DECLARATION PLATONICIENNE
Nous naissons, nous, les androgynes, l'esprit engrossé de quelque chose, et, arrivés à un certain âge, notre nature demande à enfanter : mais nous ne le pouvons que dans le Beau. Au plaisir, à la joie, à l'enfantement intellectuel qui me vient de vous avoir approchée, jugez combien de fois le laid m'a rebuté! Et je me retirais en me contractant, et je n'enfantais pas, continuant à porter péniblement le fruit dont je n'avais pu me délivrer. Ah ! dans ce pressant besoin d'accoucher, quelle inquiète poursuite du Beau ! Enfin, je vous trouve, je converse avec vous, et aussitôt fécondé, j'engendre le meilleur dessin de ma vie et le plus beau rêve de mon cœur. Supposez un instant qu'une affection toute spirituelle nous lie et que je sois pour vous cette excitation vers le monde supérieur que vous êtes pour moi ; supposez que je vous inspire, comme vous m'inspirez, ne pourrions-nous pas répéter te credo platonicien. « Absents ou présents, nous nous souviendrons que nous avons nourri ensemble ce chef-d'œuvre passionnel : une communauté nous lie autrement étroite
que celle qui unit les pères et mères des enfants selon la nature ! Oui, nous sommes enchaînés par le plus indestructible des amours, nous qui sommes en communauté des plus beaux sentiments et des plus immortelles pensées.
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