LE PANTHÉE
doit laver le monde, et qui, frappant par solidarité, force le juste, ce riche selon Dieu, à répondre d'autrui insolvable?
Perpétue] obstacle à l'œuvre, impérieuse qui défends le repos, ennemie de la paix, ennemie de l'amour. Misère.
En Asie, autrefois, immobile au soleil, digne dans te haillons, lu rêvais à des prières, .Misère qui ne souffrais pas
Le moyen âge respecta ta guenille ; tu vécus aux porches des églises, comme ces hirondelles qu'on laisse bous un toil faire leur nid.
En ces temps de piété, la douleur était sainte, on l'honorait |><>ur Jésus qui voulut, sur la croix, épuisera lui seul l'humaine Misère.
Mais le dragon Progrès, la brute dérisoire, vint qui souffla sur le Verbe de Dieu. A celui qui n'a rien, le possesseur cria : « 0 pauvre, tu m'inquiètes, ta résignation douteuse menace mon jouir. > Les riches .assemblés édifièrent la loi : que nul ne serait libre de dormir sous le ciel, que chacun eût un toit, et, pour le délinquant, la geôle. Et la Misère antique alors sembla la joie auprès des Misères modernes.
On dit qu'incessament les anges appliqués à une alchimie singulière, comme un souffleur ferait de l'or avec du fer, changent les sentiments humains en lumière.
Car, pour entrer au paradis, il faudra des joyaux et la parure d'un roi maure : nul ne franchit le seuil du Paraclet, sinon couvert de diamants et de perles : et comme rien d'ici ne peut être là-haut, pas même l'escarboucle dont l'éclat disparaît dedans la féerique atmosphère : les anges incessants cristallisent en rubis le sang pur des victimes : les perles sont cette eau salée que notre œil a versée. Merveille de Misère.
Anges, doux anges qui pleurez parfois à cette auguste et triste besogne, joailliers de douleurs, orfèvres des souffrances, bijoutiers du malheur, consultez quelquefois notre humble lassitude : que votre art douloureux n'exige pas de nous de trop longues dolences.
Nous préférons, beaux anges, entrer au paradis humbles, «ans diadème; comptez les larmes qu'il vous faut, comptez-les une à une ; un diamant de moins n'est rien au paradis, une larme de plus brûlerait nos paupières.