‹ La Queste du GraalChapitre 21 sur 62 · LES LITANIES DE NER6AL · texte numérisé non relu

LES LITANIES DE NER6AL

Du sein de mon péché, j'exhale une prière imparfaite, tiédie et d'un vol incertain : ma lèvre, encore tachée du vin de l'infamie, balbutie et se tord, indigne de ton nom

— Sainte Marie.

Le Seigneur mit sur moi le sceau qui prédestine et dans mon cœur d'enfant la flamme de l'élu.

Les anges, à quinze ans, me soufflaient à l'oreille des conseils de foi. de courage et de beau : et je n'ai, alcyon fouetté par la tempête, rien su redire au Siècle des grandes visions de mon printemps mystique.

Profane, artiste vain, de formes occupé, mon cerveau fut stérile au Divin et n'a rien engendré de suprême

— Génitrice de Dieu.

Je les ai toutes effeuillées, mes roses blanches ; je les ai toutes déchirées, mes robes blanches ; elles se sont fermées, les ailes qui berçaient mon sommeil.

Pour coiffer la tiare du Sar, j'ai coupé un rameau de l'arbre redoutable, et quand je sortis de son ombre, fier et sûr de mon exarquat, je pris lors à témoin le Soleil de cette pourpre revêtue. Je rougeoie de honte seulement — Vierge des Vierges.

Me suis-je souvenu du Golgotha plaintif quand, cher-

chant par la vie de vulgaires ivresses, j'ai blasphémé le jour de mes yeux offusqués ? Serai-je pardonné ingrat et oublieux d'avoir frappé ce sol, et voulu de la joie où sont tombés tes pleurs — 0 mère de Jésus ?

Au mur pisan du Campo Santo, quand sonnent les trompettes du dernier jugement, et que ton divin fds implacablement juste ne rend point d'autre arrêt que la muette vue des stygmates soufferts, tu détournes la tête et pleures. Ces larmes laveraient l'iniquité d'un monde; pour la sérénité des doux yeux de sa mère, Jésus nous graciera et damnés et pervers, notre salut c'est ton sourire— Mère des Grâces.

Je cherche en ton honneur une expression si noble qu'on ne l'ait jamais dite aux choses d'ici-bas.

Hélas, nos cœurs et nos jardins ne donnent que des fleurs aux racines déterre — Vierge de pureté.

Tu resplendis si haut et d'une clarté telle que le lys semble impur, à tes pieds : le soleil pâlit devant ta gloire — Mère de Chasteté.

Oh ! l'atroce rancœur d'avoir sali son âme, et d'y avoir, logé, vicieux hôtelier, ces passantes impures qui laissent après elles le fade hébétement d'un sot péché cursif.

Oh ! l'atroce rancœur de ne pouvoir plus dire : « Je suis un calice d'or, attentif et patient pour recevoir l'hostie de la Lumière, et de sentir en soi comme un sol piétiné par des sabots de foule. Oh ! l'atroce rancœur de se tout sentir violé — Mère d'inviolabilité.

Noble Isis, cependant, ta nef miraculeuse a surnagé parmi les péchés écumeux : arche sainte où j'ai mis mes rêves et mon destin. Pareil au goéland qui, sur nos mers,

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