ÉTENDUE
de la loi
tion par
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NO
de di élec surp<
en 1891
des pauvres
habitant
acres
Donegal. .
Leitrim.
Sligo. . .
Roscommon
Mayo. . .
Gahvay . .
Kerry. . .
Cork. . .
Total....
Le Bureau se compose de 7 membres permanents et de 3 membres temporaires ; deux des membres permanents sont membres de droit : le secrétaire en chef pour l'Irlande et un membre de la Commission agraire, ce dernier a été remplacé par le sous-secrétaire, depuis la loi de 1903.
La loi donne au Bureau les pouvoirs nécessaires pour agrandir les tenures (art. 37), et pour venir en aide aux habitants de districts surpeuplés en organisant des fermes modèles et des champs d'expérience ; en vendant au prix de revient les engrais chimiques et les semences ; en travaillant à l'amélioration des races chevaline, bovine et porcine ; en faisant venir des pêcheurs d'Ecosse qui instruisent les pécheurs irlandais et leur apprennent la conserve et les industries qui se rapportent à la pêche ; en prêtant aux pêcheurs en vue de l'achat de bateaux ; en faisant construire des routes, des ponts ; en travaillant à l'implantation d'industries domestiques : la fabrication des dentelles, le tissage... (art. 39).
Sous la loi de 4 891, le Bureau ne disposait que d'un
revenu de 41.250 livres ; avec ce modeste budget il ne lui était guère possible de pourvoir aux multiples besoins de ces districts et d'acheter en outre des terres pour les revendre aux tenanciers. Aux termes de l'article 43 de la loi de 1896, le Bureau peut acheter des terres dans les mômes conditions qu'un tenancier. Le Bureau peut vendre les terres ainsi acquises, aux petits tenanciers à des prix à convenir, payables par annuités. Mais il ne les revend jamais sans les avoir mises en état, et à cette fin il doit disposer de ressources assez importantes, car le plus souvent il ne se fait point payer les améliorations effectuées et par conséquent revend à perte.
Voici les ressources qui lui permirent de faire face à 197.452 livres de dépenses, durant l'année qui finit au 31 mars 1904:
Son revenu fixe se compose de crédits qui lui ont été ouverts par le Parlement : 41.250 livres en 1891 ; 25.000 livres en 1896 ; 20.000 livres en 1903, soit 86.250 livres.
Son revenu flottant provient de remboursements de prêts, d'intérêts de placements faits en son nom, de prêts faits par le Bureau des travaux publics, etc.... il monte à 98.170 livres.
Ce qui fait au total, pour l'année financière 1903-1904, en ajoutant les 20.518 livres, excédent de Tannée précédente : 86.250 + 98.170 + 20.518 =z 204.938 livres.
Gomme cela nous entraînerait trop loin d'étudier toute l'œuvre du Bureau des districts surpeuplés, nous n'en prendrons que la partie agraire : elle est d'ailleurs, à notre avis, la partie capitale et se rapporte directement à notre sujet.
Depuis sa fondation le Bureau a acheté 238.829 acres, dont 180.663 de terres louées et 58.166 de terres non
louées; il a dépensé i. 200. 000 livres, y compris le prix d'achat (1).
Voyons d'abord deux exemples des plus typiques de l'œuvre du Bureau : l'île de Clare, située à l'entrée de l'admirable baie de Clew, et dont nous ne pourrons jamais oublier la silhouette noire au coucher du soleil ; et le domaine de lord Dillon, que nous avons parcouru avec M. G. Kelly, le très aimable inspecteur du Bureau à Claremorris.
L'île de Clare est peut-être le meilleur exemple, car c'est un domaine que le Bureau a acheté, amélioré et complètement revendu aux tenanciers. Elle comprend 3.949 acres dont 749 étaient biens communs et le reste, les 3.200 acres, réparti entre 90 tenanciers (il y en a aujourd'hui 75). Elle fut achetée en 1895, au mois d'avril, pour 5.000 livres, dans des circonstances vraiment exceptionnelles.Le propriétaire avait été incapable de recueillir avec régularité le revenu de 495 1. 1 6 s. 6 deniers à l'année, et les arriérés de rentes dues au 1'^'" novembre 1894 montaient à 1.588 livres ; il y avait de plus un arriéré considérable de taxe des pauvres. 16 tenanciers avaient été évincés et des décrets d'expulsion venaient d'être obtenus contre plusieurs autres. Le droit de pâture sur la partie commune avait été monopolisé par des tenanciers qui avaient des ressources, tandis que les plus pauvres gens, n'ayant pas de bétail, ne pouvaient tirer aucun avantage de ces terres communes, à raison desquelles cependant leurs rentes étaient augmentées.
(1) Chiffres donnés par l'Altorney General pour Tlrlande, M. Atkmson, en réponse à une question de M. John Redmond, à la Chambre des Communes, le 14 mars 1905.
L'île entière était tenue en rundale (1). Nul ne savait oij commençait, où finissait sa terre ; il savait seulement qu'il avait certain droit de pâture sur certaines terres.
D'où les relations financières de ces insulaires aussi bien avec le monde extérieur qu'entre eux, étaient allées chaque année de mal en pis et atteignaient enfin un degré de confusion inimaginable et d'inextricable embarras.
Le Bureau hésita à l'acheter, jusqu'à ce que l'archevêque de Tuam, dans le diocèse duquel se trouve l'île de Clare, et M. O'Brien, député, se portèrent garants que les tenanciers paieraient leurs rentes durant les sept années suivantes. Et cela se comprend ; l'inspecteur du Bureau, M. ûoran, écrivait en mai i894 : « Au point de vue agricole, l'île de Clare n'est pas une place engageante. La nature a peu fait pour elle, et de ce peu les hommes en ont pillé le plus qu'ils pouvaient. »
La première œuvre qu'entreprit le Bureau, fut, aux frais de 1.600 livres, la construction d'un fort mur de pierre, d'environ 8 kilomètres, à travers toute l'île, afin de séparer les pâturages des terres arables. Gela était nécessaire puisqu'il n'y avait point de clôtures, que vaches et moutons vagabondaient dans l'île et que, quand la récolte était levée, les champs devaient être préservés du bétail, par des membres de la famille. Sous la surveillance d'un inspecteur du Bureau, tout cela a été changé. Des étables ont été construites, des drainages entrepris, tes tenures agrandies, plus de 80 kilomètres de clôture élevés. Les salaires gagnés par les insulaires engagés
(I) Système de tenure particulier à l'Irlande: des tenanciers ont la jouissance commune et indivise d'une terre, en plus de leurs propres tenures.
dans ces travaux les mit d'abord à môme de payer leurs rentes, les arriérés compris ; puis quand ces salaires cessèrent, la rente dut être tirée de la tenure elle-même, et on apprend avec plaisir du rapport de 1900-1901 que les insulaires de Clare ont payé chaque penny de rente qui leur a été demandé pendant les quatre ans qu'ils ont été les tenanciers du Bureau, et que vraisemblablement ils paieront avec la même ponctualité les 32d livres qui constituent leurs annuités d'achat, pendant les 68 ans 1/2 (\). C'est le 28 mars 1901 que le contrat fut passé entre le Bureau et les tenanciers de l'île de Clare. Les dépenses nettes du Bureau avaient été de 10.492 livres, y compris le prix d'achat, et il a revendu pour 10.000 livres.
L'expérience tentée sur l'île de Clare avait donc parfaitement réussi, mais elle était de peu d'importance si Ton considère que l'île ne comprenait pas 4.000 acres. La plus grande acquisition du Bureau est le domainede lord Dillon, situé dans les comtés Mayo et Boscommon : 93.321 acres achetés le 11 mai 1899 pour 297.119 livres. Les tenanciers de ce domaine étaient 4.200, dont plus de la moitié payait 4 livres de rente ou moins, et dont une plus grande majorité encore était des ouvriers émigrants. Nombre de ces petites tenures consistaient en terres pauvres, susceptibles cependant d'améliorations, mais d'améliorations coûteuses. Le drainage était de première nécessité, des milliers d'acres étaient en fait inexploitables à cause des inondations constantes. Les tenanciers individuellement ne pouvaient faire ce drainage ou approfondir les lits des rivières, — de tels travaux ne peuvent être exécutés que par le
(1) Tenth Report of Ihe Congesled Districts Board for Ireland, p. 2S, Pari. Pup., 1901 |Gd. 681].
propriétaire ; le Bureau commença par là : une dépense de quelques centaines de livres doubla rapidement la valeur productive de milliers d'acres. Il ne se contenta pas de cela, car le rapport de 1904 porte qu'au 31 mars les dépenses du Bureau pour des constructions de bâtiments, drainages, routes, clôtures, etc., ont été en chiffres ronds de 47.000 livres (1).
Quoique les progrès dans ces travaux d'amélioration fussent tels qu'un grand nombre de tenures étaient prêtes à être vendues à leurs tenanciers, il s'éleva d'énormes difficultés qui arrêtèrent les ventes,relalivement aux droits de recueillir la tourbe et aux droits de chasse, — deux droits de la plus haute importance et qui constituent une véritable source de revenu pour le nouveau propriétaire. La première intention du Bureau avait été de se réserver les droits de chasse, lorsqu'il vendrait la terre, puis de les répartir et les administrer dans l'intérêt commun de tous les tenanciers. Mais comme ceux-ci manifestèrent un certain mécontentement à cette proposition, le Bureau décida de la retirer et d'adopter une autre méthode : concéder les droits aux tenanciers, mais les forcer à s'organiser euxmêmes pour la défense de leurs droits. Peu à peu toutes les difficultés ont été surmontées, toutes les questions réglées, la réorganisation du domaine Dillon est en bonne voie : au 31 mars 1904, toutes les tenures non encore vendues étaient sur le point de l'être, nous croyons que toutes le sont maintenant; 3.1 /i3 contrats de vente avaient été passés, montant à 227.288 livres.
L'œuvre du Bureau n'a pas été la même sur tout le do-
(1) Thirteenth Report of the Congested Districts Board for Ireland^ p. 19. Pari. Pap.y 1904 [Gd. 2275).
maine, elle a été particulièrement intéressante dans la partie de Loughlynn. Il y avait là 218 tenanciers, payant 1 .093 livres de rente, soit une moyenne de 5 livres 3 pence par tenancier : 110 de ces tenanciers payaient moins de 4 livres et 50 payaient de 4 à 6 livres. Le Bureau a agrandi la plupart de ces tenures insignifiantes de 1.62o acres de bonne terre ou de tourbière, d'une valeur annuelle de 721 livres, et a fait émigrer 11 tenanciers. Aujourd'hui il y a sur cette portion du domaine Dillon 207 tenanciers, payant 1.724 livres de rente, soit en moyenne 8 1.6 s. 6 deniers. De ces tenanciers 12 paient moins de 4 livres, 22 paient de 4 à 6 livres, le reste, c'est-à-dire 173 tenanciers paient plus de 6 livres, au lieu de S8 seulement avant l'achat par le Bureau.
La situation générale des tenanciers de ce domaine fut tellement améliorée qu'il existait une inégalité choquante entre eux et ceux d'un grand domaine voisin, le domaine de lord de Freyne qui se trouvait dans les mômes conditions misérables que celui de lord Dillon il y a six ans.
La population ne pouvait soutenir cette inégalité, il y eut de véritables révoltes : nulle part en Irlande, l'agitation agraire ne fut aussi violente ces dernières années. Ce n'était point tout à fait la faute de lord de Freyne, mais le peuple l'en rendait responsable et se chargea de le montrer à ses agents. Cette situation intolérable, dénoncée dans la presse et au Parlement, a eu enfin son épilogue durant notre séjour.
Le 27 février dernier, les tenanciers de lord de Freyne apprenaient que leur landlord avait décidé de vendre au Bureau son domaine. Situé dans les comtés Sligo, Roscommon et Galway, il comprend 28.S69 acres de terre louée et 8.158 de terre non louée, au total 36.727 acres ; et rap-
porte annuellement il. 400 livres payées par 800 tenanciers,soit presque 61.7 shillings par tenancier pour une tehure moyenne de 1 6 acres de sol de mauvaise qualité et y compris naturellement les tourbières. La partie non louée du domaine se compose principalement de la propriété personnelle de lord de Freyne, elle lui sera rétrocédée, sauf AOO acres environ. Le prix d'achat est d'un peu plus de 6 livres par acre, en tout 226.785 livres. 11 y avait eu à la suite des troubles agraires 13 tenanciers évincés, dont le landlord occupait depuis les tenures ; ce sont les premiers,qui ont bénéficié de l'achat par le Bureau : tous ont été aussitôt réintégrés.
Nous avons maintenant quelque idée de l'œuvre du Bureau, voyons comment il procède à l'agrandissement des tenures et à l'émigration de certains tenanciers.
Pour améliorer comme pour agrandir, il faut d'abord qu'il soit propriétaire : il s'entend avec le landlord et lui achète son intérêt dans le domaine grâce aux avances qui sont faites par la Commission agraire. 11 fait alors tout ce qui lui semble nécessaire comme amélioration, puis revend aux tenanciers. Quand il y a, à proximité des tenures, des pâturages ou d'autres terres dont le Bureau est propriétaire, ou des terres auparavant occupées par de grands fermiers, mais que le Bureau a achetées, toutes ces terres sont généralement utilisées pour agrandir les tenures qui sont revendues. Mais cette opération très simple est souvent impossible, et alors le Bureau doit pour ainsi dire découper une nouvelle ferme dans une terre non occupée, y construire une nouvelle maison pour un des tenanciers, afin de l'amener adonner sa ferme originaire qui est alors divisée entre les tenanciers environnants. Les difficultés de diviser et de réajuster ces tenures pour les rendre com-
LES DICTRICTS SURPEUPLÉS 177
pactes et assez larges, pour les rendre c économiques», sont naturellement considérablement accrues, par la raison que les fermes, qui originairement formaient un tout^ ont été depuis subdivisées.
Dans beaucoup de domaines de l'Ouest, spécialement lorsque le sol est de qualité médiocre et qu'une population dense, — dense, eu égard à la quantité de terre cultivée, — en est en possession continue depuis plusieurs générations, les fermes ont été subdivisées à l'infini, et le résultat est que souvent une tenure ne se compose pas d'une, deux ou même trois portions de terre séparées, mais de plusieurs champs détachés ou de parcelles de ces champs, qui gisent parmi des fragments d'autres tenures pareillement déchiquetées. Un champ d'un acre peut appartenir à douze personnes, dont chacune possède sa parcelle propre, et très souvent il y a de plus grandes complications encore par le fait de parts indivises dans différentes fractions de ces parcelles, comme 3/4 de l'une et 1/8 d'une autre : c'est ce qu'on appelle une terre tenue en intermixed plots.
Pour assurer que la nouvelle tenure qui sera offerte au tenancier est au moins de rnème valeur que l'ancienne, il n'est pas seulement nécessaire de considérer la qualité et la quantité de la terre de chaque parcelle, mais aussi d'estimer les droits qui peuvent être possédés en commun comme ceux de faire paître, de recueillir la tourbe ou les herbes marines ; et lorsque toutes ces difficultés plus ou moins techniques ont été vaincues, le Bureau peut trouver un obstacle insurmontable dans la mauvaise volonté d'un individu qui refuse d'accepter la nouvelle tenure ou de quitter l'ancienne : c'est ainsi que de grands troubles
s'étaient élevés sur un domaine par suite d'un tel refus
d'une vieille femme qui possédait une bande de terre entourant complètement un petit village dont chaque habitant avait sa maison d'un côté et sa terre de l'autre côté de cette bande. Le seul remède serait le fameux compiilsory pîirchasc^ l'expropriation pour cause d'utilité publique. Mais il n'est pas à prévoir que le Parlement l'accorde, et pourtant nous trouvons dans le rapport de 1895 la résolution suivante : « Le Bureau des districts surpeuplés est informé par ses inspecteurs qu'il y a de grandes terres qui pourraient être employées à Tagrandissem ent de petites tenures et à l'émigration. Il est cependant impossible au Bureau de remplir cette œuvre importante de sa mission, s'il n'a pas plus de fonds à sa disposition et si des pouvoirs d'expropriation {compiilsory poioers) ne lui sont donnés pour acquérir ces terres à leur juste valeur (1). » Et cette résolution porte les signatures de tous les membres du Bureau, dont on ne peut dire qu'elles soient suspectes aux landlords ou au gouvernement : Mgr O'Donnell, évoque de Raphoe, sir David Harrel, MM. Arthur et Gérald Balfour, F. W. Pim,Hor. Plunkett,J. H. Tuke, Fr. Wrench, Rev. W. S. Green, Rev. Denis O'Hara.
Ces refus sont cependant exceptionnels : les tenanciers comprennent maintenant que les mesures adoptées le sont dans leur intérêt, et en dépit d'autres difficultés encore, le Bureau a persévéré dans sonoîuvre d'achat, d'agrandissement et de revente des tenures, car il y voit le seul moyen d'apporter une amélioration permanente et efficace à la condition des petits fermiers des districts surpeuplés. Cette œuvre s'applique spécialement aux districts de l'in-
(1) Fourth Report of the Corij^ested Districts Board for Ireland, p. 10, Pari. Pap., 1895 (C. 7791).
LKS nrSTRIGTS SURPEUPLÉS 179
térieur où l'agriculture doit toujours ôtro Tindustrie principale et où un très grand nombre de tenanciers n'ont pas la terre suffisante, en qualité et en quantité, pour donner plein emploi à leur travail ou s'assurer à eux et à leur famille les subsistances nécessaires. Dès sa fondation le Bureau l'avait reconnu : faire simplement de ces tenanciers des paysans propriétaires, sans améliorer leurs tenures ou les agrandir, ne ferait qu'augmenter le malaise agraire.
Dans le comté Mayo, nous avons vu le Bureau des districts surpeuplés à l'œuvre. Il venait d'acheter le domaine Baftery, de 270 acres, et était entrain de l'améliorer et de le répartir. Ce domaine est situé à 3 milles de Glaremorris ; la terre est de médiocre qualité ; placée dans un bas-fond, une partie en est toujours submergée. Un cours d'eau eût été nécessaire pour permettre à l'eau de se déverser ; le travail était trop dispendieux pour les tenauciers et le landlord oubliait de le faire ; cette eau d'ailleurs ne lui nuisait point : les 149 acres de grasses prairies qu'il possédait pour son usage personnel s'étendaient sur la hauteur ; 8 tenanciers se partageaient le reste du domaine ou 121 acres. Le Bureau décida d'agrandir les tenures existantes, d'en créer 4 nouvelles, de faire des routes, des clôtures, une rivière. Peut-être son œuvre est-elle achevée aujourd'hui, il la commençait seulement, lorsque nous visitions ce domaine avec l'aimable inspecteur du Bureau, M. G. Kelly. « Quand tout sera fini, nous disait-il, nous aurons fait 360 perches de clôture (1 ), 250 perches de route et 640 perches de rivière, bâti 4 nouvelles maisons et étables, et réparé les maisons existantes. Le domaine nous
(1) La perche est de 5 m. 029.
aura coûté 4.051 livres, prix d'achat compris; nous le revendrons pour 3.832 livres. » La perte pour le Bureau est donc de 219 livres, mais de quelle utilité cette perte ne sera-t-elle pas? Outre les différentes améliorations qui donnent à la terre une beaucoup plus grande valeur, 4 nouvelles tenures de 22, 28, 33 et 37 acres ont été créées ; des 8 anciennes. Tune, de 39 acres, n'avait pas à être augmentée, le tenancier d'une autre, de 19 acres, a refusé tout agrandissement, les 6 autres de 8, 12, 18, 18, 16 et 15 acres sont respectivement devenues des tenures de 22, 21,26, 22, 21, 19 acres (39 acres de ces trois dernières appartiennent à un domaine voisin).
Mais il n'y a pas toujours, comme dans le domaine Raftery, assez de terre non louée ; il est alors nécessaire d'amener un tenancier à abandonner sa tenure sur la terre « congestionnée » pour aller occuper une nouvelle tenure qui lui a été préparée sur une terre du Bureau, et son ancienne tenure est alors divisée entre les fermiers voisins. En transplantant ainsi quelques familles d'un district surpeuplé dans de nouvelles tenures d'un autre district moins encombré, on améliore la condition de ceux qui restent et de ceux qu'on a fait émigrer. L'action du Bureau est naturellement limitée aux cas où le landlord veut bien consentir à ces changements, car ces changements n'ont pas seulement lieu sur les domaines dont le Bureau est devenu propriétaire ; il doit s'arranger de telle façon que le landlord obtienne des tenures agrandies le môme revenu qu'il retirait des tenures originaires. On peut comprendre que le choix des émigrants est de la plus haute importance et requiert les négociations les plus délicates et les plus minutieuses.
Le rapport de 1904 donne le nombre de tenures agran-
LES DISTRICTS SURPEUPLES 181
dies et de tenures créées jusqu'au 31 mars 1904 (1). La liste des tenures nouvelles n'est pas très considérable, par cette raison que le Bureau a été obligé d'utiliser la plus grande partie de la terre non louée qui tombe en sa possession pour l'agrandissement des tenures existantes. Par exemple, sur le domaine de lord Dillon, des 5.000 acres de terre non louée, la plus grande partie a été employée à l'agrandissement de 41 6 tenures, 39 tenures nouvelles seulement y ont été créées.
Le même rapport nous donne un exemple typique de ce que coûte l'émigration d'un tenancier sur une terre disponible (2). Supposons que la nouvelle tenure soit de 12 1. 10 shillings de rente, et que le Bureau l'achète pour 27 fois cette rente, les intérêts du landlord et du tenancier réunis, la valeur de la tenure, une fois améliorée, sera de 4o7 1. 10 shillings, soit :
Prix de la terre 337 1. 10 s. 0
Goût des bâtiments (maison et annexes). 100 » 0 » 0
Clôtures, route d'accès, etc 20» 0 » 0
Estimant la juste rentedecettenouvelle tenure ainsifournie, à 15 livres, une annuité au taux de 4 0/0, comme sous les anciennes lois, couvrirait seulement un capital de 375 livres, soit un déficit de 82 1. 10. Mais, sous la loi de 1903, une annuité de 15 livres au taux de 3 d/4 0/0 couvrira un capital de 461 livres, couvrant ainsi toute la transaction. Si cependant la terre coûte au Bureau plus de 27 fois la rente, il ressort des chiffres donnés plus haut qu'une annuité équivalente à une juste rente ne couvrirait pas le prix de la terre et des améliorations. Mais le tenancier qui obtient la nou-
(1) Thirteenth Report, p. 15.
{2)lbid., p. 16.
182 LIVRE II. — Chapitre rv^
velle teniire a droit à une allocation pour son tenant right dans la tenure qu'il abandonne, cette allocation est d'ordinaire égale à la perte que nous indiquions et que subit le Bureau : il y a donc compensation. En d'autres termes, le taux plus bas de l'annuité payable par un tenancier acheteur sous la loi de 1903 lui permet de payer l'annuité d'un capital plus élevé et de rembourser la majeure partie, sinon le tout, du prix des bâtiments et l'intérêt dans la nouvelle tenure. Au cas où une nouvelle tenure est donnée à une personne qui n'a pas de terre à abandonner, le Bureau requiert cette personne de lui verser en monnaie la différence entre le capital que représente l'annuité et le prix de la nouvelle tenure.
Mais la plus grande partie de la terre non louée que le Bureau achète pour créer de nouvelles tenures, n'est pas située dans les districts surpeuplés : il lui faut donc envisager l'émigration sur ces terres de quelques-uns des plus gros tenanciers des districts surpeuplés, comme le meilleur moyen d'agrandir les tenures des petits tenanciers restants. Mais l'émigration se heurte à une double difficulté : il est difficile d'amener à émigrer les personnes les plus indiquées pour cela, et il est difficile de convaincre les tenanciers qui environnent les terres achetées dans le district non surpeuplé, qu'ils n'ont pas un droit de priorité pour l'achat ou la location. Il y a là une œuvre de tact et de patience dont les officiers du Bureau s'acquittent en général fort bien.
Ce sont les plus gros fermiers, avons-nous dit, que le Bureau cherche surtout à atteindre : il pense en effet que leurémigration soulage plusfacilement etplusefficacement les districts surpeuplés que celle de petits fermiers. Voici un avis qu'il a fait circuler dans la presse et afficher dans
LES DISTRICTS SURPEUPLES
les districts surpeuplés, et auquel le dernier rapport nous dit avoir reçu des réponses satisfaisantes (1) :
« Le Bureau des districts surpeuplés a maintenant entre les mains des étendues considérables de prés dans les districts non surpeuplés; sur quelques-uns il y a de bonnes maisons. Le Bureau est disposé à échanger des parties do ces terres pour des terres de môme genre, situées ou adjacentes aux districts surpeuplés et qui peuvent être employées à l'agrandissement de petites tenures dans ces districts. A cette fin, le Bureau est disposé à entrer en négociation avec les propriétaires ou les tenanciers acheteurs de prés situés dans ou adjacents aux districts surpeuplés, et à donner en échange de ces terres des tenures de plus grande valeur dans les districts non surpeuplés à telles conditions qui seront convenues, ou de moindre valeur avec une soulte en espèces. Ces propositions s'adressent plus particulièrement aux gros fermiers ; mais le Bureau est prêt aussi à entrer en négociations avec les propriétaires ou tenanciers acheteurs de tenures de plus de 10 livres de revenu, situées dans ou adjacentes à un district surpeuplé, et à donner en échange, aux termes à convenir, des tenures de plus grande valeur, chacune avec une maison convenable. »
La tâche du Bureau de créer ou d'agrandir des tenures doit être une tâche bien ardue, si nous en jugeons par les résultats obtenus depuis sa fondation jusqu'au 31 mars 1904 : 647 tenures agrandies et 166 créées. C'est peu, c'est très peu. Mais il faut espérer quelques progrès de la loi de 1903, nous verrons pourquoi, en étudiant ses dispositions relatives au Bureau des districts surpeuplés.
(1) Thirteenth Report, p. 17.
Déjà d'ailleurs l'effet s'en est fait sentir : dans les onze années (1893-1903) le Bureau avait acheté 193.212 acres ; du 1®'" novembre 1903 (date de la mise en vigueur de la nouvelle loi) au 31 mars 1903, il en a acheté presque autant : 161.667 acres, et il est en négociation pour l'achat de 104.378 autres (1). Le Bureau des districts surpeuplés a donc fait quelque chose, mais peut-être n'a-t-il pas fait assez, parce qu'il n^avait ni les pouvoirs nécessaires ni les fonds suffisants. Tant qu'il n'aura pu traiter tous les districts comme l'île de Glare ou le domaine de lord Dillon, les pauvres habitants de l'Ouest, du Gonnaught surtout, seront obligés d'aller pendant Tété travailler comme ouvriers agricoles en Angleterre ou en Ecosse.
(1) Pari. Pap,, Ilouse of Commons, 1905, n» 149.
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