoir besoin; je vous l'ea^oye à fin que vous ayez

eh main dequoy soustenir ce que vostre amitié vous pourroit faire advancer.sur ce sujet en ma faveur*

Je commenceray par le costé maternel, comme par le plus seur et le plus aysé à justifier dans Paris, ou sont assez connues les familles de, Messieurs les Le Gras, Moles, Annequins, Moroys, Angenous, et autres a qui j'ay l'honneur d'apartenir de par Marie Glerget, ma mère (*).

Mon bisayeul nommé N. Glerget de Sainct Disier espousa une Damoiseile Le Gras, sœur de Noble Homme Pierre Le Gras de Troyes en Champagne, il en eut sept garçons et une fille.

Deux de ses fils furent mariés à Troyes, l'un espousa , Demoiselle de Moroy sœur de Monsieur de Moroy Conseiller au grand Conseil il eut deux enfans un fils et une fille nommée Marie qui a laissé un seul fils.

L'autre iClerget espousa une Dem. Mole, dont sont venus trois enfans deux fils, et une fille (**).

Les autres frères ont esté mariés dans Sainct-Disier ville frontière de Champagne, ils ont eu plusieurs fils dont il y en a trois Chevaliers de Malte, et un nommé Clerget de Ville au bois, Ambassadeur par deux fois en Jérusalem, pour le Duc de Lorraine il a laissé un fils de mesme nom.

La Sœur desdits Clergets espousa le Baron de Narcy dont elle eut un fils qui s'appelle, le Baron de Sainct Vincent, et demeure en la tour de Narcy proche Sainct Disier.

Le plus jeune desdits Clergets nommé Claude (*") espousa Demoiselle Marie Angenou, qui avoit cinq sœurs, D. Anne

(*) Ce Pierre le Gras eut une fille mariée à un Seigneur de Marsillé, dont elle eut une fille qui espousa le Sieur de Villebertin. (**) Monsieur Mole, Procureur General à Paris est de la mesme famille. (***) Cettuy-cy fut mon Ayeul,

Angenou espousa Louis De Ville-prouvé Président de Troyes, dont*sont sortis plusieurs enfans.

D. Louise Angenou espousa Jean d'Optorre Sieur de Vilie-chetif, elle est morte sans enfans.

D. Catherine Angenou espousa le Sieur Bouïlleraut. D. Aymée Angenou espousa Noble Homme Vincent Nevelet grand père de Mad. la Marquise de Sourches, et de Monsieur son frère Conseiller au Parlement.

D. Colette Angenou fut religieuse aux Dames Des prés lez Troyes (*). j

Lesdites Demoiselles avoient deux frères l'un fut marié et a laissé quatre enfans deux fils, et deux filles et l'autre est mort garçon. J

Le Père desdits Angenous, eut aussi deux frères l'un s'apelloit Chrislofie, et l'autre Tobie, ils eurent plusieurs enfans, et deux sont venus Messieurs Angenous dont l'un est Conseiller au grand Conseil et l'autre Lieutenant General a Sens, de qui la fille a espousé Monsieur Mera Sieur de Drouz Conseiller d'Estat, un autre Angenou, a espousé Demoiselle Anne de Buouille. '

De Demoiselle Marie Angenou, femme de Noble Claude Clerget de St. Disier, est sortie Marie Clerget qui espousa Jean Clairet do Besançon, mon Père (**).

Dans l'alliance des Clergets est entrée la famille des Le Gras, par une fille, et des Le Gras sont sortis, Messieurs Le Gras, Intendant aujourd'huy de la maison 'de la Reyne, et son frère, Evesque de Soissons.

Dans la mesme famille des Clergets est entrée celle des Moles et des Angenous, par une fille.

(*) La mère desdits. Angenou, s'appeloit Colette de Chanteloup fille d'un Seigneur de Chanteloup qui demeurait proche de Troyes J

(**) Messieurs de Guise et de Chevreuse ont esté nourris, et eslevé (sic) chez mon Ayeul à S. Disier.

Celle des Angenous, est entrée plusieurs fgis dans celle des Kannequins.

Celles des Migregnis, Moles, Dorignés, De la Grand'Fouchere, et de la Maie maison est entrée en celle des Angenous par plusieurs fois.

Les armes desdits Cler&ets, sont deux crosses d'Abbé en sautoir avec une estoile en chef (*).

Celle dos Angonous soU doux espéos d'argent en croix ou en sautoir avec une estoile.

Celle des Moles un croissant et trois estoiles si* je ne me trompe.

Celle des Dorignés trois chandeliers, et une estoile toutes lesdites armes timbrées.

J'ay voulu mettre ces circonstances, comme ne les jugeant pas inutiles à vérifier ce que je dy.

Pour le costé Paternel, estant plus esloigné de nous, il me seroit plus facile d'imposer si j'avois besoin d'autre chose que de la pure vérité pour convaincre mon Calomniateur.

Mon grand Père estoit venu de Strasbourg, à Besançon pour y prendre les premières notions de la langue françoise •comme c'est encore aujourd'huy, la première station des Allemands, qui l'ont tousjours aymée, tant pour la raison du territoire qui ne produit pas de mauvais vins que pour la liberté de cette ville impériale ou le sort de la guerre luy donna sujet, de rendre un tesmoignage publicq de sa vertu en la personne du Sieur de Beaujeu, Capitaine Lorrain, qu'il arresta (**) d'un coup de perluisane, devant l'Esglise des Carmes de Besançon, qu'il avoit surprise a la faveur de la

(*) Il ne me souvient pas du champ, ny du métal, et je ne suis pas en lieu ou m'en pouvoir enquérir.

O-l'An 155*.

nuit, et des huguenots bannis de cette ville là, cette action assqz héroïque, et qui sauva cette petite republique, en fut reconnue par les armes (*), les immunités, et la charge de Sergent Majour qu'elle luy donna, et dans l'exercice de laquelle il est mort âgé de quatre vingt tant d'années.

En premières nopces, il espousa D. Catherine Fauche, de la famille des Fauches, de Pontarlier, dont est sortie M. la Comtesse de Salnoue, son alliance estoit de Mantoche, et de Boiiouset, les noms en sont assez connus dans Besançon.

De ladite Catherine Fauche, et de luy sortirent trois fils, dont l'aisné mourut à Louvain, à la poursuitte de ses estudes, le puisné a la bataille de Nuiport, Lieutenant d'une compagnie de gens de pié dans le régiment des Bourguignons ou Vallons soubs le sieur d'Andeiot, et le cadet fut destiné • à la marchandise et a la banque suivant la coustume du pays, qui s'observe aujourd'huy communément sans préjudice de la noblesse des familles, pariny les plus honorables d'Angleterre, et d'Italie ; ou pour l'intelligence du commerce, et la connaissance des estoffes d'or, et de soye, il demeura deux ans à Milan, chez Messer Antonio Caruci, et depuis en France, pour la draperie chez M. Tartier, Marchand de Troyes, mais dévenu seul héritier par la mort de ses frères qui ne furent point mariés il quita cette profession sans l'avoir exercée, pour suivre son inclination, et les impétuosités de sa jeunesse qui l'obligèrent à des despences qu'un autre que son fils pourroit justement apeller folles puis qu'elles furent cause en partie de la ruine de sa maison ; de sorte que son mauvais ménage, et sa mort précipitée, nous laissèrent ce que nous estions d'enfans a la •

(*) On luy permit de prendre une pertuisane d'or en champ de gueule. Cecy ce peut vérifier par les Annales de la maison de ville de Besançon.

mercy d'une Marastre qui fut tousjours mon Euristée, et dans un âge non seulement incapable de donner ordre a nos affaires domestiques, mais aussi d'en resentir l'incomodité ; Il espousa donc comme j'ay dit en premières nopces, Dem Marie Glerget fille de Claude Clerget, et de Marie Angenou, laquelle Marie Clergét il enmena chez son Père, avec une despence de nouveau marié de qui les bonnes gens de nostre païs n'ont pas encore perdu le souvenir pource qu'elle fut secondée de la magnificence de ses amis, et de la jeunesse de Besançon qui le fut recevoir en armes à demie lieue de ses murailles ; je ne met pas ces particuliarités en avant pour me glorifier auprès de vous de la fausse galanterie de mes parents, qui m'eussent bien plus obligé d'en faire moins, mais seulement pour tesmoigner à mon Calomniateur, qu'ils estoient en quelque sorte d'estime, et de considération parmy leurs concytoyens. i

Le reste de nostre fortune seroit d'une trop longue, et trop inutile déduction, S'il me faut abuser de vostre patience, j'ayme bien mieux que ce soit à vous dire mes sentiments sur cet honorable libelle, ou sans parler des logogriphes, et des énigmes dont il est plein, et qui sont purement de l'invention de son autheur ; Je remarque presque par tout par la peine qu'il prend à îrïe déclarer nécessiteux qu'il s|'est imaginé de pouvoir nuire beaucoup non seulement à mes affaires, mais encore) a si peu de réputation que je me suis acquis, comme si je pretendois au party du Sel, et que ceux qui me font la grâce de m'estimer ou de m'aymer, l'avoient plustost faict jusques icy par la considération de mes richesses, que par celle du véritable honneur qu'il ignore, et dont|je fa y depuis dix ans une particulière et publique profession, je ne scay pas a la vérité de combien, le Sieur Corneille, peut estre plus riche que je ne suis, (nous n'avons pas encore compté ensemble,) mais en

tout cas tant que ma pauvreté n'aura point de plus honteuses circonstances que celles qu'elle a, je vous asseure que je ne porteray point envie à la magnificence de son illustre maison, de qui l'ambition la plus immodérée n'a pu s'estendrejusques à maintenant au delà d'une charge de trois mille escus, et dont la première et présente prospérité consiste en un point de fortune ; ou j'ay tousjours mis le dernier malheur de la mienne : Il ne faict pas de moindres efforts pour soustenir que je suis plus mauvais Poète que luy, nous n'en viendrons jamais aux mains pour cet article, de tous les fils d'Apollon je ne connois que Messieurs du Lot, et Cousin Gaillard qui soient capables de se gourmer avec luy pour un sujet de pareille nature; C'est seulement avec ces dignes Rivaux, et ces docteurs en gaye science qu'il peut entrer en contestation pour la Couronne du Parnasse; je demeure d'accord avec que luy que sa poésie, et la mienne n'ont quasi rien qui se resemble, et qu'on peut dire à sa louange qu'il s'est formé luy mesme une certaine idée de son mestier toute particulière, dont les anciens, et les modernes ne s'estoient jamais advisés ; je luy quite donc libéralement et sans regret la part que je prétends à

V éternité que promet

La montagne au double sommet»

Au tour de laquelle je me contenteray de ramper comme un • limaçon tandis que cette Corneille d'Horace I

. Sur les plumes d'un autre (*) impudemment monta Y remplira les airs de ses croassements . Et les ésgalera d'une audace effrontée Aux chants des Rossignols et des Cigries charmants.

Vous pouvez croire que ce n'est pas de moy que j'entens

(*) C'est Guillen de Castro à qui il a desrobé, les principales pointes du Cid.

parler; si j'estoisi assez vain pour avoir meilleure opinion de mes ouvrages 'que je ne la dois( avoir je conserverois pour le moins assez de discrétion pour m'empescher de le faire paroistre c'est pourquoy je treuve mon imposteur bien desraisonnable en cet endroit de son advertissement ou il dit que je le menace de mon Solyman, comme d'une importante pièce de batterie (ce sont les termes de son libelle) je vous asseure que si j'avois à le menacer de quelque pièce de batterie, ce ne seroit point de celle la ; j'en ay d'autres en main qui ne; sont pas de si grand bruit, et qui feroient beaucoup plus d'effect, si j'estois en estât de les faire jouer; mais c'est trop s'arrester sur une matière indigne de nostre entretien, je finis donc après vous avoir supplié de faire voir cette lettre en son original, à cinq ou six de nos plus illustres amis et mesme si vous le jugez à propos d'en envoyer une copie au Sieur Cerneille de Rouen, Afin qu'après une facile et diligente perquisition des vérités qu'elle contient touchant mon origine, et la condition de mes parents, il se rende justice à luy mesme sur les injures qu'il m'a dites et quilm'obligeroient à d'estranges ressentiments si je n'estois plus généreux qu'il n'est lasche ou si je considerois plustost sa mauvaise intention, que le contraire effect qu'elle a produit, puisque la publication de son libelle, ne servira possible, qu'à me faire connoistre de bonne grâce à quantité de bonnes familles, et d'honnestes personnes de condition a qui la bien sceance des choses, et la naturelle disposition de mon humeur ne m'avoient pas permis juàques icy de décliner mon nom par règles généalogiques, pour leur aprendre à contre temps que j'ay l'honneur de leur apartenir je suis Monsieur

Vostre tres-humble et très fidelie serviteur, 1 Mairet.

A Belin ce 30. Sept. 1637.

JUGEZ maintenant, Monsieur Corneille, du tort que vous vous faites à vous mesme, en offençant celuy que je défends; si mal à propos qu'on n'a jamais ouy parler d'une animosité si brutale, et si brutalement tesmoignée : car enfin avancez tant qu'il vous plaira, pour colorer vostre vilaine' procédure, que mon amy vous a premièrement injurié, c'est une artificieuse fausseté dont il n'est pas bien malaysé de vous convaincre ; TEpitre familière qu'il vous adresse est en nature, et se vend encore publiquement dans le Palais chez Antoine de Sommaiville; on trouvera qu'elle ne contient autre chose que la defence de ses propres ouvrages, que vous aviez attaqués de gayeté de cœur, et celle du Sieur Cîaveret dont vous avez essayé de déchirer la réputation, par plusieurs et diverses fois, avec autant d'insolence, que d'injustice ; il est bien vray que Monsieur Mairet, afin de raisonner plus gracieusement avec vous s'y resjouït en quelques endroits, a vos despens, mais la force de ses raisons n'y combat rien que la foiblesse des vostres, vostre mauvaise conduite en vos procédés, et vostre ignorance crasse pour le mèstier que vous professez : la pointe et le sel de ses railleries n'y picquent autre chose que l'excez de cette avarice qui vous fit imprimer le Cid contre la foy promise aux Comédiens, à la maie heure pour vostre honneur, et les vertèbres d'un de vos meilleurs amis qui s'estant ingéré de^ demander en vostre nom, la somme de cent bonnes livres pour le regain de cette esclatante facétie, voulut s'ac- . quiter de sa charge en termes impératifs, comminatoires, ! et dignes de la majesté d'une si haute commission ; de sorte .qu'il se vit luy mesme typographiquement imprimé dans la Bôûe, in folio ; c'est à dire tout de son long, en grand Saint

Augustin (*), de lettres grosses comme de deux poings,

D'un fort Bourgeois de Paris Qui n'est pas des plus petits,

Chascun n'entendra pas cette historiette si bien que vous, n'importe Qui potest capere capiat. i iVous trouverez encor que la satyre de son Epistre n'a voulu mordreprincipalement que la vanité de cette humeur qui vous a faict dire de vostre individu,

La fausse humilité ne met plus en crédit

Je sçay ce que je vaux, et croy ce qu'on m*endit.

Et de vostre poésie,

Je charme esgakment et peuple et courtisans, Et mes vers en tous lieux sont mes seuls partisans, Trop content du succe^ que le mérite donne, Par d'illustres advis, je n'esblouis personne Et sans que mes amis preschent leurs sentiments. J'arrache quelques fois trop d'applaudissements.

Et finalement toutes ces merveilles que vous nous comptez de vostre personne, et de vostre esprit dans vostre imaginaire et falloto excuse à Âriste, ou vous estallez une nouvelle moralle avec des vers qui demandent l'aumosne, et le chemin des petites maisons* Voila sans contredit tout ce que Monsieur Mairet vous a jamais dit de plus offençant soit en vers soit en prose, luy qui devoit vous tailler en pièces après les actes d'hostilité que vous avouez vous mesme avoir exercez premièrement envers luy, tant par un mauvais Rondeau, que par deux lettres subsecutives dont l'une esgratigne tous ses ouvrages, et l'autre sa fortune et son origine ; pour la dernière, on vous le pardonne aysément, nous sçavons bien que n'ayant pas une circonstance

(*) C'est un terme d'Imprimerie qui fait allusion au nom de l'Imprimeur.

qui puisse es tre'apliquée à mon amy, vous avez esté contraint de la luy donner pour satisfaire à la personne de condition qui dans vostre bonne ville de Rouen.

: Vous menaça d'un chastiment

Contre qui l'âme la plus lasche,

Fremiroii du ressentiment Ce fut au jeu de paume, en un coin ce dit on *• : - Ou Dame CORNEILLE enfermée

Tremblant soub\ la main du FA UCON , ( '

Pour îa dernière fois creut estre déplumée.

Le bruit ntesme court un petit

Que la pauvrette en esmutit (*).

Contentez vous que j'ay sçeu l'advanture par une lettre d'un Gentil-homme qui vray semblablement en doit bien estre informé, c'est Monsieur de Charles-val, que je cite d'autant plus hardiment que je suis asseuré qu'il n'y a rien du sien, et qu'il ne vous craint que médiocrement, il vous estime encore moins si je ne me trompe, au reste je vous donne advis que sans la générosité de Monsieur de Scudery qui se contente de vous avoir accablé de raisons, le châtiment, et la menace dont je vous parle, eussent esté la mesme chose ; et certes vous l'aviez bien mérité pour avoir eu l'impudence de mesdire d'une maison qui se peut justement vanter d'une noblesse de quatre ou cinq siècles ; après cette indiscrette audace je ne m'estonne plus de celle que vous avez tesmoignée en outrageant Monsieur Mairet, luy qui bien loin de vous injurier, vous exhorte, si doucement en deux ou trois endroits de son Ëpistre, à vous abstenir de cette indigne façon d'escrire : vous deviez donc, combattre ses raisons par d'autres, et le railler à la pareille, de bonne grâce; mais c'est proprement vous obliger a plus que vous ne pouvez puisque le raisonnement ne vous fut

• (*) Le Sieur Corneille entendra cette allusion s'il luy plaist.

jamais bien familier, et que vous n'avez aucune disposition naturelle, a la raillerie des honnestes gens ; soit que vous ayez trop de bile, ce qui paroist à la chaleur de vos choleres immodérées, ou soit que vous abondiez en phlegme, et en pituite, ce qui paroist à la froideur de vos escrits, et plus visiblement encore à cette indeficiente roupie qui distille en toutes saisons de l'alambic de vostre nez, enfin Monsieur Corneille mon amy quand vous me donneriez autant de petits Cids qu'un asne en pourroit porter, en bonne foy je ne voudrois pas estre en vostre place après les sotises que vous avez faites, il ne s'agit plus de vostre chef d'oeuvre abeal in malam crucem, il est question désormais des par- ■ ticuliers, et des familles entières que vous avez oftencées à cause de luy, de telle sorte que d'une action purement civile et poétique, il est advenu que vous en avez faict une inciville et criminelle, et le pis que j'y preuve pour vous c'est que vous avez a faire a tant de parties que s'il vous arrivoit malencontre (ce que Dieu ne veuille) vous seriez privé de la consolation de sçavoir au moins à qui vous en prendre : pour Monsieur' Mairet, après les grands coups de plume, et de bec qu'il a reçeus de vous et de vostre part, si l'on peut juger de l'indolence de son esprit, par la modération de sa lettre, j'ose quasi vous estrè garand de la debonnaireté de son humeur, mais à tout hazard, ne vous y £ez que de bonne sorte, et surtout gardez vous bien de mettre sa patience à de nouvelles espreuves par de nou- . velles calomnies, car. Me hercle, en telle verve le pourriez vous prendre.

Qu'ayant beaucoup d'amis en la ville ou vous estes

Et des plus aparents Luy-mesme iroit vous voir, et vous chanter goguettes A la barbe de vos parents.

Asseurez-vous que c'est1 un faux Bourguignon, je le

connoy comme si je l'avois nourry, sur ma parolle il seroit homme à vous faire frasque sur frasque, pièce sur pièce, et peripœtie, sur peripœtie; nonobstant clameur de haro, où chartre normande, et fussiez-vous chargé de Gids jusques aux dents si wonsren avez, espargnez luy donc par vostre silence,, une manière de visite qui vous surprendroit d'autant plus vilainement qu'il luy prendroit possible envie de vérifier sur les lieux certains mémoires qu'il a reçeus d'un Gentil-homme de ses amis qui vous con n'oit jusques dans le foye, je ne veux pas dire jusques dans le cœur, de peur de mentir, s'il dit vray (comme je n'en doute point) il faut avouer que tout le corps de vostre race, à la considérer depuis le front jusques a la plante des pieds, est d'une bien estrange, et bien extraordinaire disposition ; car non seulement, il est comme de ces insectes, ou l'on ne voit aucune aparence de parties nobles, mais comme de ces vilains animaux de l'Isle de Cuba, vel Cubas, en qui les naturalistes en descouvrent peu qui ne soyent honteuses ; sur cet advis je prens congé de vostre noblesse prétendue, après vous avoir suplié très ironiquement, de me pardonner, si dans ce petit labeur que je vous adresse, il m'est eschapé de familiariser avec vous, contre les respects ordinaires et extraordinaires que vostre suffisance me commande, vous asseurant, que depuis la gaillarde excuse à Arjste, je me suis fait une si plaisante idée de vostre microcosme, qu'il me seroit du tout impossible de traiter plus sérieusement avec vous; Adieu donc Monsieur Corneille mon amy, si vous passez vostre quartier d'hyver à Paris, je ne manqueray pas de me donner la satisfaction de vous y voir, autant pour m'acquiter de ce que je vous doy, comme pour vous aprendre qui je suis, Que cette curiosité toutefois, ne vous oblige pas absolument à prendre le coche ou la mazette, si vous n'avez point de plus im-

portantes affaires en Cour , que celles du Poème Dramatique, je vous conseille de demeurer à Rouen, et vous tenir clos, et couvert à la faveur des Lares paternels ou maternels.

Là vous fere% de mauvais vers En attendant que les années , Estouffent les effects pervers De vos malices estonnées.

p- 348— XXIX. — LA SUBITE DU CID EN ABREGE

OU LE TRIOMPHE DE SON AuTHEUR, EN DESPIT DES ENVIEUX <!).

Au Lecteur &fift^\MY Lecteur, U- Le bien heureux succez du Cid

qui ne fut jamais qu'une hapelourde ; soit en 4j^ Espagnol soif, en François accreut tellement la vanité naturelle de! son traducteur, qu'il obligea Monsieur de Scudery par ses insolences imprimées, à descouvrir les defaux de cette farce sérieuse, par des observations qui sont généralement approuvées de tous les bons esprits désintéressés; après cela le Sieur Corneille au lieu d'acquiescer aux arguments qui le convainquent, ou de respondre en habile homme, emprunta le génie, et le style des harengeres de Rouen, pour s'en servir généreusement comme il a faict, contre quantité d'honnestes gens, a cause seulement qu'ils sont amis de son Correcteur ou partisans de ses raisons ; sa rage s'est particulièrement estendûe, sur les Sieurs Mairet, et Claveret dont il attaque tous les jours, la réputation, et la 'naissance avec des impostures, et des calomnies, qui me font vous dire que cinquante coups de baston bien apliquez, seront justement LA VERITABLE SUITTE DU CID, Adieu.

(i) Très vraisemblablement de Scarron. — Voir notre Introduction, Éd. princ. A Villiers-Cotrets, chez Martin Baston, A l'enseigne du Vertgaland, vis à vis la rue des mauvaises paroles. S, d, — In-8° de 8 pages, titre compris. — Non cité dans la BibJiog, Comêl. — Publié d'après l'exemplaire rarissime, sinon unique, de la Biblioth. de Caen, exemplaire ayant appartenu au P. Martin, l'ami et le correspondant de P. D: Huet.

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