‹ La Queste du GraalChapitre 26 sur 62 · ISTA R · texte numérisé non relu

ISTA R

— 0 mes filles ! voici vos époux.

Et sacrilègement, il bénit le péché qui conservait sa race.

Depuis la nuit d'Ereck, où les dix-vingt célestes tombèrent au giron mortel extasié, aucune heure de chair n'avait sonné si chaude que ce minuit d'inceste.

Le froissement des corps faisait un bruit de blés que le vent couche et le râle d'amour qui sortait des poitrines couvrait de son ahan la clameur de la mer.

De sinistres lueurs s'allumaient sur les mares, dansaient aux pointes des rochers ; puis des flammes parurent et le sol se fendit sous l'amplexion coupable.

Alors, Satan, une dernière fois, bénit l'inceste fou, inlassé, furieux, qui conservait sa race ; et ce monde craqua, éparpillant dans l'air des îles, des démons et des hommes.

Dans l'éther où va la ronde des astres géants, il était un petit monde, — insoumis au soleil. — un petit monde errant.

Les Anciens des jours et les Vigilants savent le péché des planètes.

Le Soleil, c'est le cœur de Satan qui brûle sans ranimer son épouse Sina, froidie par châtiment, mais le plus petit monde fit le plus grand péché : l'inceste !

Voilà !

Et c'est depuis ce temps que l'amour a mêlé, immon. dément égalitaire, le poète à la gouge et la reine au

valet. Les QElohites, dignes fils de Satan, ne savent pas fermer leur cœur ; ces affamés d'amour, de tendresses assoiffés se ruent sur les vulgaires, et de la puberté jusqu'au pâle moment où la mort qui délivre apparaît, les plus grands cœurs sont pris aux mains les plus grossières, comme de fins oiseaux aux doigts de paysans.

Ainsi Dieu a voulu poursuivre sur la race le verbe de l'aîné insoumis et hautain, et Socrate et Durer et le Dante lui-même, damnés au sacrement, forniquent audessous d'eux.

Bené-Satan a dit à Dieu : « Je ne veux pas » , et ses fils obéissent au « je veux » d'une sotte, ses filles au désir d'un goujat.

Lamentable péché, dam plus lamentable qui embourbe les grands aux vases les plus noires, aux cloaques d'indignité.

Mais il est des Orphées refuseurs des joies basses qui, fuyant les Ménades, savent vivre d'un nom et mourir pour un songe : Euridiké.

Il est des cœurs patients qui s'obstinent et qui cherchent, conscients de leur sort, le seul être euphrasien.

Salut à ces hautains, qui, dédaigneux, regardent d'un œil indifférent les tordions d'en bas.

Salut aux obstinés qui ne boiront l'ivresse qu'en des coupes frappées aux armes de leur rang.

Salut aux vigilants, qui savent les arcanes et respectent les voies de l'idéalité; ce sont les Œlohites, les daimons de lumière, qui, pour l'œuvre de Dieu, militants et fidèles, se préfèrent stériles que fécondés du mal.

Genoux terre devant les décrets du Très-Haut, et Gloire aux expectants de l'inceste sublime !

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