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Voici le budget sommaire de l'Agro romano

Recettes.

Impôt foncier 603073 francs.

Ta.xe sur le bétail (486246 têtes) 273000 —

Remboursements pour le transport des malades

non indigents 1000 —

Remboursements par les propriétaires de la

quinine distribuée gratuitement 49000 —

Total 720 513 francs.

Dépenses.

Voirie 200000 francs.

Service sanitaire 293 300 —

Police 36 440 —

Instruction publique 147 420 —

Prix aux agriculteurs 20000 —

Bonification (assainissement, etc.) 23333 —

Total 930 U73 francs.

Économies : 930 078 — 720 313 = 209 360 francs. En 1883, les recettes de l'Agro étaient de 900000 francs et les dépenses de 234 000 francs: bénéfice au profit de la ville =

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elle le doit à la bienveillance du conseil communal, car, presque déserte ou peuplée d,'étrangers non électeurs, comment pourrait-elle faire entendre sa voix? Il est d'ailleurs question de réunir toute l'administration de l'Agro romano dans les mains d'un adjoint spécial, et de lui accorder une certaine autonomie.

Nous ne dirons rien de la police qui fonctionne de façon satisfaisante. En dépit des anciennes légendes, la Campagne romaine est aujourd'hui aussi sûre que tout autre pays. Mais il nous faut nous arrêter un instant sur la voirie, l'instruction publique et le service sanitaire.

L'Agro romano est extraordinairement pauvre en voies de communication^ 11 existe un certain nombre de grandes routes qui partent de Rome, ce sont les anciennes voies romaines : mais elles ne sont pas reliées entre elles, de sorte qu'il est impossible de faire le tour de la ville à une cer-

^66 000 francs ; en 190i, les recettes s'élevaient à 793000 francs : €t les dépenses à369 000 francs : bénéfice de la ville =: 426 000 francs. On voit que la situation de la Campagne s'est améliorée puisqu'elle n'est plus frustrée que de 209 360 francs.

4. En 1901, on répartissait ainsi les voies de communication ■dans l'Agro romano .

Routes provinciales 180 kilomètres.

— syndicales 7 —

— communales 221 —

— vicinales 144 —

Total 332 kilomètres.

soit, pour une superficie de 2 080 kilomètres carrés, une proportion de 267 mètres par kilomètre carré. Dans la province de Crémone, il existe 1 289 mètres de routes par kilomètre carré (Cf. 'Cadolini, // bonificamento dell' Agro romano. Rome 1901).

taine distance des murs ; les rares chemins transversaux qui existent sont de vraies fondrières. Aussi la construction de routes s'impose-t-elle d'une façon urgente, si on veut faciliter la mise en culture de l'Agro romano. Actuellement, les denrées agricoles de certains domaines arrivent à Rome grevées de frais de transports considérables à cause du mauvais état des chemins. La municipalité semble avoir maintenant compris ses devoirs à cet égard, puisque 200 000 francs sont prévus au budget de cette année pour la construction de routes.

La rareté des voies de communication dans la Campagne romaine est une conséquence du latifundium et de son mode d'exploitation ; cela se comprend aisément. On prétend aussi que les propriétaires ne désirent pas toujours faciliter l'accès de leurs terres au public et ne voient pas avec plaisir leurs domaines coupés par des routes. Certains d'entre eux tout au moins ne mettent aucune bonne volonté à favoriser l'organisation des services publics. Ainsi ils demandent parfois des prix de loyer excessifs pour le logement des médecins qui, faute de centres habités, doivent forcément s'installer dans les fermes. On me cite le cas d'un propriétaire qui deraatide 1 400 francs de loyer pour une ancienne auberge composée d'un rez-de-chaussée, de trois pièces au premier, d'une écurie et d'un petit jardin ; le prix normal serait de 500 à 600 francs ; il réclame en outre le remboursement des réparations indispensables pour l'installation du médecin. Un des quatre vétérinaires de l'x^gro romano n'a pas encore pu

être installé, dans l'impossibilité où on est de lui trouver un logement. Les propriétaires se refusent énergiquement à vendre la moindre parcelle de leurs terres; aussi est-on souvent obligé de recourir à l'expropriation, de payer le terrain 50 centimes le mètre et de construire une maison pour le médecin et Técole.

Car le Latifundium opjiose à l'organisatioîi de l'instruction publique les mêmes obstacles qu'à l'organisation sanitaire. Les écoles sont rares et le plus souvent installées fort mal, faute de locaux convenables, dans une salle de ferme louée fort cher. Il y a actuellement dans TAgro romano 27 écoles mixtes donnant l'instruction à 1 250 enfants ; 210 élèves fréquentent les écoles du soir et 225 les écoles du dimanche. Tous ces chiffres indiquent un progrès sensible sur les années précédentes. Il faut remarquer d'ailleurs que les paysans semblent peu à peu comprendre l'utilité de l'instruction ; c'est surtout vrai de ceux qui ont des parents ou des amis émigrés en Amérique. Ces derniers leur prêchent la nécessité de la propreté et de l'instruction pour les enfants. Les instituteurs débutent avec un traitement de 1 800 francs et peuvent arriver à 3 100 francs au bout de trente ans de service ; ils ont droit à une retraite et sont mis sur le même pied que les instituteurs de Rome. Le budget de l'instruction publique qui s'élève à 150 000 francs environ, est appelé à s'augmenter, car on projette la construction d'écoles avec jardins et logements pour l'instituteur et le médecin.

11 y a toute une population qui échappe à l'in- Roux. 7

struclion, ce sont les émigrants qui sont souvent campés fort loin des écoles ; d'ailleurs, faute de locaux, l'obligation scolaire reste lettre morte. La municipalité songe à créer quatre écoles ambulantes qui, munies d'un matériel facilement transporlable, pourront se déplacer chaque année de façon à s'installer dans les endroits où la population nomade attirée par les cultures sera la plus nombreuse. En attendant que la commune ait institué ses écoles ambulantes, l'initiative privée a déjà pris les devants. En 4904, la section romaine de Y Union féminine nationale ouvrait à Lunghezza, dans le local de l'école communale, la première école du dimanche*. En 1907-1908, sept écoles fonctionnèrent au profit de 340 élèves des deux sexes : on a aussi organisé quelques cours du soir. Les maîtres sont presque tous des instituteurs des écoles de Rome qui font preuve d'un grand dévouement en sacrifiant leur dimanche pour aller fort loin et par des chemins souvent peu praticables instruire les enfants abandonnés des familles de guitti ; la rétribution qu'on leur alloue couvre à peine les frais de voyage et de nourriture. Ces écoles libres, dont la dépense annuelle s'élève pour chacune à 900 francs environ, reçoivent des subventions de l'Etat, et des communes et des dons particuliers '. Elles se heurtent par-

i. Le comité directeur est composé de MM. le Prof. Angelo Celli, Giovanni Cena et de M'"« Anna Geili et Sibilla Aleramo. II est ^ à noter qu'aucune de ces quatre personnes n'est romaine d'origine.

2. Cf. Le scuole festive dell'Agro romano. Rome, 1908. Unione, cooperativa éditrice.

fois au mauvais vouloir des propriétaires ou des fermiers qui leur refusent le local nécessaire.; les paysans doivent alors construire une cabane de roseaux qui sert de classe; mais, même dans ce cas, le propriétaire qui est maître chez lui peut interdire la tenue de Fécole : cela s'est vu et ne devrait soulever aucune protestation si le latifundium ne constituait pas un monopole foncier qui ainsi entrave la liberté dautrui.

Les maîtres se plaignent aussi parfois d'être en butte à l'hostilité du clergé, et j'ai pu constater, en effet, que celui-ci a peu de sympathie pour ces écoles. Il serait téméraire de ma part de juger si ces plaintes sont fondées et si cette défiance est justifiée, mais il est assez surprenant que jusqu'ici le clergé n'ait presque rien fait pour linstruction dans l'x^gro romano. A Rome, vingt raille enfants fréquentent les écoles congréganistes; il n'y a, dans toute la Campagne romaine, qu'une seule école de ce genre tenue par des religieuses, à Pratica di Mare^ Cependant il est certain que beaucoup des grands latifundistes romains auraient plus de sympathie pour les écoles organisées par le clergé que pour d'autres.

Le culte. — L'insouciance du clergé romain à l'égard des écoles apparaîtra toute naturelle quand on saura de quelle façon est organisé le service du culte dans la Campagne romaine. On recon-

1. On peut mentionner aussi l'école dcsTrois-Fontaines, fondée et entretenue par les Trappistes, mais dont les maîtresses sont laïques. Il y a aussi sept curés qui, faute de locaux, sont chargés par la commune de tenir l'école publique.

naîtra là aussi les fâcheux effets du latifundium et de la malaria.

Faute de population permanente etdense, il n'y a pas de clergé stable dans TAgro romane. On y compte à peine quelques paroisses dont la juridiction ne dépasse pas les limites du domaine sur lequel elles se trouvent'. Presque tout le reste du territoire est re'parti, au point de vue ecclésiastique, entre certaines paroisses de Rome ou des diocèses environnants: Tivoli, Frascati, Albano, etc.. La juridiction du curé de Saint-Laurent-hors-les- Murs, par exemple, s'étend jusque près de Bagni, à vingt kilomètres de son église ; ce cas n'est pas isolé. Il en résulte qu'au point de vue religieux, TAgro romano est dans l'abandon. Pour y remédier, Pie IX avait chargé un hospice de vieux prêtres d'organiser le service du culte aux environs de Rome; mais c'est seulement en 1897 que quelques prêtres zélés aidés de laïcs dévoués ont organisé le service religieux dans "la Campagne romaine d'une façon effective. Chaque dimanche 43 prêtres vont dire la messe dans les chapelles qui existent sur beaucoup de domaines : Tune d'elles est à 53 kilomètres de Rome. Comme les chemins de fer ne mènent pas partout, la plupart des prêtres vont en voiture ou à cheval ; le directeur de l'œuvre que j'ai accompagné un jour fait 23 kilomètres en cabriolet avant d'arriver à la

1. Castel di Guido, par exemple, est une des douze paroisses de l'évêché suburbicaire de Porto. Le territoire de cette paroisse se confond avec celui du domaine qui appartient à l'hôpital du Saint-Esprit ; sa population stable ne s'élève peut-être pas à vingt personnes.

chapelle qu'il dessert. Le manque de logement ne permet pas d'avoir des prêtres à demeure : c'est une conséquence du latifundium. 11 est assez piquant de trouver un vrai pays de missions aux portes de Rome, capitale de la chrétienté, où surabondent moines et prêtres.

\^ Opéra per l'assistenza religiosa e civile deW Agro romano tire ses ressources des contributions des propriétaires, des subventions de l'Hospice des Cent Prêtres et de sermons et concerts de charité. C'est une œuvre privée qui ne reçoit aucun subside de l'autorité ecclésiastique. Elle ne borne pas son activité à la célébration du culte et à l'enseignement du catéchisme ; elle vient aussi en aide matériellement aux paysans en leur distribuant des vêtements, des couvertures, en leur prêtant assistance pour les formalités qu'ils peuvent avoir à remplir, en les faisant admettre à l'hôpital, etc. On voudrait aussi organiser des caisses d'épargne, créer des associations pour supprimer les caporaux et s'opposer à l'exploitation des ouvriers. Ce sont encore là des projets. Le dernier est très louable, mais semble voué à un échec certain, car l'Œuvre tire ses principales ressources des propriétaires et des fermiers ; or, vouloir organiser les ouvriers c'est probablement s'aliéner les patrons, du moins les patrons de l'Agro romano. On a aussi essayé d'ouvrir une ou deux écoles dominicales, mais ces tentatives à peine ébauchées n'ont pas eu de suite : on profite seulement du catéchisme pour apprendre à lire aux enfants. C'est peu, et il faut bien reconnaître que rien de sérieux n'a élé fait jusqu'à ce

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jour par la société pour rinstruction. Grâce à cette organisation, les habitants temporaires de l'Agro romano ne sont pas privés de tout secours religieux; les chefs de gare, les régisseurs, les médecins sont chargés par la société de lui télégraphier toutes les fois que la présence d'un prêtre est nécessaire.

Mais il y a mieux à faire ; c'est de fonder des paroisses dans la Campagne romaine. Cette initiative a été prise par un prêtre belge, M""" le chanoine Bodau, à qui ses relations avec les directeurs de la société belge du tramway de Rome à Tivoli et de l'établissement thermal de Bagni, ont donné l'idée de construire une église dans cette dernière localité. En dehors de la station et de l'établissement il n'y avait là que quelques masures, mais Bagni s'est développé et peut devenir un jour un centre important. La nouvelle paroisse compte près de 1 500 habitants, répartis pour la plupart dans ces misérables hameaux de cabanes que nous avons appris à connaître. L'église est aujourd'hui suffisamment avancée pour servir au culte. C'est grâce aux subsides de ses amis de Belgique et de France que M^' Bodau a pu réaliser son œuvre*; Au début, tout au moins, les Romains étaient assez sceptiques sur l'issue de son entreprise, mais le succès lui a donné raison et il projette d'ajouter à son église une école et un hôpitaP. En attendant la pleine réalisation

1. Ce sont des dames françaises qui viennent de Rome tous les dimanches faire le catéchisme aux enfants de la paroisse.

2. II y a à Bagni une petite colonie de cultivateurs d'asper-

de son plan, son initiative a porté ses fruits, puisqu'elle a démontré qu'il était non seulement possible mais nécessaire et urgent d'organiser des paroisses dans l'Agro romano. Son exemple a entraîné l'autorité ecclésiastique, qui a décidé la création de sept paroisses rurales : l'une d'elles est à la veille de fonctionner. Mais là encore se révèlent les inconvénients du latifundium : les propriétaires se font tirer l'oreille pour vendre leur terrain ; ils permettraient bien de construire les églises, mais ils ne voudraient pas se dessaisir du sol. Avec juste raison l'administration diocésaine veut être maîtresse chez elle ; de là des négociations difficiles et de longs retards. Ces mêmes difficultés, l'œuvre d'assistance religieuse les rencontre pour faire entretenir, restaurer ou agrandir les chapelles appartenant aux propriétaires.

On voit, par les exem.ples que nous venons de citer, quels obstacles apporte le latifundium à la bonne organisation des services publics. Ces obstacles ne sont pas insurmontables car il reste aux pouvoirs publics la ressource de l'expropriation, mais cette procédure est une source de complications, de dépenses et une cause de retards; d'autre part, l'initiative des particuliers est souvent paralysée, car ils ne peuvent trouver un endroit 011 poser le pied librement. A vrai dire, toute la vie sociale dépend du bon plaisir des latifundistes ; ils pourraient faire le vide dans la Campagne

ges auxquelles les eaux chaudes sulfureuses sont très favorables. Le cnré belge de Bagni s'intéresse très vivement à cette culture : sous sa conduite les maraîchers ont planté une aspergerie dans les jardins du Vatican.

romaine et alors à quoi bon des routes, des écoles, des églises, des médecins. Ceci n'est pas une • pure hypothèse puisque nous savons que le pâturage tend à devenir exclusif et que nous avons pu constater sur certains domaines une dépopulation presque totale par suite de l'abandon de la culture. Jusqu'ici on s'est peu occupé des émigrants temporaires, de ces étrangers qui ne sont pas de la commune, qui changent de résidence presque chaque année, et on les a laissés dépourvus de tout- ce que la civilisation met aujourd'hui à la portée des hommes. 11 faut bien reconnaître que les latifundistes ont ici gravement manqué à leurs devoirs de patrons, et c'est ce qui les fait considérer par certains, comme des obstacles absolus au progrès et au bon ordre social, obstacles qu'il faut supprimer de gré ou de force.

Par lui-même le latifundium n'engendre pas l'anarchie. On le rencontre dans l'Allemagne orientale et les services publics fonctionnent normalement, mais là le patron ne se dérobe pas à ses charges : il existe des biens qui constituent à eux seuls des communes fermées dont les propriétaires possédant tout le sol sont revêtus de l'autorité publique communale, mais doivent subvenir à tous les services publics communaux : voirie, enseignement, culte, etc.. C'est l'ancien système féodal, c'est le fonctionnement normal du régime latifundiste, qui est le régime du grand patron patriarcal. Les latifundistes romains ne conçoivent pas leur rôle de la même façon; ils n'ont aucune idée de leurs devoirs de grands propriétaires ruraux, et du fait qu'ils ne remplissent

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pas leur fonction, tous les autres rouages de l'organisation sociale se trouvent faussés. Leur utilité apparaît nulle et ceci est un grave danger pour eux, car tous les organes inutiles disparaissent par atrophie ou par suppression violente.

Pour caractériser en deux mots les conséquences du latifundium dans l'Agro roraano, il semble que nous puissions dire qu'il aboutit au régime de l'anarchie. Le propriétaire ne remplit pas son rôle de patron, un peu par sa faute, un peu par la faute du latifundium ; la famille ouvrière exilée de son foyer pendant dix mois de l'année mène une existence misérable, précaire et presque nomade, elle subit des influences désorganisatrices et est la victime d'une foule d'intermédiaires qui, dans une société saine, contribueraient au contraire à lui faciliter l'existence ; enfin lesorganismes de la vie collective sont inexistants ou insuffisants.

C'est de cet état d'anarchie que dérive la question agraire. Par suite d'une direction patronale insuffisante ou inintelligente, d'immenses espaces restent dépeuplés, n'offrant que des moyens d'existence insuffisants et précaires aux populations surabondantes des confins qui ne font qu'errer dans la Campagne romaine sans pouvoir s'y fixer. Le latifundium n'est pas seul responsable de la situation de l'Agro romano, mais il est actuellement un obstacle aux transformations nécessaires.

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