L'ATHANOR SEXUEL
« Eurêka ! » ce mot, trompette triomphale de l'homme qui découvre le moyen de son impossible ; le rayonnement intérieur de Colomb quand sa vigie cria : « Terre » ; la clameur des Archimèdes saisissant enfui le levier ; et le triomphe de Flamel devant l'or artificiel — ce mot, je puis l'écrire, j'ai trouvé la matière du grand œuvre passionnel, l'androgyne complet, double dé corps et d'âme.
« Qui tirera le pur de l'impur?. le répondrai au cri de Job par la réalisation du grand miracle humain ; j'ai rencontré l'âme qui m'attendait. Elle est CURIEUSE, elle est à moi comme Eve fut au serpent ; mais, séducteur divin, je lui ouvrirai le fruit pour qu'elle n'en mange pas. Je l'écœurerai pour toujours par la succession ascendante de toutes les nausées ; je lui commenterai si subtilement les spectacles turpides, qu'elle se réveillera, de ce cauchemar affreux, haineuse de l'amour et méprisant les hommes ; je la dessillerai et la déprendrai de tout, afin que, regardant autour d'elle, cette Eve ne voie plus au monde que Nébo, à la fois son Adam et son créateur. Je lui ferai parcourir le cycle du mal, et j'éteindrai dans le dégoût sa dernière curiosité ! Alors ce tendre cœur n'aura plus que mon cœur, cette pensée désorbitée ne pourra pas sortir de l'orbe de la mienne; et la Béatrice, la Dame des néo-platoniciens, sœur par l'effacement du sexe, homme par le dévelop-
pement de la conception, femme par la tendresse, existera pour la première fois! Frère ! la beauté des formes sans concupiscence , l'ardeur des sentiments sans démence, le plein ciel des idées permanent et non plus restreint aux moments d'inspiration ou d'extase, songe à cela ! Je "sens en moi tant de lumière que je m'éblouis. Ne me dis rien de douter. De la créature qui nous cache l'Absolu, je fais un miroir qui me le réverbère ; je souillerai tellement cette âme qu'elle ne pourra plus respirer que dans le Beau et le Pur.
« Je nie la chair, je nie le sexe et, puisque nous sommes des vers nés pour former le papillon angélique, je veux dès maintenant mes ailes ! et si je retombe du Thabor où je monte, c'est le pied de Dieu même qui me renversera. »