‹ La Queste du GraalChapitre 19 sur 62 · ORAISON DES PIERRES PRECIEUSES · texte numérisé non relu

ORAISON DES PIERRES PRECIEUSES

« Pourquoi ta peau, cette pangemraie, est-elle couverte de pierres moins précieuses qu'elle-même ? Laissemoi faire étinceler,sous ma parole qui admire, l'écrin de ton corps, et lui ôter ces escarboucles qui le ternissent.

« Car les pierreries de tes formes ne sont que l'envers et l'exsudation de ton intimité éblouissante, de ton âme, trésor hespéridien. Linnocence, la franchise et la calme force du diamant luisent sur ton front. L'émeraude de tes yeux, qu'est-il auprès du saphir de ton âme ; car ton âme est de saphir, comme les premières tables de la loi données par Moïse, et ton regard d'émeraude comme les tables de la sagesse que grava Hermès Thot.

«. L'Abraham du Talmud tenait ses nombreuses épouses enfermées dans une ville de fer où les rayons même du soleil ne pénétraient pas. Pour les faire jouir de la lumière, une coupe de pierres précieuses éclairait tout l'espace. Ainsi, ô mon idole, je tiens les nombreuses chimères qui, tour à tour, dorment avec moi, enfermées dans la Babylone d'airain de mon orgueilleuse entité et la vie ambiante ne pénètre pas jusqu'à ces favorites de mon rêve.

a Pour les vivifier et les enivrer de lumière, je t'ai suspendue au milieu d'elles, animez-les, mon idole! Oh! quelle escarboucle, quel grenat rougeoira jamais comme ta bouche, comme la pointe de tes seins ?

i Ta chevelure te casque à chaque boucle de topaze nou pareilles ; la&pinelle rosit à tes oreilles ; aux ombres de ton dos l'harmaphone a mis ses reflets. L'émeril se cache sous tes aisselles aux formes pures ; à ton giron la Qiélanite fait son nid de mystère.

Ta peau est d'opale, parcourue de lazuli. Tes ongles paraissent de transparaissants onyx sur des sardoines. L'améthyste et l'ambre éclosent aux ombres de ton corps, le corail s'y cache '.

« Oh ! laisse un pontife pieux s'aveugler de tes charmes el arracher à ta divinité ces pierres qui te cachent au lieu de l'orner. Daigne apparaître nue, comme autrefois Istar, dans la sereine splendeur de ta clarté, vêtue de tes seules lignes nobles, vierges, fières, augustes manifestantes de l'absolu. »

Page 1