LE BIEN-AIME
Bien-Aimé, celui qui n'aura qu'à paraître, à qui tout est pardonné devant qu'il pèche, à qui tout est accordé devant qu'il demande.
Bien-Aimé celui au doux regard qui ne dira pas même me voici pour se faire reconnaître ; l'attendu de toujours.
Bien- Aimé, cet être d'ineffable fatalité qui, du doigt effleurant, pâme déjà.
Bien-Aimé, cet homme ou plutôt ce héros que les nerfs reconnaissent leur roi dès l'abord, au baise-main.
Bien- Aimé, celui qu'on ne juge pas ; on l'aime et nul ne se compare à lui. Qu'importe si d'autres méritent, il paraît et sa présence illumine l'heure ; il parle et sa voix enchante l'écho ; on l'écoute se taire ; il est craint pendant qu'il caresse ; il incarne toute la divinité que fait la foi d'une âme à l'autre.
Et telle la joie de cette rencontre que la vie ne contient pas de vibration plus complète, et qu'au delà la terre finit, et l'âme se vaporise, hors du temps.
Toi que toutes attendent et toi que toutes appellent, les vierges en priant, d'autres en recherches fiévreuses, toi qui n'existe pas, Abstrait Amour, Absolu du désir, sous-infini, profane Saint-Esprit, Eros ! dévoile ton mystère.
La chair est un de tes rites ; toi seul fais le baiser ; mais tu descends pour venir à nos bouches, d'où des-
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cends-tu .' La passion est. ta Bile plaintive, l'âme, par toi seul-' consciente, te doit la souffrance qui fait vivre; iimis m n'es pas un tortiodnaire de n<»> fautes, Archange ilr clarté, pourquoi projettes-tu une telle ombre? On te blasphème autant qu'on te poursuit; tu es un
ferment, une lueur, et tu ne peux lever que ce qui est
panifiante dans chaque être.
Est ce pour cela que la foule humaine te nomme volupté et croit l'enfermer entre deux draps, intangible, impalpable, Abstrait Amour, Absolu du désir, sous-infini, profane Saint-Esprit, Erôs !
La Queste du Bien-Aimé : le Graal d'Amour ! Queste obseur.- ! Graal indécis !
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BESTIAIRE REVEE
Un rêve passe sur la femme, et le mouvement de sa pensée s'accentue, violent. Devant son inconscient libéré des rêves logiques, se pressent des visions de trouble. Languide et soulevée, tour à tour surexcitée par des songes irritants, abattue par les mirages, elle oscille de la perception à l'espoir, du projet au non vouloir, de l'élan à la retombée.
Dans l'incohérence du sommeil d'étranges apparitions : une tête très chère baisée par des lèvres voleuses ; elle se débat la chère tète et repousse les pressantes bouches, et celles-ci disparaissant, l'Aimé se profde en pied sur une route. Voici que chaque arbre devient un Briarée ; des bras, des bras de femmes beaux et liants, démesurés, arrêtent chacun de ses pas. Comme le trappeur américain forcé de couper les lianes en avançant dans la savane, ainsi il délie le doux enlacement qui sans cesse s'oppose à sa route ; il va courageux, il va, mais si longtemps et si loin qu'il disparaît à un incommensurable horizon, tandis qu'un nuage de poussière roule et vient, vertigineux troupeau de la Bestiaire médiéviste.
Les vouivres mâles, les basilics sifflent en tète, diamant au front ; les tarasques pesantes creusent des ornières à chaque mouvement de leur queue, les dragons volent à vingt pieds ; bientôt, bondissant comme des fauves, toute la race des pards, les panthères noires, les léo-
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pards, les tigres, précèdenl »U*s sphinx qui glissent immobiles, mus par une force intérieure : on les dirait animés par la vapeur et courant sur d'invisibles rails. Les bandelettes de leur tête brimballenl aux vents; leurs yeux changent à chaque instant, verts ils versent l'espoir, violets la désolation, rouges le martyre, el noirs le trépas.
Au-dessus d'eux, des oiseaux étranges, perroquets démesurés, paons énormes, volenl par groupes commandés par des phénix portant dans leur patte gauche an charbon ardent inextinguible. Sur les lianes du grand défilé, 1rs chimères sautent en serre file et battent des ailes, l'.iiiin viennent les grands taureaux de Kaldée, les énormes bêtes ailées ;i face royale, aïeux de tout symbole. Le sol tremble sous leurs sabots, leur aile déchire l'air, et leur tiare brille de gemmes que le soleil n «'teint pas. La fantastique exode vient sur Bêlit; déjà les vouivres lui sifflent au visage, les basilics vont l'enlacer, quand l'effroi la réveille.
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LÂMENTO
Pleure avee moi, ciel noir comme mon souci; crie avec moi, onde vaincue comme mon désir ; éclair, regarde mon livide destin, et toi, tonnerre, sois l'écho dune peine de femme. Aimes-tu la terre, d'un amour désespéré, est-ce un rut mystérieux qui te lance sur elle, ou bien quelque vieille haine d'avant les hommes, d'avant les choses, que tu poursuis, grande incessante ?
A la lumière de ma douleur, je sens la tienne ; éternel volatil, lu voudrais te fixer comme moi, l'incertaine, qui cherche l'unique affirmation, l'amour. Nuit linceulée de nuages, hantée d'esprits mauvais, parcourue de frissons énervants, monde des larves, sois le décor de ma lamentation, la tenture sombre où je ferai perler les larmes brillantes de mon noble souci : nature qui tout à l'heure seras calmée, vois en moi l'agitation que demain ne calmera pas.
Mer en furie, humilie-toi devant un cœur en peine. Tu désires, Agissante mer, tu tends à un devenir impossible mais entêté, pour jamais tu aimes; ô mer, comme moi, sans doute tu ignores aussi l'objet de ton désir, ton but et ton destin ; je m'entête aussi pour jamais ; j'aime, j'aime l'amour.
Exemplaire du courage vaincu et renaissant en sa montée des obstinations sublimes, force incoercible, infuse-moi ton vouloir inlassable, je t'invoque, païenne un moment, dominée par ton vertige; à mon secours, ô mal-
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heureuse ! et si, inutile Tœu, tu se peux m'inspirer un conseil, du moins sois [a confidente qui se lamente avec l esseulée, s.,is la sœur de mon douloir, l'assistante de mu détresst : el crie, et déferle, écume et grande afin que la pauvre Bêlit entende au moins nue voix pareille à sa vois mentale. Nul ue répond à mon appel, à toi de m'être amie; sois bénie, tempête qui parle avec l'esseulement, ce langage horrifique.
Mer, inspire-moi? \ limiter que ferais-je ? Quels efforts .' Les tiens sans fruit me découragent, l.li ! non cependant, car tu vis, car tu grondes, reine de la peur Qocturne et ton impossible domestication défie l'esprit du grand conquiscador.
A ce moment, tes Bots secouent un navire où le seul être cher du passé, Rose, la précieuse disparue, s'épeure on bien lui. que je ne connais pas. le Hollandais volant, le mauditaugrand cœur dont je serais le port joyeux, le havre caressant.
Je t'aime et je le crains, ô mer ! ta lièvre je la compare seulement an grand calme d'Ilov. pins grand «pie toi et dont l'œil sans ciller regarderait tes bonds fauves
et fous. Je t'aime, car tu SOUÔreS et que je crois entendre mes ennuis traduits en clameurs ; je te crains car lu as le même caractère dangereux, incertain, que j'attribue à l'élu de mes rêves.
.Mer d'où sort la vie, mer oùabouttit le rêve, roulede la féerie, royaume du vertige, empire de l'horreur, géhenne liquide que mon émoi te litanise !
Suprême vivante, criante, sempiternelle damnée, quel crime expient tes ondes ? L'énigme de ton sort, le secret de ton dam, je les ignore et je donne goutte d'eau dans
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ton amertume immense, ma larme de pitié à ton douloir.
T'es-tu levée pour moi. tempête? redoutable veilleur, Océan, as-tu voulu me dire par un tel bruit de me taîre? Donnes-tu ainsi la leçon de la patience forte ? Réponds en suscitant quelque claire pensée, réponds en m'incitant à l'aventure heureuse. Si tu n'espérais pas, tu serais immobile ; j'agirai espéreuse, à ton incitation, enseignante, sublime, inlassée batailleuse et voix jamais cessée aux harmonies sans fin, changeantes, magnifiques.
Berce-moi, Mer, si tu ne peux me calmer. Tu émanes de la frayeur et tu m'es douce ; je te sens femme et sœur, amoureuse et laissée. Je me retrouve en toi grandie et admirable.
Mon âme s'élargit à te parler, ô palpitation de ce monde imparfait. Ta cruauté, semblable à mes nerfs, m'épouvante sans m'éloigner ; je me sens quoique douce, similaire. Tu n'es ainsi que moi qu'une quicherche et qui attend. Tu t'enrages comme je pleure ; tu hurles quand je gémis. Tu portes dans ton cœur géant des rancunes de femme et des bontés aussi.
Je suis venue à toi du jour où je fus libre ; oracle incohérent, oracle intraduisible et qui pourtant me parle, en langage confus, selon le sens secret de mon désir d'amante qui n'aime encore que l'inconnu.
Mais déjà, tes hurrahs de barbare au massacre se distancent, s'assourdissent sous le ciel moins épais.
Voici que tu faiblis dans ta colère, ta fougue diminue ; vas-tu te résigner, vaillante, te démentir tenace, permanente finir.
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11 te faut du répit, chose créée ; el du repos, grandiose énervée ; moi-même je souhaite que ton bruit e] ma pensée se taisent, saturée de douleur comme on est à boul de plaisir, fatiguée de l'horreur unie de ton dé sespoir el de ma peine mer d'où sort la vie, mer où aboutit le rêve, route de la féerie, royaume du vertige, empire de l'horreur, exemplaire du courage vaincu ei renaissant, enseignante des obstinations sublimes, force incoercible, infuse-moi ton vouloir inlassable.
Etoile qui scintille an cœur du dogme austère, phare qui sauve encore quand tout semble perdu, vigie du ciel visible à tous sur terre. Ave Maria.
Fais grâce au cœur en peine comme au bateau qni coule, sauve-moi de h vie, maîtresse de la mer, Marie pleine de grâce.
Le Seigneur bénit par tes mains, étends-les sur mon triste cœur nu les mauvais instincts déferlent.
0 toi qui fus choisie pour le mystère, élis-moi au bonheur : fais divin le fruit qui mûrit dans mou cœur ; qu'il enfante un amour de lumière. 0 sainte, fais-moi sauve, lier.' choisis pour moi. au milieu de tes plus dignes lils, et prie dans le grand 'ici. pour ton enfant perdue au vide de la terre.