‹ La Queste du GraalChapitre 53 sur 62 · ORAISON FUNÈBRE DL CHEVALIER ADRIEN PELADAN · texte numérisé non relu

ORAISON FUNÈBRE DL CHEVALIER ADRIEN PELADAN

auguste du retour à Dieu; car la même loi qui commande au macrocosme continue sa force dans tous les membres du grand Adam.

Las! Mes Frères, ma douleur de fils renouvelle ma douleur de frère : cinq années seulement, en arrière, je me revois, rendant les derniers honneurs au 1res subtil docteur Peladan. Après l'aîné enlevé d'une sorte atroce el foudroyante, le Patriarche lui-même rend à son Seigneur Jésus, sa grande âme et en ces jours incohérents où les devoirs s'intervertissent comme les druiis entr'eux s'offusquent; c'est encore moi si avide de silence, en ce moment, qui dois célébrer le clair mérite d'un Père si auguste et d'une parole d'épée, chasser ers larves d'oubli qu'attirent les cercueils.

Le connétable Barbey d'Aurevilly, le maître du Temple Villiers de l'Islè Adam, ces deux, chefs du catholicisme indépendant, par la mort touchés, ont laissé tomber en mes mains le commandement du tiers-ordre intellectuel ; el je serais ici comme nécrologue de l'Aris- (ie. si je n'y venais pas eu (ils dolent et apologiste.

Quant un Hossuet magnifie un Coudé, une Reine de France, il jette ses paroles d'Éternité sur de la gloire consentie par tout l'univers ; la vie qu'il déroule est encore vivante dans la mémoire d'un peuple qui en a dépendu. Comme \' touche a des personnages comblés des honneurs du siècle, il secoue jusqu'à poussière le manteau royal; et plus son mort était haut parmi les hommes, plus il produit d'intensité en le montrant décomposé et squelette prochain. On pose aisément le clair-obscur du grandiose sur un crâne couronné et h; grand trait d'éloquence de Massillon deviendrait

une simple phrase, si on en changeait là-propos.

Tout autre et combien écrasant d'effort, le discours sacré, oii il faut et maintenir motif perpétuel, la phrase d'exorde de S. Chrysostôme. en même temps que faire rendre justice à du génie méconnu et revendiquer celte gloire profane qu'il est convenu de fouler avec dédain au pied des autels.

Tel fut l'homme admirable, objet de mon discours, que ce souci disparait, malgré les hommages que je vieus réclamer pour lui. La divine présence du Tabernacle, et la dignité du lieu ne m'embarrassent pas au récit d'une vie toute chrétienne : ces échos qui tout à l'heure retentissaient des harmonies de Montsalvat continueront leur docilité à une parole inférieure, mais semblable par la matière où elle s'efforce, la vie du Chevalier Adrien Peladan.

Le monde ne juge qu'au résultat et, servi par des circonstances faciles, un heureux tempérament enlève les palmes. Vous, chrétiens, ne demandez pas à l'ouvrier de la vie. arrivé au soir « qu'as-tu fait ? i La matière rebelle, les outils mauvais, l'inclémence des éléments et la méchanceté des hommes ont pu vaincre son effort.

Oui ! le Chevalier Peladan fut cet ouvrier de la vie qui criait au crépuscule : « Seigneur, depuis l'aube je sème et me voici las, quelle sera ma moisson? »

Fils de Dieu, Homme, que la conscience de ton origine t'affirme sur ton devenir, ta moisson c'est ton effort. Tu l'as portée, échauffée, adorée en ton sein la Rose ineflable, tu y as comme caché la croix, symbole de l'expiation consentie ; ne t'inquiète pas de plus. Le céleste exterminateur des enfants d'Egypte peut pas-

ORAISON FUNÈBRE l»l CHEVALIER ADRIEN PELADAN 213

ser; in es marqué du signe de l'agneau, tu es promis à l'Éternité bienheureuse.

Il Tant un public à l'orateur, des disciples au philo- Bophe, au roi un peuple, une cohorte au capitaine ; el toul ce qui ne B'appuie pas à Dieu dépend <le la complicité incertaine des forces élémentaires ou du consentement toujours instable d'un groupe humain.

Transportez Desmosthènes parmi lés Scythes; reléguez Socrate au désert, changez la naissance d'Alexandre, voyez Napoléon à Sainte-Hélène, tous annihilés puisque leur grandeur dépend d'autrui, el ils restent sans gloire.

Or, la gloire esl chose Buprême, parfaitement noble et désirable et aussi sainte que l'orgueil dont elle est le fruit. Cependant, elle resta suspendue aux passions ambiantes pour le génie; la vertu m* la connut qu'en se prodiguant avec celai jusqu'au jour où Notre-Seigneur vint changer le cœur du monde. Vous ne compte/, pas pour splendides, j'augure ces laits brutaux et sauvages que Corneille a mis au théâtre par défaut d'entendement, el ces prétendus héroïsmes que les annales des peuples citent au milieu de viletés d'un profit collectif et où tout se solde pour le savant, par un entraînement nerveux suggestionne! et un animisme presque animal.

Jésus eut toutes les pitiés ; il ne lui suffit pas de convier le plus humble au Royaume de son Père; en mourant sur le Golgôtha, le Tout-Puissant supplicié dressa une nouvelle immortalité ; en face de la gloire ancienne, consacrée aux oeuvres de l'esprit; il fonda la gloire de l'a me.

Les théosophes modernes ont-ils profondément réfléchi à ce formidable déplacement de la célébrité?

L'Église, instaurant la dévotion des intercesseurs, créa un rite bien différent du culte des héros ou demi-dieux : Saint Labre eût-il été possible au temps de Platon? L'Agneau de Dieu a ouvert à tous et le Ciel et la montée au Capitole ! Quelle renommée séculaire et consacrée , comparable à une canonisation? Platon, Pythagore, Eschyle, Homère, Dante, Léonard, Beethoven sont-ils éponymes de cent monuments de l'univers? Ont-ils des autels? Existe-t-il un culte de Latrie intellectuel, régulier et perpétuel ? Quelle gloire les profanes peuvent-ils donner qui approche de la Sainteté !

Mon admiration balbutie devant ce chef-d'œuvre que l'Église seule pouvait réaliser, et qui éclate à cette lugubre cérémonie, transfigurant la mort en heure triomphale, et vous forçant, vous, méconnaisseurs de son œuvre, d'honorer la vie et les mérites cachés du Chevalier Adrien Peladan.

PERORAISON

Gaudele quiquid gentiumest, Rex uniis omnes possidet. Jamais la pensée du monde n'a été aussi proche d'un concordat universel, et tandis que le Démiurge de chaque race restitue les monuments de la Révélation primitive et rénove ses vieux symboles : je suis pieux, n'estce pas, ô mon père, de restaurer le grand taureau ailé à face humaine des Kasdim. et au travers des ironies l'ayant dressé, je le pousserai jusqu'à l'encastrer à la

Page 1