LIBERA
Des vulgarités de la vie, de la langue de mes amies, de la Bête et de la bêtise, délivre-moi.
Des concupiscences basses, de la banalité des jours, du trouble des nuits, du poids des heures affranchismoi.
Du doute de la Providence, du péché de désespérance, oh ! garde-moi .
De mon humeur rends-moi maîtresse, calme mon ardeur inquiète, et fais de la sérénité sur l'abîme où ma pensée penche, prête à tomber si tes beaux anges ne venaient pas la retenir.
Epargne-moi les souillures de la sensation sans amour et cicatrise les blessures que m'a faites la vie. La mégère, proxénète de nos vouloirs, les énerve et parfois les livre aux horribles passants du chemin.
Je porterai ma croix, mais entr'ouvre ton ciel ; que j'entrevoie la récompense ; et lors illuminée des rayons qui dessouillent, je marcherai vers toi, les yeux dans les yeux de tes anges si semblables, je crois, à Celui rencontré.
Amen !
Accueille ma pensée , malheureuse hirondelle qui frappe le vitrail de ton beau paradis !
Puisque tu as permis que la pauvre âme humaine ne pût pas se garer de l'éternel péché ! et que tu l'as laissée, libre pour le blasphème, choisir entre les voies de ton éternité.
Eh bien, regarde-moi, te vois-tu pas vengé?
Les horreurs de l'adieu , les langueurs de l'absence, étreindre ce qu'on hait et fuir le bien-aimé, sont-ce pas, dis-le moi, de suffisants supplices, et qu'inventerais-tu qui les pût égaler?
Comme autrefois la Madeleine, je verserai sur tes pieds transpercés cette coupe de pleurs amèrement tombés, et je resterai là, orante infatigable, les bras toujours ouverts et le cœur obstiné. Ilien ne démentira l'opiniâtre prière. Tu dois un miracle à ma foi, une miséricorde à ma longue espérance, et un céleste amour à mon cœur embrasé .
Tu lis en nous, et tu sais qn'elle est sainte, l'heure où l'on se vouerait pour le salut d'autrui. En un mutuel holocauste nous nous offrirons lui et moi, expiant à tous deux Le péché de nos vies, pour assompter ensemble ou ensemble tomber.
Cet amour qui t'est dû, ô Christ, laisse-moi le donner à un mortel qu'il réconforte.
Sans Lui, profane et l'esprit abaissé, je ne te verrais pas, mais notre réunion produit une lumière qui me ploie les genoux.
Laisse-moite chercher dans le cœur de l'Aimé, Jésus! et m'appuyer sur lui, pour monter jusqu'à toi !