I.E VICE SUPRÊME Û
gence d'Athéné, je t'aime. Lorsque je me suis noyé dans le Nil, j'avais vu ton image sous les flots. Hélas ! je t'ai cherchée, Neptune m'a retenu méchamment. Comme la lyre d'Orphée, ma beauté charmait les monstres marins. Les sirènes, séduites et sans voix, tordaient désespérément leur queue, et les nymphes, folles d'amour, rougissaient le corail de leur sang. Enfin, je t'ai retrouvée; je recueilli mes larmes en un collier que je te donnerai. Ouvre tes bras, mes membres sont assouplis par un bain de dix-huit siècles, je suis prêt pour ton embrassement. »
M-ssaline n'est pas toujours à Suburre ou dans les bras de Silius ; on peut se souiller plus encore par l'esprit.
Les sorciers se frottaient d'une pommade hallucinatoire qui leur donnait des rêves obscènes. Réveillés, ils prétendaient revenir du sabbat. L'imagination suffit à y transporter. Le baiser du bouc se donne aussi avec la pensée; mais l'impossible, c'est de ne pas le répéter; l'esprit se colle à l'immonde chose, et les évocations de la chair, pas plus que celles de la goétie, ne peuvent être arrêtées. Dans sa contemplation titillante, la princesse se sent envahie et subjuguée par son rêve ; la sueur perle à son front et à ses oreilles devenues rouges, les pendeloques tremblent.
Les grands lys honteux ferment leurs calices, et dans leur tristesse de fleurs pures, inclinent leur tige fière.
Elle a ce cauchemar : l'obscénité des choses. Des boucs, loucbant de lubricité, brisent leurs cornes en des caresses furieuses : une phallophorie enfiévrée défile ;
et se déroulent les frises intérieures d'un temple de Priape, les panathénées de l'ignoble... Soudain une éclaircie se fait. Alors se cramponnant à son orgueil par un effort qui la pâlit toute, elle rêve sa chair.
Fébrile, énervée, haletante, le regard trouble, elle laisse pendre ses bras dans une dépression épuisée. A cette victoire, les lys rouvrent leur calice et redressent leur tige. La nuit vient : du dôme, l'ombre vespérale jette ses voiles sur cette débauche sans nom dont elle gardera le secret.
L'Arabe qui lance son cheval et l'arrête le nez au mur, le gondolier qui rame droit à l'angle du palais, et à une ligne tourne, font jeu d'enfant ; mais avoir lancé son corps à la volupté, et à l'instant où la continence va se briser, l'arrêter net : c'est là une geste !
Fière, elle abaisse ses yeux sur son corps qui est nu par l'écartement du peignoir, et, souriant à sa chair immaculée, une de ces odes telles que les Toutmès en ont confié aux hiéroglyphes de Karnak, chante en elle un cantique triomphal :
« J'ai dompté encore une fois la bête ! i
DlVl HeRCULIS FIL1A.
RITTRATO MULIEBRE
Plus pâle que l'aube d'hiver, plus blanche que la cire
des cierges, Ses deux mains ramenées sur sa poitrine plate, Elle se tient très droite dans sa robe, rouge Du sang des cœurs qui sont morts à saigner pour
elle. La Perversité niche aux coins de sa bouche ; Ses sourires sont empennés de dédain ; Dans ses yeux pers, diamants céruléens Qui fixent de lointaines chimères, Sa pensée file le rouet des impossibilités.
Faire éclore la grenade sur ses joues, entr' ouvrir ses lèvres,
Pour le baiser, détourner ses yeux des visions, beaucoup l'ont tenté.
Ils sont morts damnés ; elle est restée pâle,
Les lèvres fermées sur son secret.
L'Amour qui n'est que l'amour , la vertu sans le crime,
Elle n'en a pas voulu.
César Borgia et saint François d'Assise en un. elle eût aimé ;
Mais le monstre n'est pas venu et sa pensée a continué
A filer le rouet des impossibilités.
Dans l'attente du Bien-Aimé , elle n'a point ou d'amants.
Elle l'eût pressé, étouffé peut-être, sur sa poitrine plate,
La grenade eût fleuri à ses joues, sa lèvre se fût ouverte au baiser,
Si saint Michel eût pu être aussi Satan, si Satan eût été saint Michel.
Léonard, le maître subtil, l'a éternisée sur ce panneau.
Et, jusqu'à ce que la solide peinture s'écaille comme un serpent qui perd sa peau,
On la verra aussi vivante que quand elle vivait : Dans ses yeux de mer.
Grands et clairs, froids et calmes, sa pensée
Filera toujours le rouet des impossibilités.
Toi qui as refusé ta lèvre au baiser profane, qui a repoussé la cyathe
Bourbeuse de la passion, et qui est restée dans ta continence de sainte