‹ La querelle du CidChapitre 70 sur 87 · CINQUIESME OBSERVATION · texte numérisé non relu

CINQUIESME OBSERVATION

Comme le présent qu'ils luy font ne procède pas d'une volonté tout à faict des-interessée (Feuillet 3.)

Une volonté tout à faict des-interessée; cette phrase est bien lasche, et entendue pour un discours ferme et vertueux comme est celuy que nous examinons icy, elle va traisnant jusques en terre, sans force, sans grâce, ny ornement, il semble que sans donner un si grand train de paroles à ceste volonté, que le simple mot dépure, luy eust esté plus propre, et que l'autheur des Sentiments eust parlé plus purement en disant, une pure volonté, que de dire, une volonté tout à faict des-interessée. Nous observons encore que, ces mots, tout à faict des- intéressée , sont vrayement bien affetés, et plus convenables au caquet des Dames qu'aux graves discours d'une docte Académie. Geste façon de parler, douce, molle, languissante, ressent bien la molesse et la dissolution de nostre siècle, mais à peine se sauveroit-elle de la censure d'un Senecque françois si nous en avions un qui fut semblable à ce Seneque latin qui reprochant à Mecenas sa façon de yivre voluptueuse et délicate luy reprochait aussi la délicatesse de son langage plus propre aux Courtisanes, dict-il, que non pas à un Sénateur Romain, et condamne ceste façon de parler mole efféminée dont Mecenas usoit ordinairement, quidpurius amne, siluisquc ripacomanlibus? Vide ut alvcum lintribus arcnt, venoque vado remittant hortos. Il faut que le stilé et les paroles ressentent la gravité de celuy qui parle.

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