‹ La Queste du GraalChapitre 18 sur 62 · LE CANTIQUE DES PARFUMS · texte numérisé non relu

LE CANTIQUE DES PARFUMS

A toi, déesse de l'Amour, endormeuse du mal de vivre, mère des illusions douces et des prestiges nerveux, Istar !

A toi, déesse ! j'offre la myrrhe de mon cœur.

Tes yeux publient la gloire du Très-Haut ; quand il eut fait le ciel et l'océan, il les refléta tous deux unis dans ta prunelle.

Ta beauté vermeille comme un beau jour, Istar, répand une odeur blonde.

Louée sois-tu avec le canour, le nabal et l'ogab, et la cymbale retentissante !

Plus pieux que tout ce bruit, Istar, écoute mon cœur battre — battre vers toi.

A toi, déesse des baisers, consolatrice des anges déchus, maternelle berceuse des rêveurs au front lourd, Istar !

A toi, déesse, le cinnamome de mes lèvres, le benjoin de mes soupirs.

Ta bouche, seuil du ciel, sourit comme l'aurore et rougeoie comme le couchant ; la fraîcheur des matins et l'ardeur des midis tour à tour y passent.

Toutes les fleurs de la terre embaument ton haleine.

Le chœur mortel pousse vers toi ses précations nocturnes ; on t'appelle sur les hauts lieux. Plus tendre,

ma voix t'incante, Istar, exauce mes lèvres tendues, — tendues vers toi !

A toi, déesse des folies, verseuse du Léthé, maîtresse des oublis, qui panse les plaies de nos saignantes âmes, Istar !

A toi, déesse, et le storax et le santal de mon amoureuse plainte.

Tes bras blancs enlaceurs sont les hampes où s'enroule ot flotte la claquante oriflamme de mes reins irrites.

Processif ranellement, l'humanité dévote pour conjurer l'ennui des jours, t'éclabousse de ses hoquets d'orgie, et t'incante par la débauche et par l'insane.

A celui qui se croit sage de t'aimer et dont la flamme monte droite et radiante lécher l'azur de ta peau, ouvre le ciel, — ouvre tes bras.

A toi, déesse des délires, sœur des poètes et des fous, sœur charitable qui enfièvres mes âmes inertes, Istar !

A toi, déesse, le musc et l'oliban de mes concupiscences.

Ton giron est le port où la volupté sainte bercera les élus pendant l'éternité.

Le cri des sexes te proclame, Divinité des corps unis ; jaillis de l'Absolu au ventre de tes formes, nous pleurons jusqu'au jour où la mort nous ramène au même seuil. Mais je n'attendrai cette heure délivrante et je m'élancerai, téméraire argonaute, sur l'aile des prières, conquérir ta Toison.

A toi, déesse des chimères, ineiteuse aux célestes audaces, magicienne qui montres à l'animal humain l'au-delà du héros et le songe de l'art, Istar !

A toi, déesse, l'ambre et les baumes que mon verbe distille.

Souveraine des apparences, maîtresse des horizons faux, des perspectives consolantes, montreuse de paradis fictifs. C'est toi qui donnes les projets tentants, les ambitions nobles ; fretteuse des Argos, mère des Prométhée et muse des Aèdes, l'univers gravite autour de ta fantaisie.

A toi, déesse de bonté, doux féminin, apprivoiseur du mortel fauve, artisane des belles charités, Istar ! A toi, déesse, l'encens de mon hommage.

La forme de ton sein apaise nos douleurs, nos nuits s'éclairent de tes yeux et ton sourire est la bénédiction des âmes tendres. Les Orphée sont tes missionnaires qui promènent le baiser et la lyre au milieu du heurt des instincts.

Le peu de bien du monde, le peu de beau sur terre n'est qu'un rayon, n'est qu'un reflet de ta beauté. Pontife extasié, sacrilège, qu'importe, j'oserai, Déesse ; tu es femme, et tu pardonneras si tu n'exauces!

Istar ! Istar ! j'ai livré tes combats et partout salué tes prêtresses insultées. Et je me suis dressé contre l'Edom impie, étouffeur de héros et souilleur de la femme. Ma voix forte a tonné quand sifflaient les vipères et dardaient les scorpions, contre celles marquées du sceau de ta puissance, tontes les condamnées du monde

sans amour : les folles et les saintes sont devenues nies sœurs, el ma bouche a baisé pieusement 1rs plaies de leurs âmes vibrantes, où caillait, impuissammenl versée, la pourpre de leurs veines. J'ai consolé ces cœurs trop grands pour leur poitrine, j'ai essuyé ces yeux dont le regard reflète des choses innommées au delà du formel; ma main a relevé les pauvres pèlerines et remis à la leur le bâton «lu chemin.

Car Ce sont les ('lues, car Ce sont les vivantes, ces

femmes consumées d'un invisible feu el qui pressent la vie 'l une caresse avide, avide de l'amour d'un dieu.

Et j'ai vengé ton nom, en les prenant pour sœurs, je les ai célébrées en rythmes de lumière, les étranges tilles d'Orphée ; mais mon amour, au lieu de descendre

sur elles. >- Vsi dressé devant toi ; mon esprit comme un

aigle amoureux du soleil qui le lixe des yeux el s'aveugle en montant, a pris essor vers toi, [star, et, brûlant et fatal, ira comme un défi te violer en ton ciel.

Descends (,t deviens femme, ou m'aime et me fais Dieu.

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