CHAPITRE III
LE DÉPARTEMENT DE l'aGRICULTCRE.
Le succès du mouvement coopératif avait dépassé les espérances de ses fondateurs, mais la tâche devenait trop lourde pour la Société d'organisation agricole, l'heure était venue pour l'Etat d'aider l'initiative privée, de s'intéresser plus directement à la vie économique de l'Irlande, maintenant que la voie lui était ouverte.
L'Angleterre jouissail d'un Bureau de l'agriculture, il n'y en avait point en Irlande ; de temps à autre les nationalistes en avaient fait un grief au gouvernement britannique, mais une simple réplique de ce bureau n'eût pas répondu aux conditions agricoles de l'Irlande. Que faire alors ? sur quelles bases établir cet aide de l'Etat que chacun sentait indispensable? Ceux-là mêmes qui s'occupaient le plus de ce problème ne savaient pas exactement ce qu'il fallait ni comment exprimer leurs desiderata de façon à être soutenu par l'opinion publique. C'est alors, au lendemain des élections générales de 1895 oij sombrait pour quelque temps au moins tout espoir de Home Ritie, que sir Horace Plunkett invita un certain nombre d'Irlandais de tous les partis à prendre part à une réunion qui se tiendrait durant les prochaines vacances parlementaires et où l'on discuterait un projet de réformes à présenter au gouvernement.il y eutquelques refus sensationnels comme ceux du colonel Saunderson ou de M. Justin Mac Carthy,
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tous deux membies du Parlement, le premier, leader du parti unioniste, le second Tune destôtesdu parti nationaliste. Mais les autres acceptèrent et, aux vacances parlementaires de 1896, se réunirent dans un même comité, qui prit le nom de Recess Commitlee, Comité de vacances, lords Mayo et Monteagle, M. Dane et sir Thomas Lea, conservateurs ou libéraux unionistes avec M. John Redmond et ses partisans nationalistes, le Rev. Dr. Kane, grand-maître des orangistes de Belfast avec Mgr Molloy, vice-président de l'Université royale et le Père Finlay, de la Compagnie de Jésus, etc. Nationalistes et unionistes, catholiques et protestants, conservateurs et libéraux se trouvaient groupés sous la présidence désir Horace Plunkett. Ils étudièrent d'une façon systématique les méthodes adoptées par les différents gouvernements pour développer les ressources agricoles et industrielles de leurs pays, discutèrent leur adaptation possible à l'Irlande, et le résultat de leurs délibérations fut qu'un département d'Etat, ayant à sa tête uu ministre responsable et doté par le Trésor impérial, devait être créé ; ce département distribuerait l'aide de l'Etat à l'agriculture et aux industries suivant des principes que posait le Comité. Notons en passant que la proposition de réunir sous un seul département l'agriculture et les industries avait été adoptée à la suite d'un remarquable mémorandum d'un de nos compatriotes, M. Tisserand, directeur général au ministère de l'agriculture à cette époque.
On peut résumer en deux propositions les résolutions du Comité (1) :
Que l'administration de l'aide de TEtat à l'agriculture et
(1) Report of the Recess Commitlee. Dublin, Browne et NoJan, i896.
aux industries en Irlande soit effectuée de la façon la plus efficace, en réunissant les deux branches de l'agriculture et de l'industrie, etl'instruction technique aux mains d'un même département de gouvernement, créé spécialement dans ce but ;
Que ce département consiste en un bureau ayant à sa tête un ministre de l'agriculture et de l'industrie responsable devant le Parlement, et assisté d'un conseil représentatif des intérêts agricoles et industriels du pays.
Le l^'"août 1896, le rapport du Comité de vacances fut présenté au secrétaire en chef pour l'Irlande, M. Gerald Balfour, accompagné d'une lettre exposant les considérations sur lesquelles le Comité s'était fondé pour justifier ce qu'il demandait, et où les membres nationalistes du Comité affirmaient haulement que « s'ils recommandaient au gouvernement une certaine ligne de conduite, leurs principes politiques n'en restaient pas moins les mêmes, et que, si cela était immédiatement réalisable, ils préféreraient que les réformes proposées fussent précédées des changements constitutionnels dont ils étaient les avocats bien connus ». Dans cette même lettre le Comité exprimait sa confiance dans les efforts de l'initiative privée individuelle ou collective plus que dans l'assistance de l'Etat; s'il la demandait, il attachait une grande importance à ce qu'elle ne fit que compléter l'initiative privée sans se substituer à elle en aucune façon.
L'opinion publique était favorable à ces conclusions; les chambres de commerce de Dublin, de Belfast et de Cork y adhérèrent entièrement ; une délégation de tout ce que l'Irlande compte de notable dans l'agriculture, le commerce et l'industrie, se présenta au vice-roi pour l'assurer que le pays était d'accord avec le Comité pour la création d'un nouveau département.
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M. Gerald Balfour déposa un projet de loi en 1897, mais dut bientôt le retirer devant le bill bien plus important qui révolutionnait le gouvernement local de l'Irlande. Il le déposa à nouveau en 1899 et le Agriculture and Technical Instruction Act fut voté aune énorme majorité. Les vœux du Comité de vacances étaient remplis : il était créé par cette loi le « Département de l'agriculture et de l'instruction technique pour Tlrlande ».
Il serait impossible de bien comprendre l'organisation de ce nouveau département sans esquisser à grands traits les réformes dans le gouvernement local qui l'avaient immédiatement précédé. Ces réformes sont d'ailleurs du plus haut intérêt : elles sont la première tentative faite pour laisser l'Irlande s'administrer un peu elle-même.
Jusqu'en 1898 l'administration locale était aux mains des grands jurys et des bureaux des gardiens, sous la direction du Local Government Board. Les grands jurys étaient d'institution très ancienne. Introduits en Irlande il y a plusieurs siècles, ils furent dotés successivement des attributions les plus variées qui toutes, à l'exception de la juridiction criminelle, son attribution originaire, ont été transférées aux nouveaux corps locaux, créés par la loi de 1898. Le grand jury en Angleterre avait, il y a plus d'un siècle, perdu ou cessé d'exercer beaucoup de ses attributions, y compris ses attributions financières, mais en Irlande chaque nouvelle génération en augmentait les pouvoirs. Une loi de 1 836 établit le système moderne du grand jury et codifia les règles qui président à son organisation. Les membres du grand jury étaient choisis par le haut sheriff du comté qui est lui-même nommé par le vice-roi ; le choix du sheriffest limité seulement par certaines conditions de fortune que devaient remplir les membres du
jury : c'est assez dire que ses membres étaient triés sur le volet, tous en faveur du « Château ». C'est au grand jury qu'incombait la direction de toutes les affaires du comté, mais il n'avait pas d'existence continue : certains fonctionnaires permanents exécutaient ses décisions.
L'autre élément du gouvernement local était les bureaux des gardiens, créés par la loi des pauvres de 1838 pour l'administration de cette loi. Mais depuis, les fonctions les plus variées leur avaient été confiées. Ils étaient partie électifs, partie ex offîcio : les membres de droit étaient les juges de paix.
Tel était le système jusqu'en 1898, système, on le voit, très peu représentatif des intérêts populaires : les électeurs devaient satisfaire à des conditions de fortune très élevée, et les membres des grands jurys étaient nommés par le gouvernement ; or le gouvernement de l'Irlande ne représente pas le quart de la population.
Ce système a été complètement changé par le Local Government Act, qui sabre au travers de ce chaos de fonctions disparates et établit dans chaque comté un conseil, dont les membres sont élus pour trois ans. Le collège électoral est sensiblement le même que celui qui élit les députés : certaines femmes dûment qualifiées et les pairs y sont ajoutés. A ces conseils sont confiés les attributions financières des grands jurys, le pouvoir de lever des impôts locaux, et tout ce qui regarde l'administration du comté. Des conseils de districts — urbains et ruraux — sont aussi créés pour l'administration de circonscriptions moins étendues. Les bureaux des gardiens sont maintenus, ils sont composés des mêmes personnes que les conseils de districts, mais leurs attributions sont limitées au but pour lequel ils ont été créés, le soulagement des pauvres.
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On peut se demander comment un peuple jusque-là toujours écarté de la direclion de la chose publique s'est tiré d'affaire. Le gouvernement conservateur tentait là une redoutable expérience qui donnerait de l'initiative aux Irlandais,et dont les résultats, s'ils étaient bons, montreraient queTIrlande peut s'administrer, se gouverner elle-même. Dans le rapport du Local Government Board pour 1902, nous trouvons ce passage cité par M. W. Bailey dans son discours d'ouverture de la session 1902-1903 comme président de la Société de statistique, le 21 novembre 1902 : « L'expérience de cette nouvelle année confirme ce que nous avancions dans nos derniers rapports, à savoir la manière satisfaisante dont les conseils de comté et les conseils de district se sont acquitté de leurs charges. Sans doute dans quelques cas, il y a eu action ou inaction qui ne semble pas d'accord avec les intentions du législateur, mais à part ces cas exceptionnels, ces conseils et leurs fonctionnaires ont rempli leur tâche d'une façon admirable et digne d'éloges (1) ».
Nous pouvons maintenant étudier le fonctionnement du Département de l'agriculture et de l'instruction technique, que nous continuerons à appeler plus simplement Département de l'agriculture. La loi lui donne un certain nombre d'attributions qui jusqu'ici étaientdivisées entre unedemidouzaine de bureaux du gouvernement ; mais une grande partie de sa mission est presque entièrement nouvelle, en ce qui concerne laction de l'Etat, relativement au développement de l'agriculture, de l'industrie, de l'instruction technique. Pour exécuter ce travail, le Département a reçu un capital de 200.000 livres environ et une dotation an-
(t) Report of the statistical and social Inquiry Society of Ireland^ 1902-1903, Dublin Sealy, Bryers, d903, p. 14.
nuelle de 166000 livres. Les traitements du personnel sont votés par le Parlement et compris dans le budget, au titre des services civils. Le Département se compose d'un président plutôt nominal, qui est le secrétaire en chef pour l'Irlande, d'un vice-président, le véritable ministre, d'un secrétaire, et de deux secrétaires adjoints, l'un pour l'agriculture, l'autre pour l'instruction, plus un certain nombre d'inspecteurs, d'instructeurs, d'employés. La nature de l'œuvre à laquelle s'adonne le Département de l'agriculture voulait absolument qu'il fût en communication constante avec les classes dont il s'occupe et sans le concours desquelles rien de durable ne saurait être effectué. Aussi un conseil de l'agriculture et deux bureaux ont-ils été créés, l'un pour l'agriculture, l'autre pour l'instruction technique. Ces corps représentatifs, dont la constitution est intéressante puisqu'elle est une nouveauté dans l'administration du Royaume-Uni, sont modelés sur des institutions analogues de l'étranger. Gomme le disait le vice-président du Département, à la première réunion du conseil de l'agriculture en 1900 : « On trouve des conseils analogues sur le continent, dans des pays rivaux du nôtre au point de vue économique ; l'expérience prouve qu'ils sont pour un département d'Etat le meilleur moyen de rester en contact avec les opinions des classes agricoles et industrielles. » Le conseil de l'agriculture est en majorité électif: il se compose de 104 membres dont 68 sont élus par les conseils de comté et 34 nommés par le Département; le président et le vice-président du département sont membres de droit du conseil et des deux bureaux . Les membres du conseil sont élus pour trois ans, ils doivent se réunir au moins une fois l'an pour discuter les matières d'intérêt public ressortissant au départe-
méat. Le conseil diffère de ses prototypes étrangers, surtout par le plus grand nombre de pouvoirs directs qui lui ont été confies. Sans compter les avis qu'il donne — et l'importance attachée aux avis d'un tel corps représentatif est très grande — le conseil nomme 8 des 12 membres élus du bureau de l'agriculture, et partage avec les bourgs de comté la nomination de la majorité des membres du bureau de l'instruction technique : or c'est à ces bureaux, composés respectivement de 14 et de 23 membres, qu'est confié le contrôle des fonds du département et de l'emploi qu'il en fait : en matière financière, ils ont exactement auprès du Département la même situation que la Chambre des communes auprès du gouvernement.
Le bureau de l'agriculture a un droit absolu de contrôle sur la plus grande partie des fonds du Département, il a même un droit de veto. Ces fonds consistent en un capital de 200.000 livres et un revenu annuel de 166.000 livres. Des 200.000 livres, 15.000 sont assignées par la loi au Collège royal des vétérinaires et 10.000 à une sorte d'institut agronomique du Munster. Des 166.000 livres, 55.000 sont consacrées à l'instruction technique, 10.000 aux pêcheries de mer. Le reste, environ, 175.000 livres du capital et 101 .000 du revenu annuel, est consacré au développement de l'agriculture en Irlande. Mais il était spécialement stipulé par l'article 18 de la loi qu'aucun des fonds ainsi mis à la disposition du Département ne pouvait être employé dans les districts surpeuplés. Quand par conséquent un plan d'amélioration agricole quelconque était préparé par le Département, il fallait le limiter aux régions non « congestionnées » des comtés qui sont en partie sous le Bureau des districts surpeuplés, à moins que celui-ci n'approuvât le plan et ne fit une allocation équivalente à celle
du Département. « Ces restrictions financières administratives aboutissaient à un traitement différentiel de districts voisins, et par suite à des différends locaux qui faisaient l'objet de négociations troublantes entre nous et le Département », dit le treizième rapport du Bureau des districts surpeuplés (1).
L'article 85 de la loi Wyndham, en abrogeant l'article 18 de la loi de 1899, étend les pouvoirs du Département de l'agriculture à toute l'Irlande et remédie ainsi à l'inconvénient ci-dessus exprimé. En conséquence, le Département et le Bureau des districts surpeuplés tinrent une conférence en octobre 1903 et décidèrent de prendre avantage des nouvelles dispositions en plaçant tout ce qui concerne l'agriculture sous le contrôle du Département. Le personnel du Bureau des districts surpeuplés chargé de la partie agricole fut pris par le Département, et une somme de 2.000 livres est versée chaque année par le Bureau au Département, comme contribution aux plans d'amélioration agricole exécutés par lui dans les districts surpeuplés. Cet accord est entré en vigueur le 31 mars 1904, et c'est ainsi que depuis dix-huit mois le Bureau des districts surpeuplés n'a plus du tout à s'occuper d'agriculture.
Il n'était ni dans le désir des membres du Comité de vacances ni dans l'intention du gouvernement que le Département fût une simple machine à administrer les subsides de l'Etat ; sa fonction était plutôt, selon les termes du vice-président, « d'aider les gens à s'aider eux-mêmes ». D'oij la loi lui défend expressément, sauf dans quelques cas très spéciaux, d'appliquer ses fonds à des entreprises pour lesquelles aucune subvention n'est donnée par les
(1) Thirteenth Report of the Congested Districts Board for Ireland. Pari. Pap,y 1904 [Gd. 2275], p. 8.
autorités locales. En conséquence, il est permis aux autorités locales de lever une taxe d'un penny à la livre en vue de l'application de lu loi sur le Département de l'agriculture, et d'yjoindre la taxe d'un penny que les lois de 1889 et 1891 sur l'instruction technique les autorisaient déjà à lever.
Le résultat est que les conseils de chaque district urbain et de chaque comté peuvent lever une taxe de deux pence à la livre, et les sommes ainsi obtenues peuvent être consacrées dans les districts urbains à l'instruction technique, et dans les districts ruraux à l'instruction technique et à l'agriculture. Une taxe générale d'un penny à la livre dans toute l'Irlande produirait près de 60.000 livres, et, comme la contribution du Départementà tout plan particulier sera le plus souvent proportionnée au montant de l'aide local, les autorités locales ont le pouvoir de créer directement et indirectement des sommes considérables en vue du développement économique de rirlande.
Les pouvoirs des conseils locaux ne se bornent pas à décider si un district sera taxé et ainsi appelé à partager les bénéfices qui peuvent résulter de l'action du Département. Ces conseils seront plus que le pouvoir délibératif, ils seront l'exécutif. Aux conseils en effet, ou plutôt aux comités nommés par eux pour représenter les différents intérêts du district, est confiée la tâche de préparer en concours avec le Département les projets d'amélioration, et à ces mêmes comités est confié le soin de l'exécution de ces projets. 11 est évident que le fonctionnement bon ou mauvais de la loi dépend principalement de la coopération des corps locaux.
On peut ainsi voir de quelle importance a été pour l'a-
venir de l'Irlande l'élaboration de ces deux mesures législatives — le Local Government Act de 1898,1e Agriculture andTechnical Instruction Act de 1899— celle-là servant de support à celle-ci et toutes deux aidant au développement de toutes les ressources du pays: la première au développement de son initiative et de son intelligence politique, la seconde au développement matériel, agricole et industriel.
Nous allons maintenant essayer de donner avec quelque clarté une idée des nombreuses attributions du Département, de son fonctionnement , de Tceuvre qu'il a accomplie.
Le Département fut créé pour réunir sous une seule autorité certaines fonctions du gouvernement, qui jusque-là étaient aux mains d'une demi-douzaine de bureaux : il s'agissait là d'une œuvre de concentration, mais point de centralisation, car le Département avait aussi pour but de fournir des moyens grâce auxquels le gouvernement et le peuple pussent travailler ensemble au développement des ressources du pays, et cela impliquait nécessairement une grande initiative locale.
On peut grouper sous cinq chefs les attributions du Département qui appartenaient à d'autres corps et lui ont été transférées :
1° Les pouvoirs et fonctions du département vétérinaire du Conseil privé (le Conseil privé est le conseil du vice roi). Ces pouvoirs proviennent principalement des différentes lois relatives aux maladies des animaux, dont l'objet est de combattre la propagation des infections contagieuses. Ils sont très étendus, puisqu'ils comprennent le
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droit de prohiber l'importation du bétail ; de déclarer qu'une région de l'Irlande est infectée d'une maladie particulière et de régler le mouvement du bétail dans cette région ; d'abattre tout animal atteint ou supposé atteint. En outre, le Département a tous les pouvoirs conférés par les lois de 1875 à 1899 sur la vente d'aliments et de drogues : ses fonctionnaires peuvent se procurer pour les analyser des échantillons de tout article qui leur semble affecter les intérêts généraux de l'agriculture et le résultat de cette analyse est communiqué aux autorités locales qui prendront les mesures nécessaires. Si le Département, après en avoir référé à une autorité locale, est d'avis que cette autorité n'a pas pris ou a négligé de mettre en vigueur les dispositions nécessaires, et que cette négligence affecte les intérêts généraux de l'agriculture, le Département peut autoriser un de ses fonctionnaires à prendre ces dispositions nécessaires aux frais de l'autorité locale en faute.
2° Les pouvoirs et charges des inspecteurs des pêcheries irlandaises. Ces inspecteurs furents créés en 1869, ils ont pour mission principale d'appliquer quelque dixhuit lois de pêche, plutôt compliquées, qui s'échelonnent de 1842 à 1898. L'article 16 de la loi qui crée le Département stipule que 10.000 livres de son revenu annuel doivent être consacrées au développement des pêcheries, et un comité consultatif a été institué par le Département pour l'assister dans cette œuvre.
3" Les pouvoirs et charges du Registrar General (sorte de bureau central de l'état civil) et de la Commission agraire, relativement aux statistiques agricoles et autres, qu'ils recueillaient et publiaient. Un service de statistique et de renseignements a été créé par le Département, sur la recommandation expresse du Comité de vacances.
Ce service continue les statistiques agricoles et industrielles que le Registar General dressait jusqu'ici avec l'assistance de la police. Un rapport préliminaire est publié en automne, montrant par provinces et comtés la surface du pays consacrée aux récoltes et la quantité de bétail vivant ; un peu plus tard est publié le relevé des prix de tous les produits agricoles, et enfin paraît le rapport complet qui contient les informations relatives à la division de la propriété, la répartition du sol entre les terres labourées et celles qui ne le sont pas, le produit de la dernière récolte, bref toutes les informations qui intéressent l'agriculture à quelque degré. L'article 5 de la loi qui créa le Département, l'autorise à faire ou à aider à faire toute enquête, expérience, recherche qu'il jugera utile pour le développement de l'agriculture et des industries rurales ; c'est le service de statistique et de renseignements qui fait cela : il est en relation avec les institutions analogues des colonies et de l'étranger et répand les informations recueillies au moyen de tracts, de brochures et du journal trimestriel du Département qui paraît en janvier, avril,juillet et octobre. Le vice-président du Département, à la première réunion du Conseil de l'agriculture, appuyait sur l'importance de ce service. « Non moins importante que Toeuvre statistique du Département sera celle du bureau des renseignements. Car nous ne souffrons pas seulement du manque de méthodes scientifiques, mais aussi de la concurrence de nos rivaux des deux mondes qui ont le pas sur nous au point de vue industriel et sont empressés d'utiliser toute assistance que la science et le contrôle de leur gouvernement peuvent leur apporter.Nousavonsà mettre à profit l'expérience de ces hommes et de ces contrées, et nous entendons le faire largement par notre ser-
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vice de renseignements. Par tracts, par brochures, par son Journal, le Département s'efforcera constamment d'apporter au foyer de chaque fermier de ce pays les progrès de ses concurrents, de lui donner les raisons de ces progrès, et de lui montrer comment lui-même peut arriver au même résultat (1) ».
4* Les pouvoirs et charges des Commissaires de l'éducation nationale en ce qui concerne l'enseignement agricole. Ces Commissaires sont chargés de l'inspection des écoles primaires, et à une époque ils surveillaient un enseignement agricole assez étendu, à la fois dans les écoles primaires et dans quelque vingt fermes modèles. De ces fermes, deux seulement ont survécu : l'Albert Institution près de Dublin et la Munsler Institution près de Cork ; et, dans les écoles primaires, des leçons de choses et des principes élémentaires d'agriculture ont récemment remplacé l'enseignement de l'agriculture elle-même.
5^ Les pouvoirs et charges du Département des sciences et arts du Bureau d'éducation britannique (South Kensigton), relativement aux institutions d'Irlande placées sous sa surveillance, comme le Collège royal des sciences, la Bibliothèque nationale, les jardins botaniques à Glasnevin ; relativement aussi à l'instruction technique en Irlande.
Tous ces pouvoirs et charges, le Département les a (( pour promouvoir, autant qu'il est possible, le développement industriel et agricole de l'Irlande » (2). C'est là son objet fondamental, et pour cela il est divisé en différents services (il y en a six jusqu'ici) : agriculture, ins-
(1) W. P. Coyne, op. cit., p. 277.
(2) First Annual Report of ttie Department of Agriculture and Technieal Instruction forireland. Parl.Pap., 1901 [Gd. 838], p. 14.
truction technique, pêcheries, statistiques et renseignements, vétérinaire, comptabilité. Ces services ont chacun leur personnel propre, et à leur tête un secrétaire assistant. Chaque service est ainsi en mesure de concentrer toute son énergie et son travail sur la tâche spéciale qui lui incombe, comme s'il était un département distinct. La coordination entre les différents services est assurée par la direction générale du Département, dans les bureaux du vice-président et du secrétaire général.
Ce que le Département de lagriculture ainsi organisé a fait depuis cinq ans qu'il existe, il serait très difficile de le marquer exactement : son action multiple se prête mal à l'analyse, il vaudrait mieux parcourir tout simplement les têtes des chapitres des quatre rapports annuels déjà parus. Mais on peut se faire une idée de son œuvre en étudiant les principes qui dictent sa manière d'agir et comment il les applique.
Le Comité de vacances, lorsqu'il recommandait la création d'un Département de l'agriculture, entendait bien qu'il serait assisté d'un conseil représentatif des intérêts agricoles et industriels du pays, que cet organe central s'appuierait sur les autorités locales et ne pourrait réussir ni même fonctionner sans une active coopération de leur part. Le président du Comité de vacances, lorsqu'il fut placé à la tête du Département de l'agriculture, ne pouvait abandonner ces vues qu'il avait contribué à faire adopter, et qui ont servi de ligne de conduite au Département depuis sa fondation.
Comme on l'avait créé non seulement pour développer les ressources matérielles du pays, mais aussi pour éduquer le peuple, le Dépaitement se rendit compte que le bien ou le mal qu'il ferait dépendrait de la façon dont il
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s'acquitterait de sa tâche. Sentant le poids de sa responsabilité, il résolut d'agir avec la plus extrême prudence, même au risque de lasser parfois la patience des autorités locales, en appuyant sur certains principes et en approuvant les projets qu'elles lui présenteraient seulement lorsqu'il serait sûr, autant que cela se peut, de la rectitude des moindres détails. Le Département considère qu'un faux pas en ces matières serait chèrement payé par le pays : « Aussi avons-nous deux principes, nous disait un haut fonctionnaire du Département : noire administration échouerait si elle n'éveillait et fortifiait Tinitialive, l'esprit d'entreprise et le sens de responsabilité des populations ; et d'autre part en encouragea^nt l'initiative locale, il faut se garder d'une multiplication aveugle de projets locaux sans relations entre eux, en conservant une forte direction centrale. » C'est en effet le devoir du Département de tenir compte du point de vue national aussi bien que du point de vue local, et de mettre dans l'approbation et l'exécution de ces projets ce pouvoir de coordination et cet aide expérimenté que peut seule avoir une autorité centrale qui pense et agit pour et avec toute la population. La loi pourvoit au maintien de ces principes de telle façon qu'ils se renforcent l'un l'autre. Les deux bureaux du Département qui contrôlent les dépenses, sont en grande partie composés par les autorités locales. Un département ainsi constitué se trouve dans une position vraiment favorable pour guider, en ce qui concerne son œuvre propre, l'action des corps locaux sur lesquels il n'a aucun pouvoir de contrainte et qui restent entièrement libres d'adopter ou de récuser les projets qu'il a pu approuver. D'un autre côté, les autorités locales ont, de par la loi, le pouvoir de lever des impôts pour l'exécution de
projets approuvés par le Département, el nous savons que Je Département, par l'article 16 de la loi, ne doit pas approuver de projets à l'exécution desquels les autorités locales n'ont pas contribué financièrement : ce sont donc bien en définitive les corps locaux qui restent maîtres de la situation, le Département ne peut rien leur imposer; par contre, ils ne peuvent rien faire sans l'approbation de ce même Département, lorsqu'ils lui réclament un concours pécuniaire.
La loi de 1899 sur l'agriculture et l'instruction technique est donc bien intimement liée à la loi de 1898 sur le gouvernement local, Tune ne pourrait subsister sans Tautre. Aussi le Département s'est-il efforcé, autant que la nature de ses fonctions le permettait, d'étendre les responsabilités des autorités locales et de gagner leur support en même temps que de leur être utile en fortifiant parmi les populations l'esprit de self-help économique et social. Stimuler l'initiative locale dans la préparation des projets, puis la charger de l'exécution de ces projets une fois approuvés : cette méthode est d'une valeur éducative de premier ordre, en ce qu'elle fournit au Département l'avantage de connaître les opinions locales et, par ailleurs, met les corps locaux en contact avec les difficultés d u problème et produit dans le pays un courant de sympathie pour le Département, malgré la lenteur nécessaire avec laquelle sont accomplies des réformes de cette sorte.
Afin de rendre ses avis plus efficaces et mieux compris, le Département a cru sage d'établir des relations personnelles et directes avec les autorités locales, les sociétés, les écoles, bref tous ceux avec qui il peut avoir affaire. La simple correspondance ne lui suffisait pas. Ses fonctionnaires ont visité chaque autorité locale, que cette « au-
torité sociale » fût à une ou à plusieurs lêtes. En fait, tous les conseils de comté, les conseils urbains, les comités d'instruction technique ont été visités, et l'on ne peut compter les conférences qui ont eu lieu au siège du Département, Upper Merrion Street à Dublin, entre les représentants de ces autorités locales et le vice-président, le secrétaire ou les chefs de service. La plus grande majorité des écoles et des établissements d'instruction ont aussi reçu la visite du Département. Et les rapports ainsi noués sont des plus cordiaux et des plus satisfaisants. Nous ne croyons pas qu'il eût été possible de procéder d'une façon plus expérimentalement scientifique ni d'obtenir plus grand succès auprès des autorités locales. Dès la première année financière, tous les corps locaux avaient résolu de lever une taxe supplémentaire pour l'application de la loi, et tous les projets présentés par le Département étaient adoptés. Les frottements n'ont pas toujours été évités, mais en général il règne une confiance mutuelle parfaite.
C'est donc un point fondamental de la constitution du Département que d'intéresser à son œuvre la population elle-même et d'engager sa responsabilité, par l'intermédiaire des conseils et des comités locaux. Il y arrive pai' différents moyens que l'on peut ainsi classer à grands traits : les mesures directes d'amélioration des conditions agricoles et industrielles, les mesures indirectes de tous genres qu'un seul mot résume : éducation ; on peut ajouter un troisième agent très puissant, dont l'expérience a démontré au Département la haute valeur, pour ce qui est du développement de l'agriculture : l'organisation. Il est important de noter que presque tous ces moyens sont nécessairement lents dans leurs effets ; même les mesures
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directes entraînent, pour la plupart, des applications théoriques et pratiques qui ne permettent pas d'obtenir de résultats immédiats et rapides. « Pendant quelques années encore, nous serons obligés de réclamer au public irlandais son crédit et un peu de patience pour une œuvre que nous nous efforçons ensemble de mener à bien (1). » Ceux qui attaquent le Département etlui reprochent de ne rien faire ou de s'occuper seulement de questions de détail, n'ont pas étudié ce qu'il est exactement : s'ils le connaissaient mieux, ils attendraient pour le juger.
Parmi les mesures directes il y a les plans pour l'amélioration de l'élevage (2), pour l'instruction du fermier chez lui avec expériences sur sa terre (3), pour le développement des industries rurales, pour l'amélioration des moyens de transport. Bien que quelques sujets qui rentrent dans les fonctions du Département comme le transit, les forêts requièrent une législalion spéciale, le Département avec ses pouvoirs actuels arrive à de bons résultats. 11 se met en relations avec les compagnies de chemin de fer et de navigation pour améliorer les transports de produits agricoles (4) ; il prend des mesures pour protéger le beurre irlandais contre une concurrence frauduleuse sur les marchés d'Irlande ou d'Angleterre (5) ; il cherche de nouveaux débouchés pour les pêcheries de mer et de l'intérieur, fait aux pêcheurs des prêts pour l'achat de bateaux et d'engins, leur donne des notions scientifiques (6);
(1) First Annual Report, loc. cit., p. 19.
(2) Fourth Annual Report. Pari. Pap., 1905 [Cd. 2509J, p. 35,
(3) Ibid., p. 40.
(4) Ibid., p. 108.
. (5) Ibid., p. 52, 102.
{6)lbid., p. 91.
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en ce qui concerne la protection des forêts, il a acheté l'année dernière, dans le comté Wicklow, pour y fonder une école de gardes forestiers, Avondale House, l'ancienne propriété do Parnell. Le rôle important que peut jouer un département d'Etat pour attirer aux industries d'un pays les capitaux nationaux et étrangers, il Ta bien compris en prenant une part active aux Expositions internationales de Glascow en 1901 et de St-Louis en 1904 (1).
Appartenant aussi aux mesures directes plutôt qu'indirectes, sont les recherches scientifiques, les expériences relatives à l'agriculture et à la pèche qui peuvent être difficilement menées à bien sans l'aide de l'Etat. Elles ont porté en 1904 sur la culture de l'orge, de la pomme de terre nouvelle, du lin, du tabac, sur l'exploitation de la tourbe, sur la pêche du saumon (2). En 1900,runedes recherches avait porté sur une épidémie terrible et jusquelà mystérieuse, qui régnait dans le Munster : 80 0/0 des veaux mouraient, sans qu'on put trouver de remède. On fit appel à l'un de nos compatriotes, M. Nocard , vétérinaire et bactériologiste très connu ; il découvrit la cause de la maladie et prescrivit une méthode de préservation très simple, l'appliqua lui-même dans une ferme louée par le Département à Liscarroll, comté Cork : aucun des veaux qui y naquirent en 1901, ne mourut (3).
Ces différents moyens directs de développement de Tagriculture et de l'industrie, le Département les emploie
(1) Irishindustrial Exhibition. World'sFair, St-Louis, 1904. — Handbool^ and atalogue, compiled and issued by the Department of Agriculture and Teciinical Instruction.
(2) Fourth Report of the Department, p. 42 et ss.
(3) Second Report of the Department, Pari. Pap., 1902 (Cd. 1314), p. 49.
avec précaution et seulement dans les cas où ils sont parfaitement justifiés. 11 ne voudrait pas empiéter sur les initiatives privées, son but principal est de stimuler l'esprit d'entreprise des Irlandais; il s'efforce d'écarter les obstacles qui jusqu'à présent entravaient le développement de cet esprit, et de créer un état de choses dans lequel rinitiative privée ait toute liberté et toute confiance.
Mais ces mesures variées que nous avons passées en revue ne sont pas l'œuvre importante du Département. Dans un pays qui, industriellement, est aussi déprimé que l'Irlande et oii l'émigration persiste toujours, de quelque utilité qu'elles puissent être ou soient en réalité, elles ne peuvent avoir de vrais et profonds résultats : fonder sur elles seules de grandes espérances serait bâtir des châteaux en Irlande. Mais un système d'éducation approprié, qui ne négligerait pas la formation du caractère et de la volonté, apprendrait à s'occuper de choses concrètes comme à manier les idées et rendrait les gens conscients de leur aptitude à bien gérer eux-mêmes leurs affaires, produirait les fruits les meilleurs et les plus durables. L'expérience l'avait prouvé pour d'autres pays. Le Département comprit tous les avantages qu'un tel système d'éducation apporterait à l'Irlande, et pour cela, il a fortement appuyé sur l'œuvre d'éducation qui lui était confiée en coopération avec les autorités éducatrices du pays.
L'œuvre d'éducation du Département comprend Tadministration d'établissements d'enseignement supérieur, tels que le Collège royal des Sciences, l'Ecole métropolitaine d'art, les jardins botaniques, mais elle comprend surtout l'organisation d'un système d'instruction technique agricole et industrielle.
En entreprenant cette tâche, le Département partit de
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cette idée que l'éducation dans un pays doit ôtre considérée comme un tout et que l'on s'exposerait à de sérieux mécomptes si l'on attendait de bons résultats d'un plan spécial qui ne serait pas une part organique du système général d'éducation. L'expérience des pays qui ont le plus d'attention aux rapports entre l'éducation et le développement industriel, montre que les meilleurs résultats en ce sens sont dus aux écoles secondaires, aux universités ou aux écoles de hautes études techniques. Lorsque l'école secondaire est pénétrée d'esprit pratique et s'est bien rendu compte des vrais besoins économiques et sociaux du pays, il devient possible de former des chefs d'industrie, c'est-à-dire des hommes qui mettront leur intelligence, leur science aussi bien que leur esprit d'entreprise au service des professions agricoles, industrielles et commerciales, et lorsque des chefs d'industrie sont ainsi préparés et utilisables dans une région, les réformes suivent forcément à tous les degrés de l'enseignement.
Mais on ne parviendrait pas à développer cette grande ressource qu'est l'habileté latente, artistique et mécanique du peuple irlandais, tant que les élèves des écoles primaires n'auraient reçu dans les écoles ordinaires ou dans des écoles techniques les avantages d'un enseignement complet et progressiste. C'était là le nœud du problème : coordonner cet enseignement technique avec l'enseigne ment général. Les conditions spéciales de l'Irlande, son caractère national, son histoire agraire et agricole, faisaient qu'on ne pouvait y implanter aucun des systèmes en vigueur à l'étranger, celui de l'Angleterre par exemple oii chaque comté ou groupe de comtés entretient une école d'agriculture et une ferme-modèle. Ces systèmes auraient fourni des autoiités hautement qualifiées en matière
d'agriculture théorique et d'excellents directeurs pratiques pour les vastes exploitations. Mais nous savons que, si l'Irlande a de grandes capacités agricoles, l'agriculture s'y trouve néanmoins bien arriérée, et que peut-être trois cinquièmes de ses fermes n'occupent pas plus d'un quart de son territoire. Gomme le dit sir Horace Plunkett, « un système d'éducation agricole et domestique approprié aux besoins de ceux qui auront à cultiver la terre, doit reconnaître et développer le nouvel esprit de 5e//'Ae//? et d'espoir qui s élève dans le pays. Les travaux pénibles de la culture doivent être compensés par Tambition de posséder le plus beau bétail, l'habitation la plus agréable, les champs les mieux cultivés. Le problème irrésolu de l'éducation agricole est d'avoir un système qui aille trouver les petits fermiers, qui sont les plus nombreux en Irlande, pour leur donner de nouvelles espérances, de nouveaux intérêts, de nouvelles connaissances, et, je dois ajouler, un nouveau caractère industriel » (1).
Le premier point était d'avoir des maîtres. On en sentit la double difficulté : d'abord, dans les écoles secondaires oii doivent être faites les études scientifiques préliminaires, nécessaires pour permettre de profiter dans la suite d'une instruction plus avancée ; en second lieu, dans l'enseignement spécial agricole. Il n'était pas désirable de recourir largement à des maîtres étrangers, car il eût fallu familiariser les élèves avec une nouvelle méthode d'enseignement, et surtout familiariser les maîtres avec les conditions intellectuelles, sociales et économiques du pays. On ne pouvait d'autre part renvoyer les maîtres existants sur les bancs de l'école : on leur demanda seulement de
(1) Ireland in the IScw Cenluj'ij, p. -67.
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sacrifier leurs vacances, et le Département organisa dans différents centres des cours d'été que suivirent cinq cents maîtres environ des écoles secondaires. Pour l'avenir, on réorganisa le Collège royal des Sciences où reçoivent un enseignement de trois années ceux qui se préparent à enseigner à leur tour.
Quant à l'enseignement agricole lui-même, ce ne fut qu'en 1901, après douze mois d'enquête à l'étranger et de longues études des aspirations et des besoins du peuple irlandais, que le Département arriva à formuler un programme définitif. L'objet principal était de procurer cet enseignement aux jeunes de la génération présente sur lesquels repose l'avenir économique de l'Irlande. Le jeune garçon demain sera fermier ; il faut qu'on lui ait enseigné le côté pratique aussi bien que le côté théorique de l'agriculture. La pratique agricole, il l'apprendra sur la terre de son père durant les beaux mois de l'année; la théorie lui sera donnée pendant l'hiver dans une école d'agriculture. Ces écoles d'hiver n'existent pas encore. En attendant, et aussi dans le but de donner aux fermiers les avantages d'un enseignement agricole, le Département a organisé un enseignement « ambulant».
L'œuvre directe du maître ambulant est, à l'aide de carrés modèles, par de simples conférences et des démonstrations, de donner aux fermiers un enseignement aussi complet qu'ils peuvent le recevoir sans une préparation scientifique préalable dont ils manquent, puisqu'ils ont élé élevés selon les anciennes méthodes. Mais il fait plus que cela, car dans le cours même de son enseignement il démontre aux fermiers la nécessité vitale d'une école pour leurs fils, et les fermiers, comme parents, comprennent alors et désirent ces écoles qui permettront à leurs en-
fants de tirer d'un enseignement plus avancé les avantages qu'ils ne font qu'entrevoir.
Au 30 septembre 1904, — le dernier rapport du Département s'arrête là, — il y avait dix-sept de ces maîtres ambulants contre dix l'année précédente. Ces dix-sept maîtres ont donné 1.159 conférences, à chacune desquelles assistaient en moyenne 04 fermiers ; ils ont visité chacun 500 fermes pour donner des conseils plus particuliers, fait 974 démonstrations explicatives de leur enseignement et 309 expériences sur la manière de traiter des terres de qualité différente, la meilleure période pour les semailles, etc. (1).
Cet enseignement ambulant a d'autant mieux réussi que les agriculteurs étaient plus groupés, et nombre d'expériences eussent été impossibles si elles n'avaient été exécutées par l'intermédiaire des sociétés agricoles. C'est assez dire combien l'organisation préalable des paysans a facilité au Département sa tâche. « Pour une grande partie de son œuvre agricole, il sera impossible au Département et impossible aux conseils de comté d'agir efficacement avec des individus isolés. » Nous lisons ces mots dans le premier rapport du Département (2), les faits ont amplement justifié cette manière de voir. Il eût fallu en effet un personnel bien plus considérable et des dépenses énormes, et le résultat eût été plus mauvais encore qu'inutile, car un tel système eût démoralisé les populations et ruiné cet esprit de self help sans lequel l'Irlande ne pourra se relever. Ainsi, pour le succès de son œuvre éducatrice aussi bien que par économie, le Département a été obligé
(1) Fourth Report of the Department, p. 3.
(2) First Report, p. 26.
de s'appuyer sur les groupements qu'avait fondés la Société d'organisation agricole : l'initiative privée et TEtat se complétaient une fois encore et s'unissaient pour assurer un avenir plus souriant et plus prospère au paysan irlandais, qu'une législation bienfaisante allait rendre définitivement propriétaire.