‹ La question agraire en Italie, le latifundium romainChapitre 14 sur 41 · Cf. W. Sombart, op. cit., p · texte numérisé non relu

Cf. W. Sombart, op. cit., p

LE LATIFUNDIUM DANS L'AGRO ROMANO 9f

les pays à population clairsemée, le voisinage s'étend fort loin. A Testa di Lèpre, j'ai vu distribuer le pain aux bergers ; ce pain venait de Bracciano, distant de 40 kilomètres ; Rome est plus rapprochée, mais on trouve le pain de Bracciana meilleur. Comme les habitants sont peu nombreux. ils se connaissent facilement presque tous: il suffit de causer quelques instants avec un campagnol pour s'en convaincre. Leurs faits et gestes sont toujours signalés et connus: il y a peu de passants sur les routes, les auberges y sont rares : ceux qui se déplacent, ont les plus grandes chances de se rencontrer et ils sont sûrs d'être vus et reconnus. Ainsi s'explique la rapidité avec laquelle se répandent les nouvelles dans la Campagne. Les moyens de communication étant rares, pour ne pas dire nuls, on ne voyage qu'en voiture ou à cheval, et cela vous met en contact avec les auberges et les passants beaucoup plus que le tramway et le chemin de fer. Les laitiers qui, chaque jour, vont chercher le lait jusqu'à 20 et 25 kilomètres de Rome, jouent un rôle important dans les relations entre la ville et la campagne : ils répandent les nouvelles, font les commissions, transportent les gens qui ont à se rendre quelque part sur leur route. On voit qu'en dépit des apparences, l'habitant de la Campagne romaine est moins isolé que l'habitant de Rome : il a un cercle de relations beaucoup plus étendu. 11 n'eu est pas de même des émigrants, et il est intéressant d'observer que ceux-ci transportent dans l'Agro romano leurs habitudes de voisinage telles qu'elles existent dans leur pays de mon-

tagne. Ils viennent en bandes originaires du même village et conservent ce mode de groupement, qu'il s'agisse des colons ou des giiitti ; par ailleurs, ils n'ont presque aucun contact avec la population stable. Ils restent bien des exilés quoiqu'ils soient la majorité.

Lesémigrants temporaires doivent à lenr formation communautaire une inaptitude presque absolue à constituer des associations libres. S'il est un pays où elles sciaient nécessaires, c'est bien l'Agro romano, oii les ouvriers auraient ;"i s'affranchir de l'oppression des caporaux et de l'exploitation des cantines; cependant, je n'ai pas eu l'occasion de rencontrer de coopératives.

Ce sont les pasteurs qui s'associent le plus volontiers pour mettre en commun leurs troupeaux et louer ensemble un domaine ou une portion de domaine. Il existe aussi des associations temporaires entre paysans en vue de la culture d'un champ pendant un an ou deux ; nous avons reproduit un contrat où l'une des parties est une société de seize paysans ^ C'est bien là une sorte de fermage collectif ; cependant ce mode de location est rare dans l'Agro romano et il n'est pas organisé comme en Lombardie, en Sicile ou dans les Romagnes^ A ma connaissance, il n'existe qu'une coopérative agricole de production, c'est celle d'Uslie. Les travaux d'assainissement du marais d'Ostie ont été exécutés par une associa-

i. V. supra, p. 68.

2. Cf. Le affilanze coUeUive in Italia, Piaccu/,;i, 1906. (Enquête de la Fédération des Syndicats agricoles).

tion d'ouvriers romagnoles qui se sont fixés dans le pays assaini en obtenant de l'Etat des concessions de lerres ; ils étaient une centaine formant trente familles. Les travaux d'aménagement et de défrichement du sol sont exécutés par la société, ainsi que le battage. Tous les trois ans, il y a une répartition du sol entre les familles ; les bœufs de travail appartiennent à la société. Cette coopérative ne bat que d'une aile, car la région ne semble pas encore susceptible de culture paysanne ; elle serait môme dissoute si le roi Humbert ne lui avait fourni des subsides.

Nous verrons plus loin qu'il existe des domaines collectifs sur le pourtour de l'Agro romano, mais ce sont des exemples de culture et de propriété communautaires qui se distinguent nettement des associations librement constituées dans un but spécial et déterminé. Les syndicats hydrauliques obligatoires entre propriétaires pour l'aménagement des eaux et l'entretien des fossés et des canaux sont une institution administrative soumise à un contrôle étroit des pouvoirs publics et qui ne peut pas être considérée comme une manifestation de solidarité privée.

Les services communaux. — Au point de vue administratif, l'Agro romano fait partie de la commune de Home qui, avec ses 208 000 hectares, est plus étendue que certaines provinces. Cette situalion n'est pas sans inconvénient, car une grande ville comme Rome a des besoins très spéciaux et très différents de ceux de la campagne qui l'entoure. 11 en résulte que celle-ci est un peu sacri-

liée, d'autant plus que sa qualilé de capitale impose à Rome des charges qui ne sont pfis en rapport avec ses ressources ni avec ses bi soins réels : le con ortable y est quelquefois sacrifié au luxe, le nécessaire au superflu.

En 1900, les recettes de la commune s'élevaient à 28 millions de francs et les dépenses à 27 millions ; en 1 909, les recettes atteignent 40 millions, mais les dépenses sont montées à 49 millions*. L'Agro romano figure pour 930 000 francs dans les recettes et pour 720 000 francs dans les dépenses ; on réalise donc près de 210 000 francs d'économies sur la campagne, qui pourtant a de grands besoins ^ Si elle n'est pas sacrifiée davantage,

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