‹ La querelle du CidChapitre 7 sur 87 · II. — L'AUTHEUR DU VR^Y CID ESPAGNOL · texte numérisé non relu

II. — L'AUTHEUR DU VR^Y CID ESPAGNOL

a son Traducteur François, '

sur une Lettre en vers, qiCil a faict imprimer

Intitulée (Excuse à Ariste) ou après cens traits

de vanité, il dit parlant de soymesme.

Je ne doy qu'a moy seul toute ma Renomma (1). L'ESPAGNOL

iE parle à toy Vanteur, dont l'audace achevée, S'est depuis quelques jours dans le Ciel esievée. Au mépris de la Terre, et de ses Habitans, A Toy dont l'insolence en tes escrits semée Et bien digne du fast des plus fous Gapitans, Soutient que ton mérite a faict ta Renommée.

Les noms de deux ou trois, dont tu veux faire accroire, Qu'en les traictant d'Esgaux tu les combles de gloire Dans l'Espagne, et plus outre avaient déjà couru, Mais de ton froid Esprit qui se paist de fumée, Rien certes dans Madrid n'avoit jamais paru, Et le Cid seulement y fait ta Renommée.

Je croy que ce suject esclatant sur la Scène, Puis qu'il ravit le Tage a pu ravir la Seine. Mais il ne failloit pas en offencer l'Aut/icur, Et par une impudence en orgueil confirmée, Asseurer d'un langage aussi vain qu'imposteur, Que tu dois à toy seul toute ta Renommée.

(i) Par Mairet.

— Éd. princ. S. h n. d. In-40 de 2 ff. Biblioth. do Caen (Ch 6 ter, 2). — 5. /. n, d. In-8° de 2 ff.

Tu ne dois te vanter en ce fameux ouvrage Que d'un Vers assez foible en ton propre langage, Qui par ton ignorance oste l'honneur au mien, (Tant sa force et sa grâce, en est mal exprimée) Cepandant Orgueilleux et riche de mon bien, Tu dis que ton mérite a faict ta Renommée.

Bien, bien, Jiray paroistre avec toute asseùrance, ,

Parmy les Courtisans et le peuple de France, Avec un Privilège et Passeport du Roy, Alors ma propre gloire, en ta langue Imprimée, Descouvrira ta honte, et mon Cid fera foy Que le tien luy devoit toute sa Rénommée.

Donc fier do mon plumage, en Corneille d'Horace, Ne pretens plus voler plus haut que le Parnasse, Ingrat rens moy mon Cid jusques au dernier mot, Apres tu cognoistras, Corneille déplumée, Que l'Esprit le plus vain est souvent le plus sot, Et qu'enfin tu me dois toute ta Renommée (1).

I Don Baltazar ^

de la Vcrdad.

(i) M. E. Picot {Bibliographie Cornélienne, n° 1349) ne cite de cette pièce que l'édition. in-8°. Nous en connaissons une autre, petit in-40 : elle se trouve à la Bibliothèque de Caen, dans un volume qui a appartenu au cordeîier François Martin, l'ami et le correspondant de Daniel Huet.

Cette édition in-40 n'a Pas de date, mais c'est plus que probablement la vraie édition princeps, celle que Mairet fit imprimer clandestinement et qu'il chargea son ami Claveret de distribuer à Paris. L'exemplaire de la Biblio-

1 thèque de Caen, plié en forme de lettre, fut adressé À Mr de la Guenstière (ou Quenstière), au Dauphin, place Dauphin*, '

Il nous semble à peu près certain que l'édition in-40 fut imprimée dans le Maine, au Mans ou à la Flèche.

Au début de la querelle du Çid, Mairet était, ne l'oublions pas, au Mans, chez son protecteur, le comte de Belin . L'auteur (Corneille, peut-être) de Y Avertissement au Besançonnois Mairet répond à l'auteur du Vray Cid espagnol : « Cette belle poésie que vous nous avie\ envoyée du Mans, ne nous permettoit pas de douter que vous estes aussi sçauant en injures que vostre amy Claveret ». Supposant donc, non sans vraisemblance, que Mairet avait fait imprimer son pamphlet soit au Mans, soit à la Flèche, où les imprimeurs ne devaient pas manquer, étant donnée l'importance du collège des Jésuites, nous avons calqué le plus exactement qu'il nous a été possible les fleurons du bandeau, les caractères et même le filigrane du papier, et nous avons envoyé ces calques à M. Robert Triger et à M. l'abbé G. Esnault, membres de la Société historique et archéologique du Maine, dont l'érudition n'a d'égale que la complaisance. Voici ce que M. R. Triger nous a répondu : c Le filigrane dont vous m'avez envoyé un calque est d'origine mancelle. Quant aux fleurons, je ne les trouve pas dans les ouvrages imprimés au Mans, mais, en revanche, je les rencontre absolument semblables dans deux livres imprimés à la Flèche : Musa Jlexienses, 1629, pet. in-40; — Invention nouvelle et brieve pour réduire en perspective par le moien du quatre toutes sortes de plans et corps, etc., 1648, in-40 »• De son côté, M. l'abbé G. Esnault m'écrit : i° « Je trouve les fleurons pour bandeaux et têtes de pages, reproduits par votre calque, ainsi que les caractères italiques, dans deux volumes imprimés au Mans, l'un en 1632, par Gervais Olivier, le second en 1638, par Aymé huot ; 2° Le filigrane est bien monceau ; je n'ai pu le découvrir dans des volumes imprimés au Mans à cette date; mais je le rencontre fréquemment dans des actes notariés passés au Mans eiji 1637 et années environnantes... La solution pour moi n'est pas douteuse et. je ne puis que confirmer vos suppositions ».

Donc, jusqu'à preuve du contraire, nous croirons que l'édition in-40 de VAutHur du Vray Cid Espagnol a été imprimée soit au Mans, soit à la Flèche, et qu'elle est bien la véritable édition priuceps.

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