‹ La querelle du CidChapitre 42 sur 87 · XXX — LETTRE DE M. L'ABBÉ DE BOISROBERT · texte numérisé non relu

XXX — LETTRE DE M. L'ABBÉ DE BOISROBERT

a M. Maire t '",

A Charonne ce 5. Octobre 4637.

lONSIEUR, — Puisque vous êtes extrêmement raisonnable, et que vous savez bien que la sujettion illustre à laquelle je suis attaché, ne me laisse pas assez de liberté pour rendre mes devoirs à tous mes amis, je ne vous ferai point d'excuses de m'être autrefois reposé sur les soins de M. Chapelain qui m'a promis de répondre pour moi aux Lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. 11 n'aura pas oublié, je m'assure, à vous témoigner la continuation de mon zélé, et je me promets bien que vous connoitrez vous-même à votre retour que si je vous ai paru muet, je ne me suis pas tû devant ceux auprès desquels vous croyez que je puis vous servir, et que je vous ai gardé une inviolable fidélité pendant votre absence. Ces six lignes que je vous écris de mon chef, satisferont s'il vous plaît, Monsieur, à ce que je dois à notre amitié, et vous lirez le reste de ma Lettre comme uo ordre que je vous envoie par le commandement de son Eminence. Je ne vous cèlerai pas qu'elle s'est fait lire avec un plaisir extrême tout ce qui s'est fait sur le sujet du Cid, et que particulièrement une Lettre qu'elle a vu de vous, lui a plu jusques à tel point qu'elle lui a fait naître l'envie de voir tout le reste. Tant qu'elle n'a connu dans les écrits des uns et dés autres,

(i) Cette lettre de Boisrobert, datée du 5 octobre 1637, a été imprimée pour la première fois dans le Recueil de Dissertations sur plusieurs tragédies de Corneille et de Racine, A Paris, chez Gissey, rue de la Vieille Boucherie, M.DCC.XL. — Tome I, pp. 114-117. -— Ce recueil a été publié par l'abbé Granet.

que des contestations d'esprit agréables, et des railleries innocentes, je vous avoue qu'elle a pris bonne part au divertissement; mais quand elle a reconnu que de ces contestations naissoient enfin des injures, des outrages, et des menaces , elle a pris aussi-tôt résolution 'd'en arrêter le cours. Pour cet effet, quoi qu'elle n'ait point vu le libelle que vous attribuez à M. Corneille, présupposant par votre réponse que je lui lus bier au soir, qu'il devoit être i'aggresseur, elle m'a commandé de lui remontrer le tort qu'il se faisoit, et de lui défendre de sa part de ne plus faire de réponse, s'il ne lui vouloit déplaire; mais d'ailleurs craignant que des tacites menaces que vous lui faites, vous ou quelqu'un de vos amis, ^n'en viennent aux effets, qui tireroient des suites ruineuses à l'un et à l'autre ; elle m'a commandé de vous écrire que si vous voulez avoir la continuation de ses bonnes grâces, vous mettiez toutes vos injures sous le pied, et ne vous souveniez plus que de votre ancienne amitié, que j'ai cbarge de renouveller sur la table de ma cbambre à Paris, quand vous serez tous rassemblés. Jusqu'ici j'ai parlé par la bouche de son Eminence; mais pour vous dire ingénument ce que je pense de toutes vos procédures, j'estime que vous avez suffisamment puni le pauvre M. Corneille de ses vanités, et que ses foibles défenses ne demandoient pas des armes si fortes et si pénétrantes que les vôtres. Vous verrez un de ces jours son Cid assez mal mené par les sentimens de l'Académie ; l'impression en est déjà bien avancée, et si vous ne venez à Paris dans ce mois, je vous Tenvoirai. Cependant conservez-moi s'il vous plait quelque place dans le souvenir de M. de Belin, faites moi de plus l'honneur de lui témoigner que je prens grande part à son affliction, et queje suis autant touché que pas un de ses serviteurs, de la perte qu'il a fait. Si j'avois l'esprit assez libre, je la lui témoignerois à lui-

même; mais je me console quand je pense que ma douleur sera plus éloquente en votre bouché qu'en la mienne, et que vous n'oublirez rien pour témoigner les véritables sentimens de celui qui est avec passion j I

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