VI INTRODUCTION
altérations que nous y reconnaissons. Dans l'établissement du texte de la véritable Queste, il n'y a pas à en tenir compte '.
Certains mss. présentent quelques autres particularités qu'il y a lieu de signaler.
a) Prologue. Entre la fin du Lancelot et le commencement de la Queste, O et Ac intercalent une manière de prologue composé d'une invocation à la Trinité, d'une généalogie du Bon Chevalier, puis d'un passage où la gloire d'Artus est présentée comme à son déclin. Quelques lignes annoncent ensuite, comme dans le Tristan, que les chevaliers arrivent en foule à la cour, puis vient le début de la Queste : « A la veille de la Penthecouste... » Il est clair que ce n'est là qu'une fantaisie individuelle, surajoutée à la Queste ordinaire.
h) Epilogue. Le début de la Mort Artur est un retour sur les événements de la Queste : il fait le compte des compagnons de la Table Ronde morts dans l'aventure du Graal. Trois mss., Q, T, X, placent ce passage à la fin de la Queste. Mais cette idée de récapituler les événements de la Queste d'un point de vue si particulier n'a rien à voir avec le sujet même de la Queste, et ne pouvait venir qu'à un auteur désireux de conter la destruction de la Table Ronde, ce qui est précisément le sujet de la Mort Artur. La Queste se termine naturellement avec la disparition du Graal et la mort des deux chevaliers dont le Graal est l'unique raison d'être : Perceval et Galaad.
c) Enfin, dans les dernières pages, V et Ad intercalent quelques petits développements, notamment la description d'un tournoi où Galaad et Perceval font merveille ; enjolivements sans intérêt, qui prouvent avec quelle facilité les copistes de romans en prose se faisaient remanieurs à l'occasion.
Editions. — i) La Queste del Saint Graal, éd. by F. J, Furnivall; in-4, Londres, Roxburghe Club, 1864; reproduit le ms. S. 2) H. O. Sommer, Tloe Vulgate version of the Arthurian romances,,
I. Pour l'exposé détaillé et la justification des opinions résumées dans cette introduction, le lecteur pourra se reporter à mes Etudes sur la Queste del Saint Graal.
EDITIONS Vir
t. VI, pp. 1-199; in-4, Washington, Carnegie Institution, 1913; reproduit le texte de S\ corrigé d'après d'autres mss. de Londres, qui ne sont pas toujours indiqués.
Établissement de la présente édition. La collation méthodique des mss. permet les constatations suivantes :
I. Tous nos mss. de la Queste proviennent d'une même copie déjà altérée.
IL Les mss. A, B, C, D, O, Ac, forment une famille, que nous appellerons la famille [3. Elle se divise en deux groupes, A B C D d'une part, et 0 Ac d'autre part.
III. Tous les autres mss. sont apparentés entre eux, et constituent la famille a. On y reconnaît plusieurs groupes : N P Y S S'; V et Ad ; enfin KRZ, auquel se rattachent TX, puis, à un degré moins proche, U, Aa, M, U', Ab, Q, L, et les deux mss. de Londres Add. 17443 et Roy. 20.C.VI.
Chacun de ces groupes représente ce qu'on peut appeler une version de la Queste. Et ces versions diflfèrent entre elles non seulement par leurs fautes, mais par de nombreuses petites variantes de pure forme, dues au caprice individuel des copistes. Vouloir appliquer ici la méthode critique ordinaire serait un labeur infini et sans doute vain. Nous avons préféré une autre méthode, dont voici les principes tout empiriques :
i" Prendre pour base de l'édition la version la plus satisfaisante, et en adopter telle quelle la rédaction.
2° Mais cette version, quelle que soit sa valeur propre, ne représente théoriquement qu'M« des états de la tradition ; reproduite telle quelle, elle manquerait d'autorité, autant que les éditions précédentes, En outre elle contient nécessairement des fautes particulières, dont d'autres versions sont indemnes. D'où le second principe : contrôler et corriger cette version à l'aide de mss. convenablement choisis.
Ces principes ont été appliqués de la façon suivante :
10 Divers arguments permettent de démontrer que seules les versions ABCD et KRZ sont propres à servir de base, et que KRZ
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est préférable. Nous l'avons donc dioisie, en adoptant la graphie de K, qui est la plus constante.
20 Pour le contrôle et la correction de cette version, les mss. collationnés sont : A (accessoirement D), S (accessoirement S'), et F (accessoirement Ad). En effet, partout où notre version de base, — qui appartient à la famille a, — est d'accord avec ^, — qui est le meilleur de la famille ^, ~ elle doit être tenue pour suffisamment établie. Il en est ainsi pour la plus grande partie du texte. Lorsqu'il y a désaccord, la collation des deux autres mss. a, c'est-àdire de S (5') et V {Ad), intervient et fournit encore ou bien de légitimes corrections ou, à tout le moins, un contrôle utile de notre texte. Contrôle, si 5 et F appuient notre version de base : elle apparaît alors comme la leçon même de la famille a, et non comme une variante particulière. Correction, si 5 ou F ou tous deux s'accordent avec A : car cette leçon, étant commune à des mss. a et ^, doit être préférée à la rédaction particulière de KRZ. Par ces moyens, notre texte peut donc être corrigé des erreurs, assez peu nombreuses, qui sont particulières au groupe KRZ ; et surtout il devient digne d'être considéré comme assez authentique et assez exempt des caprices des remanieurs pour permettre l'étude littéraire de la Queste.