ORAISON FUNÈBRE DU DOCTEUR ADRIEN PELADAN FILS "2V
n'existe plus. Louis XIV fut le dernier des Bourbons, le chevalier Peladan commença ce nom.
Je vous parle ici le langage de vos préjugés, sinon je ne craindrais pas de mêler un texte hermétique aux canoniques el de vous dire « tout a lieu par la vertu de l'unité ». Repoussant à l'exemple de Rome et selon la physiologie, l'hérédité du pouvoir, je n'oublie point que Nuire-Seigneur a voulu naître delà rare de David et que la race a nue signification et une vertu propres que vous découvrirez dans l'œuvre même du docteur Adrien Peladan.
Lors de la grande désobéissance, l'esprit de Dieu, en se retirant d'Adam lui laissa cependant une lumière qui esl la Raison et, de voyant devenu imaginatif, l'homme Inventa l'an pour se substanter d'idéal, el la science pour reconquérir sa royauté sur la matière : perpétuelle et sublime entreprise où viennent s'épuiser glorieusement tous les forts de l'humanité, magnifique rançon dupéché originel que payenl les génies et les saints. Quelle apparence que la mort effroyable du do :teur Peladan ne soit pas pour celte ville même une expiation qui efface, car un Verbe pèseplus qu'une foule dans la juste main de Dieu. Oportet urnes pro populo mort. Prenez garde cependant de ne pas trop presser ma parole, une imprécation pourrait en sortir.
Celui qui suscite les lumières est aussi le seul qui les éteintet sa miséricorde éclate également envers le peuple parmi lequel il les produit, et envers les lumières ellesmêmes en les ôtant de la terre pour les fondre au foyer de l'Absolu. Mais malheur aux hommes qui ont soufflé sur un Verbe, leurs pieds broncheront et leur âme
-2i LA QUESTE DU GRAAL
envahie d'une ombre de mort sera réduite en obscurité. Or, vous avez soufflé sur la clarté vive de ce docteur que Dieu avait mis comme un chandelier au milieu de vous, suivant le mot même de l'Apocalypse ; et je ne puis vous effrayer, avec un plus grand exemple des vengeances que Dieu tire des contempteurs du Verbe qu'en vous montrant dans la Rédemption, l'œuvre du pardon ineffable, l'unique et foudroyant anathème jailli du pied de la croix et dont l'effet dure encore sous vos yeux.
Pendant les cinq mille ans de l'histoire ancienne, une seule race conserve la vérité : et à cette date imprécise de la Tour de Babel où dans une indicible confusion des idées et des langues, la première multitude se désagrège et se disperse, chaque tribu emportant une notion isolée ou erronée de la révélation primitive ; seuls les fds de Sem gardèrent la tradition. De récentes découvertes nous montrent les Soumirs de la Kaldée uniquement occupés de mysticisme, de magie et d'art, plus de trois mille six cents ans avant la naissance deMosché, cet homme le plus grand de ceux nés de la femme, qui forma Israël. Inexplicable aveuglement, ce même peuple que depuis l'aube annonçait le Messie, lorsqu'il vint au soir le méconnut ; Israël crucifia celui qu'il prophétisait depuis quatorze siècles. Alors le pacte de Iaveh avec Sem fut déchiré ; un nouveau fut scellé entre Jésus-Christ et Iaphet ; et les Aryas faiseurs de chefs-d'œuvre remplirent l'Occident de merveilles et devinrent les bien-aimés de la nouvelle loi ; quant aux fils de Sem, traqués, vilipendés, ils furent en butte à une méconnaissance qui finira le jour où l'eau baptismale les aura lavés du sang du Christ qui est sur eux et qui crie contre eux. Jugez par
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l'épouvantable traitement que Dieu inflige à ceux même qu'il a le plus aimes, de celui qu'il vous réserve, Phéniciens sortis de la souche pharisaïque, quand vous tou clic/ aux chandeliers qu'il vous donne.
On iif peut ouvrir la Bible sans rire illuminé de clartés subites : tous les livres qu'on a écrits, cl Dieu sait si j'ai le culte du livre, disparaîtraient, la Bible seule restée, l'humanité connaîtrait encore de quel point de départ a quel point d'arrivée elle évolue et en un langage dont la beauté dépasse le génie humain, acquiesçons toujours au livre sacré, même Lorsqu'il nous est douloureux; la prophétie de Noë s'est pleinement accomplie « que Iaphet habite dans les tentes de Sein et que Chain soit son serviteur ». Toutefois ce serait violer la justice que d'oublier jamais ces Kaldéens serviteurs du Dieu unique et triple, cinq mille avant le Christ, astrologues pasteurs devenus les hiérophantes de l'Assyrie et de l'Egypte, ancêtres de Gaspard, Melchior et Balthazar qui reconnurent le .Messie, et dont l'ascendance comme là descendance n'a produit que des prêtres, des mages et des artistes. Le premier chef de l'église lut un juif converti, et depuis, tous les alchimistes, tous les hermétistes, ipus ceux qui, comme Jacob, ont combattu avec les Elohim, et se sont acharnés à force de foi ou de volonté, à déchirer le mystère qui baigne notre âme bien plus étroitement que l'air n'enveloppe notre corps, tous étaient catholiques, et tous aussi portaient sur leur visage même le sceau de cette origine Kaldéenne, marque d'élection au mystère. Les trois hommes qui ont su, avant tout l'univers, le lieu, le jour et l'heure de la naissance du Messie me paraissent les plus majestueux que
la terre ait portés, et leur science je la proclame incomparable, primordiale, impératrice et souveraine des autres.
Vous me verrez bientôt revendiquer pour les Peladan cette filiation aux mages qui efface comme un vain mot, celui de Bossuet sur une naissance de princesse : « On ne voit rien sous le soleil qui en égale la grandeur » alors que lui-même dépassait de toutes les coudées du génie les vaines gens à diadème qu'il instruisait.