‹ La querelle du CidChapitre 9 sur 87 · IV. — OBSERVATIONS SUR LE CID · texte numérisé non relu

IV. — OBSERVATIONS SUR LE CID

L est do certaines Pioces, comme de certains animaux qui sont en la Nature, qui de loin semblent des Etoiles, et qui de prés ne sont que/ des vermisseaux. Tout ce qui brille n'est pas toujours précieux ; on voit des beautez d'illusion, comme des beautez effectives, et souvent l'aparence du bien se fait prendre pour le bien mesme. Aussi ne m'estonnay-je pas beaucoup que le Peuple qui porte le jugement dans les yeux, se laisse tromper par celuy de tous les sens, le plus facile à décevoir : Mais que cette vapeur grossière, qui se forme dans le Parterre ait pu s'eslever jusqu'aux Galleries, et qu'un fantosme ait abusé le scavoir comme l'ignorance, et la Cour aussi bien que le Bourgeois, j'avoue que ce prodige m'estonne, et que ce n'est qu'en ce bizarre événement que je trouve LE CID merveilleux. Mais comme autrefois un Macédonien apella de Philippe preocupé à Philippe mieux informé, je conjure les honnesles7 gens de suspendre un peu leur jugement, et de n6 condamner pas sans les ouyr, les SQPHONISRES, les C/ESARS, les CLEOPATRES, les HERCULES, les MARIANES, les CLEOMEDONS, et tant d'autres illustres HEROS qui les ont charmez sur le Théâtre. Pour moy, quelque esclatante que me parust la gloire du Cid, je la regardois comme ces belles couleurs qui s'effacent en l'air, presquo aussi-tost que le Soleil en a fait la riche et trompeuse impression sur la Nue ; je n'avois garde de concevoir aucune envie, pour ce qui me faisoit

(i) Par de Scudéry.

— ÉD. princ. A Paris, aux despens de VAuiheur, M.DC.XXXVII, In-8° de 2 ff. dont le premier est blanc, et 96 p.

pitié : ny de faire voir à personne les taches que j'appercevois en cet Ouvrage. Au contraire, comme sans vanité je suis bon et généreux, je donnois des sentimens à tout le monde, que je n'avois pas moy-mesme : je faisois croire aux autres, ce que je ne croyois point du tout; et je me contentois de connoistre Terreur sans la reffuter, e,t la vérité sans m'en rendre l'Evangeliste. Mais quand j'ai veu que cet Ancien qui nous a dit, que la prospérité trouve moins de personnes qui la scachent souffrir que les infortunes, et que la modération est plus rare que la patience, sembloit avoir fait le Portrait de l'Autheur du Cid, quand j'ai veu [dis-je] qu'il se Deifioit d'authorité privée ; qu'il parloit de luy comme nous avons accoustumé de parler des autres; qu'il faisoit mesme imprimer les sentimens avantageux qu'il a de soy; et qu'il semble croire qu'il fait trop d'honneur aux plus grands Esprits de son Siècle, de leur présenter la main gauche : j'ay creu que je ne pouvois sans injustice et sans lascheté, abandonner la cause commune, Et qu'il estoit à propos de luy faire lire cette inscription tant utile, qu'on voyoit autrefois gravée sur la porte de l'un des Temples de la Grèce :

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