‹ La Queste du GraalChapitre 57 sur 62 · ORAISON FUNÈBRE DU DOCTEUR ADRIEN PELADAN FII.S · texte numérisé non relu

ORAISON FUNÈBRE DU DOCTEUR ADRIEN PELADAN FII.S

qu'il n'y a qu'un droit divin: le Verbe, et qu'une aristocratie, celle de ces hommes appelés Jean et qui viennent rendre témoignage à la lumière. Hic venit in testimonium. ut testimonium perhiberetde lumine.

Ce mort n'était pas né Bourbon, il était né de Dieu même et quand j'éclairerai son cadavre, à la lumière catholique, il faudra bien que vous confessiez qu'un porte-couronne n'est qu'une vanité, devant un porte- Christ.

Vivant dans le tourbillon même de la décadence latine, si je garde les sentiments de la charité, j'en ai, hélas ! perdu les illusions; je sais qu'on n'intéresse les hommes qu'à leur propre intérêt : un glas perpétuel pleure dans le vent; et la mort ne s'aperçoit que lorsque tombe un des nôtres.

Que vous importe, au fond de l'âme, ce père, un doyen (lc< écrivains catholiques et cette tendre mère pleurant leur fils, et moi-même en versant des pleurs fraternels, je ne vous toucherais qu'un moment et par des prestiges d'artiste, auxquels je n'abaisserai pas mon deuil.

Par un violent effort j'arracherai de mon cœur toute piété du sang, j'oublierai toute gratitude intellectuelle, et me plaçant dans la disposition d'esprit où je vous «veux, je témoignerai devant la pensée du monde, qu'une des plus grandes intelligences qui aient été, a cessé d'être : et vous verrez à l'évocation de ma parole, l'Église la Science et la Charité, agenouillées sur ce cercueil et plus pleurantes que vous-même : car, depuis la Renaissance, un pareil Verbe n'était apparu et le voilà disparu avant qu'il ait pu nous donner ces solutions du mystère

qu'on ne retrouvera peut-être jamais, et qui eurent pour tabernacle la tête omnisciente du docteur Adrien Peladan.

Les leçons que les orateurs sacrés ont tirées de la mort, prenaient leur force sur l'auditoire de la grande opposition qui résulte du récit d'une vie pompeuse, au bord d'une fosse : la cendre des rois et des grands dégage, ce semble, plus de néant que celle du commun des chrétiens.

Des changements de destinée, brusques et retentissauts, une existence historique, entraînant tout un peuple dans son orbe, clameurs de bataille, chants de prospérité, et revers foudroyants aux victoires claironnantes, voilà sur quel thème les grandes voix ont parlé. Le tableau est tout ombre que je vais vous peindre, et la vie que je vous raconterai, un long malheur, toujours accru jusqu'à une mort qui a ému la France entière. Enfance maladive, adolescence condamnée, une injustice de tous les partis, de toutes les villes, n'attendant pas la virilité de la victime pour l'accabler ; au sortir de terribles maladies, des persécutions inouïes ; vous verrez une Faculté, du doyen au dernier des étudiants, refuser au savant catholique de lui laisser passer ses examens ; vous verrez le parti monarchique faire emprisonner son défenseur ; et aussi, mes frères, votre ingratitude pour» celui que vous appeliez vous-même « le médecin qui guérit » ; enfin un Calvaire de quarante et une années sans un Cyrénéen, sans une Véronique. Ce cercueil aussi plein d'infortune que de génie nous enseigne qu'il y a témérité et folie à blasonner un berceau ; une maison commence le jour où le Verbe y entre ; en sort-il, elle

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