‹ La question agraire en BelgiqueChapitre 2 sur 14 · SUCER A · texte numérisé non relu

SUCER A

Au printemps dernier, un des membres du gouvernement belge, M. A. Nyssens, se-trouvant de passage à Paris, assistait à un banquet d’économistes. Au dessert, naturellement, on parla des progrès du socialisme — c'est le Mane, Thecel, Pharè:, des banquets bourgeois — et d'aucuns manifestèrent des craintes à l'endroit de la Belgique. Notre ministre s'efforça de les dissiper, et démontra fort doctement que le socialisme, incapable de faire des recrues en dehors de la classe industrielle, était arrivé à son apogée dans notre pays; désormais, il ne pourrait que décroître, et jamais, au grand jamais, il ne pénétrerait dans les campagnes.

LS (1) Conférence faite à l'Hôtel des Sociétés savantes le 14 dé- 5 LES cembre 1896, sous la présidence de M. Jean Jaurès, organe nisée par le Groupe des Éludiants collectivistes.

Les élections législatives, qui eurent lieu trois mois après, ont montré ce que valaient ces prédictions. Quelques milliers de voix déplacées, et, malgré le vote plural, e’en était fait de la majorité conservatrice (1) : le nombre de nos députés doublait, comme a doublé le nombre de nos suffrages. Il a fallu que toutes les forces de la bourgeoisie se coalisent, pour nous barrer le chemin. La marée socialiste, débordant les bassins houillers, s’est répandue dans les campagnes de la Wallonie et, suivant la ligne de moindre résistance, elle s’est avancée, le long des voies ferrées et des voies navigables, jusque dans les Flandres et les Ardennes. Bref, les arrondissements considérés comme agricoles, tels que Nivelles, Dinant, Philippeville, Thuin, d’autres encore, ont apporté des milliers de suffrages aux candidats du parti ouvrier,

Néanmoins, il ne faudrait pas conclure de ces résul-

(1) Il eut suffi pour cela que, dans les scrutins de ballotage, les socialistes l’emportent dans les arrondissements de Nivelles, où ils ont été battus à 200 voix de majorité sur 60,000 suffrages, et à Philippeville, où il ne leur a manqué qu'une centaine de voix sur 24,000. — Les socialistes alliés aux radicaux à Bruxelles, où ils ont obtenu une moyenne de 95,000 voix contre 105,000 et les libéraux-radicaux à Anvers où ils n'ont été battus qu’à 9,000 voix sur 110,000 suffrages. La Chambre nouvelle eût été composée, dans cetle hypothèse, de 44 socialistes, 27 radicaux, 6 libéraux, et 70 catholiques. Au lieu de cela, elle se compose actuellement de 29 socialistes, 11 radicaux, 1 libéral, et 111 catholiques,

tats que, dès à présent, le socialisme agraire soit très puissant en Belgique : beaucoup d’électeurs qui habi-

tent la campagne ne sont pas des paysans, et beau-

coup de paysans qui votent pour nous, comme parti d'opposition, ne peuvent être considérés comme de véritables socialistes.

S 1. — Les infiltrations industrielles.

Beaucoup d'habitants de la campagne ne sont pas des paysans.

En effet, de tous les pays du continent, la Belgique est, de loin, le plus industrialisé (1). Tandis queen France, près de la moitié de la population se compose

(1) Schaeffle, Deutsche Kern-und Zeitfragen. Berlin, 1895, pe 102:

Sur 100 personnes occupées, il y a :

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