‹ La querelle du CidChapitre 72 sur 87 · SEPTIESME OBSERVATION · texte numérisé non relu

SEPTIESME OBSERVATION

La louange nom fait souvent demeurer au dessous de

nous mesmes, en nous persuadant que nous sommes des-ja au dessus des autres, et nous retient dans une médiocrité vicieuse qui nous empcsche d'arriver à la perfection

(Feuillet 7).

Une médiocrité vicieuse i etc.. : La médiocrité en quelque chose que ce soit ne peujt estre appelée vicieuse, et ces deux termes, médiocrité vicieuse, induisent une contradiction, car si la médiocrité estoit vicieuse ce ne seroit plus médiocrité, ains bassesse, foiblesse, défaut, ou quelque autre terme contraire à excedz, force, hauteur. Si c'est une médiocrité elle ne peut estre vicieuse en tant que le vice ne se rencontre jamais qu'en Tune des extrémités, et tant s'en faut que la médiocrité soit un vice, au contraire elle passe tousjours pour une vertu. Et lors que nous disons qu'une chose est médiocre nous insinuons par la qu'elle est vertueuse, ou pour user d'un terme plus propre, nous disons qu'elle est bonne, mais comme la bonté, le vice, la vertu, et les autres qualités sont divisée^ en elles mesmes par trois divers degrés de distinction, assavoir, le premier et simple degré qu'on appelle positif, le comparatif et le superlatif, c'est en ce premier et simple degré de bonté que nous posons la médiocrité et que nous luy donnons le titre et la qualité de bonne, autrement, et si la médiocrité estoit vicieuse comme disent les nouveaux Académiques on pourroit conclure de la que les productions et les ouvrages de l'esprit humain, qui tous ou la plus part tiennent de la médiocrité seroient en défaut et tachés de vices et d'imperfection puisqu'il est vray, et qu'eux mesmes le confessent, que pour former cette beauté universelle qui doibt plaire à tout le monde, il faut que l'autheur compose son ouvrage de tant d'excellentes parties, qu'il est impossible qu'il n'y en ait tousjours quelqu'une qui manque ou qui soit defiec-

tueuse ; Oyons le tesmoignage d'Horace sur ce subjet de la médiocrité, i

certis médium et tolerdbile tébûs

Recte concedi. Consultus juris et actor I

Causarum mediocris àbest virtute diserti i Messalœ, nec Icit quantum Casselius Auîus; Sed tamen in pretio est,

Et pour bon et excellent que puisse estre un ouvrage, il n'est jamais si parfait ny monté à un si haut degré de bonté qu'on ne puisse encores adjouster à sa perfection. Ceux qui en jugent et qui le considèrent, les Critiques sçavans et judicieux, parmy les belles fleurs qu'ils y apperpoivent, ils/ en remarquent tousjours quelqu'unes qui manquent ou qui sont flaistries, l'ouvrier mesme qui aura produict ce bel ouvrage et embelly de tant djornemens agréables, concevra encores en son esprit une idée et une image de beauté plus parfaicte que celle qu'il aura exprimée et qu'il ne pourra toutesfois despeindre comme estant au delà de son expression, c'est proprement ce que vouloit dire cest autre Poëte,

Cum rekgOy scripsisse pudet quia plurima cerno Me quoque qui feci, judice digna Uni.

Et cependant celuy qui parloit ainsi estoit le favory des Muses et un des premiers de leur bande. C'est pourquoy les renommés Artistes de l'Antiquité escrivoient par un' temps imparfait au pied de leurs ouvrages, Appelles, Polyclete, Phidias faisait cet ouvrage, et non pas ainsi, Appelles, Phidias a faicl cest ouvrage, pour monstrer qu'aux plus excellents ouvrages des hommes il y a tousjours de l'imperfection.

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